Quatorze semaines après la double saisie par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) de 12 kilos d’héroïne d’une valeur de Rs 180 millions, l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) a obtenu de la Cour suprême des Attachment Orders contre les propriétés immobilières appartenant aux deux principaux protagonistes. Ainsi, à la demande de l’ICAC, le juge David Chan Kan Cheong, siégeant en référé, a placé sous contrôle judiciaire les propriétés immobilières de Rudolf Dereck Jean-Jacques, le parrain présumé du réseau de l’Ouest, et de Sewoosing Dayal, alias Ashish, chauffeur de taxi de son état.
Tout semble indiquer que dans le sillage de la coordination de l’action assurée par le Directeur des Poursuites Publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, l’ICAC sera appelée à s’occuper de tout le volet des délits relevant du Money Laundering. De son côté, Dharamdeo Balkissur, aussi connu sous le nom de Souchit, homme d’affaires de Quatre-Bornes, a rejeté les allégations à l’effet qu’il était le prête-nom de Gros Dereck pour les opérations de blanchiment de fonds avec des placements dans la discothèque The White House au Cascavelle Shopping Village.
Les deux maisons, au design détonnant pour la cité ouvrière de Richelieu, et appartenant aux membres de la famille de Gros Dereck, font l’objet depuis le début de cette semaine d’Attachment Orders émis sous l’article 56 (3) (a) du Prevention of Corruption Act, 2002. Ces ordres ont été tirés sur les noms du père du mécanicien toujours vêtu de blanc, Louis Roger Jean-Jacques, 66 ans, et de son frère David Alexandre Jean-Jacques, 39 ans. Le troisième ordre est au nom d’Ashish Dayal pour un appartement au premier étage de l’immeuble Dayal, situé à l’avenue Ollier, Quatre-Bornes.
Les trois susmentionnés disposent d’un délai de 48 heures pour jurer des affidavits en vue de fournir des explications quant aux Sources and Nature of Funds pour la construction et l’aménagement de ces maisons. Une interdiction de vendre ces propriétés immobilières pèse également sur eux. D’autre part, les banques et institutions financières sont informées qu’elles doivent tenir en ligne de compte la teneur de ces Attachment Orders avec des transactions opérées au nom de ceux concernés.
Connexion active
Les autorités engagées dans la lutte contre la drogue sont arrivées à la conclusion que des recettes provenant du trafic de drogue auraient été investies dans la construction de ces maisons. Après les explications des suspects ciblés, une décision sera prise au niveau de l’Assets Forfeiture Office sous le contrôle du DPP’s Office pour enclencher des procédures de saisie au civil comme le prévoit la nouvelle loi en vigueur depuis le début de cette année en vue de recouvrer les « Unexplained Wealth » des trafiquants présumés avant même leur condamnation au pénal.
Ces trois ordres de saisie conservatoires viennent rejoindre celui contre Jimmy Alexis, dit le Rodriguais, contre la maison de ce suspect à Batterie, Cassée, qui ressemble étrangement dans tous les sens, avec jacuzzi et piscine, à celle de Gros Dereck de Cité-Richelieu.
En parallèle à ces initiatives sur le plan judiciaire, l’ADSU de Plaine-Verte, menée par l’inspecteur Assaad Rujub, poursuit l’interrogatoire de celui qui est présenté comme le prête-nom de Gros Dereck pour d’importants placements dans le monde du jeu et des loisirs. Sucheet Balkissur, en état d’arrestation depuis lundi après-midi, continue à nier les accusations de connexion active avec la mafia de la drogue de l’Ouest. Tout en concédant qu’il connaît Gros Dereck et Roukesh Hemraj, alias Ronnie, il conteste catégoriquement les allégations d’Ashish Dayal au sujet de la transaction de Rs 5 millions sous forme d’investissements dans la discothèque The White House.
Mais depuis la mi-journée, Sucheet Balkissur, qui a retenu les services de Me Chatan Baboolall, fera face à un autre volet de l’interrogatoire sur les sources de financement pour l’achat de plus d’une centaine de voitures, dont de gros bolides, en son nom. La partie la plus compromettante de l’enquête portera sur ses « relations d’affaires » avec Gros Dereck et la série de BMW et de grosses motos mise à la disposition du réseau de l’Ouest.
Malgré lui, le suspect, qui est déjà inculpé pour le délit provisoire de blanchiment de fonds sous la Dangerous Drugs Act, devra détailler le mode de financement mis en place pour le paiement des voitures par la bande à Gros Dereck. Toutefois, le test crucial restera ses explications sur le fait qu’il a pu vendre une BMW X5 pour la somme de Rs 150 000, selon les documents versés dans le dossier à charge…