Les activités illicites d’un réseau de contrebandiers, opérant littéralement en toute impunité dans la zone portuaire sont venues se greffer aux graves problèmes rencontrés par la Mediterranean Shipping Company (Mauritius) Ltd. Avec pas moins de neuf conteneurs réfrigérés pillés en moins de cinq mois, soit depuis la fin de septembre de l’année dernière , cette agence maritime internationale, l’une des principales sociétés engagées dans le transbordement dans le port, avait brandi la menace d’un retrait de Maurice. C’est ce qui aurait poussé les autorités à mettre les bouchées doubles dans le démantèlement de ce réseau suite à une déposition de la MSC à la police du port en fin de semaine. Les développements dans cette enquête sont suivis de près au plus haut niveau du gouvernement compte tenu de l’importance stratégique de la présence de cette agence maritime internationale à Port-Louis.
Ce matin, la principale enquête menée par le chef inspecteur Hector Tuyau de la Port Police sous la supervision de l’assistant surintendant de police Boodhram devait ainsi déboucher sur une nouvelle inculpation. Ce suspect a signifié, tôt ce matin, son intention de se constituer prisonnier en présence de son homme de loi, Me Rama Valayden.
Une autre arrestation est intervenue, hier après-midi, au niveau du Central CID dans le cadre de l’enquête sur la contrebande de légine, avec une forte cargaison de cette espèce de poisson saisie par les officiers de la Port Police de concert avec des représentants de la Mauritius Revenue Authority dans les locaux de l’Agricultural Marketing Board de Trou-Fanfaron.
La direction générale de la MSC, qui apporte toute sa collaboration aux enquêteurs de la Port Police avec des informations sur les différents cas de pillages enregistrés, a tenu à apporter une précision à ce stade de l’enquête. Dans une correspondance au Mauricien, Alexander Lutchmun, Managing Director, souligne que « nous tenons à préciser que c’est la MSC qui a porté plainte auprès des autorités mauriciennes dans cette affaire et qu’à ce jour, aucun employé de la MSC n’a été suspecté ou interpellé dans le cadre de cette enquête ».
Les informations au sujet de ces différents cas de Pilferage fournies aux autorités confirment que le gang de contrebandiers était bien rodé et maîtrisait tous les rouages dans le port. D’abord, il est un fait indéniable qu’il faut être des spécialistes du port pour mener de telles opérations car les Reefer Points, soit la zone portuaire où sont stockés les conteneurs, se situent dans les environs des bureaux de la Cargo Handling Corporation Limited.
La deuxième information de taille en marge de cette enquête est que les contrebandiers n’avaient aucune difficulté à identifier les conteneurs ciblés et l’endroit où ils sont placés. La représentation locale de la MSC soutient catégoriquement que le cerveau de ce réseau avait accès aux manifestes des cargos avec les marchandises les plus valables et les intéressant pour des besoins de contrebande.
Logistique
À ce stade de l’enquête, les limiers de la Port Police soupçonnent une complicité de haut niveau pour la disponibilité des informations sur la nature des cargaisons stockées, et plus encore pour faire sortir ces cargaisons pillées par le Main Gate de la zone portuaire sans être nullement inquiété. Les indications recueillies de sources sûres sont que les contrebandiers ne partaient pas avec un carton de homards ou de crustacés mais avec des centaines de cartons à chaque fois. L’un des derniers cas de pillage de conteneurs dans le port est édifiant à plus d’un titre. Le 26 février dernier, le réseau avait ciblé un conteneur réfrigéré à destination de La Réunion. Ils ont emporté le quart de la cargaison de homards, soit 535 cartons sur un total d’un peu plus de 2 000 qui s’y trouvaient.
Les spécialistes portuaires concèdent que pour une telle opération menée de nuit, toute une logistique s’impose pour enlever les 535 cartons du conteneur et les transporter hors de la zone portuaire. En principe, les opérations de contrebande démarrent vers les 22 heures pour prendre fin vers les 2 heures du matin. Au début de décembre, ils avaient enlevé 265 cartons de produits frigorifiés des 600 à destination de clients à Sydney en Australie. Dans certains des neuf cas de pilferage répertoriés, les autres cartons de produits frigorifiés, soit de la viande et des crustacés, ont dû être détruits vu une détérioration de la qualité des produits.
Mais le plus grave est que depuis l’année dernière, la direction générale de la Cargo Handling Corporation Limited a été informée de ce grave problème de sécurité dans la zone portuaire. Cette première alerte est intervenue au cours de la première quinzaine de décembre de l’année dernière quand le MSC Sarah est arrivé à Sydney et que des dégâts conséquents ont été notés au conteneur de produits frigorifiés.
Toutefois, ce n’est qu’à la mi-mars, quand la direction générale de la Mediterranean Shipping Company s’est mise à menacer de quitter Maurice, que cette affaire a été prise au sérieux. Le Managing Director de la Cargo Handling Corporation Ltd, Gassen Dorsamy, s’est évertué à faire comprendre la semaine dernière qu’un exercice de re-engineering des opérations au Mauritius Container Terminal serait mené en vue de « reinforcing supervision especially during night shifts ».
Entre-temps, la MSC fait le bilan de la casse, susceptible de passer facilement la barre des Rs 10 millions mentionnées initialement alors que la Port Police ne peut compter sur des preuves irréfutables vu que les caméras de surveillance dans le port ont été trafiquées dans un but précis.
L’enquête policière se poursuit.