Le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersingh Bheenick, a révélé, lors de sa conférence de presse, hier, que quatre banques sur la vingtaine que compte le pays contrôlent environ 85 % des dépôts à Maurice. « On dit qu’il y a de la compétition entre les banques mais il y en a seulement entre ces quatre banques. La compétition ne fonctionne pas ». Il a aussi déploré le faible taux d’épargne qui est passé de 30 % « à une époque » à environ 12,7 % maintenant.
« La baisse continue du taux d’épargne nous interpelle. Pour y remédier, il faut encourager les épargnants et on ne le fait pas en baissant les taux d’intérêt », a déclaré M. Bheenick, avant de souligner que parmi les quatre banques qui contrôlent la majeure partie des dépôts, l’une rémunère ses clients à 2,5 % l’an. « Le taux le plus élevé est de 3,25 % alors que le taux directeur (Key Repo Rate) est à 4,65 % », a-t-il fait ressortir. Pour lui, il faut résoudre ce problème et la Banque de Maurice compte s’y atteler avant la tenue de la prochaine réunion du Monetary Policy Committee (MPC). La Banque de Maurice compte proposer un programme de communication et d’éducation auprès du public à ce sujet. « Nous songeons sérieusement à imposer un niveau minimal de taux d’intérêt aux banques. La loi nous autorise à le faire mais nous ne l’avons pas fait jusqu’à présent en raison des unintended consequences ». Rundheersingh Bheenick a également dit accueillir positivement la décision du Trésor Public de lancer deux instruments dans le but d’améliorer le taux d’épargne.
Le gouverneur de la Banque de Maurice accueille favorablement la décision de la Bramer Bank de lancer le compte « Go », suivant les recommandations de la Task Force sur le secteur bancaire à Maurice. Cela devrait, dit-il, aider à réduire le taux élevé de 20 % des Mauriciens qui n’ont pas accès aux facilités bancaires. Il a appelé les autres banques à faire un effort dans ce sens.
S’agissant du maintien du taux directeur à 4,65 %, Rundheersingh Bheenick affirme qu’il a fallu prendre en compte le taux de croissance « qui baissera légèrement comparé aux prévisions antérieures » et le taux d’inflation qui, selon lui, « ne devrait pas beaucoup changer d’ici à la fin de l’année ». « Dans six mois, on aura aussi le prochain budget », a-t-il rappelé. Sur le plan externe, il a indiqué qu’il n’y a pas eu de changement conséquent au Consumer Price Index (CPI) et que le prix du pétrole n’a pas été affecté par les tensions géopolitiques. C’est la raison pour laquelle le MPC a décidé de maintenir le taux directeur à 4,65 %.
Le gouverneur a aussi parlé de l’excédent de liquidités à Maurice, qui dépasse la capacité de la Banque Centrale. « Cela a fait exploser la balance sheet de la Banque. Elle s’est beaucoup engagée à combattre l’appréciation de la roupie. Elle est à bout de souffle ». Il a également estimé qu’il faut continuer à baisser le taux d’inflation, « car sinon, on devra déprécier la roupie qui représente une taxe sur les pauvres. Il faut combattre le taux d’inflation et le ramener au niveau de celui des pays partenaires de Maurice ».