1789-2015 : Une commémoration prend pour point de départ une conception mathématique du temps en système décimal. Une commémoration, c’est d’abord un compte rond.
C’est ensuite une remémoration de l’événement en un temps où les nouvelles conceptions historiques ont tendance à privilégier le temps long, c’est-à-dire les grandes tendances de l’aventure humaine : l’alimentation, la sexualité, les mentalités…
C’est pourquoi la Révolution française s’était peu à peu refroidie dans le chaudron de la mémoire. Il n’en est resté que quelques épisodes, dont l’esprit positif n’a jamais pu être occulté par l’épisode de la Terreur.
En 1889, sous la IIIème république juvénile qui avait à se défendre dans une France à forte majorité cléricale et qui venait aussi de vivre l’épisode boulangiste, le centenaire faisait figure de défense républicaine.
En 1939, la Révolution française avait à la fois été revivifiée, mais la vision qu’on en avait était déformée par la Révolution Russe de 1917, et la menace extérieure nazie était pressante.
Dans ces deux anniversaires, l’exaltation de l’armée et de l’empire colonial avait été omniprésente.
Dommage que l’année dernière il n’y a pas eu, pour les 225 ans, de commémoration à proprement parler mais une célébration. Mais malgré tout, on s’est remémoré… et on s’en remémorera !
Aujourd’hui, dans une France à la démocratie affirmée où la République n’est plus contestée que par une minorité ponctuelle agissante, la célébration de la Révolution se prépare dans une indifférence courtoise et anime parfois certains sourires ou certaines critiques.
En 1989, pour le Bicentenaire, les seuls à avoir, un temps seulement et trop tôt, vitalisé le projet, sont les tenants de la réaction et de la tradition contre-révolutionnaire qui ont pu faire croire qu’un combat, au moins verbal aurait lieu. Peu suivis, leur anti-commémoration a eu lieu un 15 août 1989 et fut l’occasion de l’apparition habituelle de jeunes fascistes à l’attitude conquérante, de vieilles dames monarchistes, des zélateurs de guerres coloniales à la poitrine bardée de médailles commémoratives.
Toutefois, vouloir une célébration unificatrice, alors que, par essence, une révolution divise, est un mythe. Acceptons donc les contre-révolutionnaires. Il est de leur droit de s’exprimer. Mais, pour autant, il est indispensable que les révolutionnaires se fassent entendre en affirmant bien que la Révolution, ce n’est ni la guerre civile ni le bain de sang, mais le changement d’une société par la société elle-même : bouleversements politiques, économiques, sociaux, culturels, et cela dans un temps dont la brièveté inclut la violence.
Le révolutionnaire de 2015 pense mouvement, là où d’autres pensent immobilité, il pense éveil, là où d’autres pensent sommeil. Il n’y a jamais d’acquis dans l’Histoire. La conquête est permanente… ceux qui disent que la Révolution française est finie, ont tort. Dans la mesure où la Révolution a été prise de conscience collective, affirmation d’une sociabilité démocratique, sa célébration est une opportunité qui doit contribuer à la relance d’une dynamique.
Les hommes de la Révolution ont pensé que leur oeuvre était achevée le 14 juillet 1790, fête de la Fédération unanimiste, prenant en compte les diversités locales du pays, tout en entérinant les grands acquis, et en exaltant les grands principes. Il avait suffi de quelques « journées », significatives de la structure temporelle révolutionnaire, pour instituer le changement : 17 juin, 14 juillet, 4 août, 26 août. Finie la Révolution de 1790 ? C’était compter sans ses adversaires.
L’homme de 1789, quel que soit son camp, oscille entre la peur et l’espérance, entre la liberté et la mort. La mort pour lui et pour les autres. Au complot intérieur constant de la part des privilégiés et notamment d’une Église privée de ses biens, s’ajoutent la guerre extérieure, la crise économique. En réponse, la peur est légalisée : c’est la Terreur. Elle ne peut être occultée, mais elle est aboutissement et non commencement. Elle n’est pas inhérente à la volonté de liberté comme voudraient nous le faire accroire les tenants de la contre-révolution.
Aujourd’hui ? Célébrer ne doit pas seulement être, se souvenir ensemble. Ce doit être un processus actif qui permet de réactiver la représentation du passé afin de mieux percevoir le présent et concevoir les messages de l’avenir.
Les amis de la France, ceux qui aiment la Liberté, fêteront ce 226e anniversaire de la Révolution française, chacun à sa manière…