Si du côté de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), l’enquête sur la saisie de 135 kilos d’héroïne aussi bien que sur celle des 20 kilos et deux kilos dans le port, marque le pas, par contre du côté de l’Independent Commission Against Commission, la piste des consignments débarqués dans le port au nom de Navin Kistnah et d’une autre partenaire sont passés au crible. Comme indiqué dans l’édition du Mauricien d’hier, l’ICAC a convoqué un autre partenaire aux courses de Navin Kistnah et de Dade Azaree. Ainsi, Maheswarsing Takoor, aussi connu sous le nom de Tiger, Senior Technician à la Mauritius Ports Authority, âgé de 47 ans et habitant Beau-Bassin, a été longuement entendu par l’ICAC sur ses contacts au Mauritius Turf Club et dans le port. Il a été averti que pour sa prochaine convocation à l’ICAC, il sera interrogé Under Warning. En ce qui concerne l’arrestation de Navin Kistnah au Mozambique, les informations de sources officielles sont toujours en mode motus et bouche cousue avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth, se contentant de dire qu’il ne peut rien dévoiler à ce stade au risque de porter préjudice à l’enquête. La seule indication en cette fin de semaine est qu’officiellement le directeur général du National Security Service, Lockdev Hoolash, est actuellement en mission au Soudan.
L’escouade de l’ICAC constituée pour approfondir le volet de Money laundering dans l’enquête sur la plus importante saisie d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 2 milliards dans le port, a dressé l’inventaire de tous les conteneurs qui ont été débarqués depuis 2015 au nom de Navin Kistnah de KUN International Management Ltd et d’un autre habitué du port, travaillant de concert avec lui. Avec cette documentation officielle récupérée des archives informatiques de la Mauritius Revenue Authority (MRA), l’ICAC tentera d’établir les destinataires de ces conteneurs arrivant à Port-Louis en vue d’établir un pattern et comprendre si au moins cette cargaison de 135 kilos de drogue, placés dans des compresseurs, était destinée au marché local ou bien si ces compresseurs ont fait demi-tour pour retourner dans le port avant d’être réexpédiés à l’étranger, faisant de Maurice une plaque tournante dans la région.
Toujours en ce qui concerne le cas de Navin Kistnah, qui n’a donné aucun signe de vie depuis le mardi 28 mars dernier, le flou est toujours entretenu. Aux Casernes centrales, à ce matin, on affirmait encore être sans nouvelle des retombées du Red Notice, soit un mandat d’arrêt international, émis par les soins d’Interpol. « Nous n’avons aucune indication si Navin Kistnah a été arrêté ou non au Mozambique. Interpol ne nous a transmis aucune communication », fait-on comprendre officiellement.
Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a répondu à la demande de Me Rama Valayden, dont les services ont été retenus par les parents de Navin Kistnah. Ces derniers, qui ne peuvent plus communiquer par téléphone avec le Prime Suspect dans ce cas d’importation de drogue, veulent obtenir confirmation de son arrestation par les autorités au Mozambique. Le chef de la diplomatie a fait comprendre à Me Valayden que « ce dossier est traité au niveau du Prime Minister’s Office » et que de ce fait, il ne peut les aider.
De son côté, le Premier ministre, interrogé hier par la presse, après le lancement de bornes Wi-fi par Mauritius Telecom, s’est gardé de donner la moindre indication. « Je ne peux rien dévoiler pour le moment. Car cela comporte des risques pour les enquêtes et prochaines opérations de l’ADSU », devait-il faire comprendre en adoptant la même ligne au sujet d’une éventuelle arrestation de Navin Kistnah au Mozambique.
Le seul élément nouveau ayant émergé en fin de semaine concerne le directeur général du National Security Service, actuellement en mission au Soudan. « Mr Hoolash is on official mission in Sudan », fait-on comprendre des plus laconiquement du côté du Prime Minister’s Office, en ajoutant que le responsable de la Counter Terrorism Unit est toujours à son poste à l’hôtel du gouvernement. Les autorités semblent vouloir entretenir le flou autour de l’arrestation de Navin Kistnah alors que les parents soutiennent avec force que lors d’un dernier échange téléphonique d’une vingtaine de secondes le mardi 28 mars, il avait indiqué à ses proches qu’il avait été arrêté au Mozambique.
En marge du tracking des consignments de Navin Kistnah depuis 2015, l’ICAC continue à exercer la pression sur l’axe Kistnah/Azaree avec en toile de fond les courses hippiques, organisées sous l’égide du Mauritius Turf Club. Hier, le dénommé Tiger, qui avait patronné la Tiger Tropical and Gloria Cup de concert avec Navin Kistnah lors d’une importante journée du calendrier hippique l’année dernière, a été longuement entendu.
Tiger, qui est un Senior Technician opérant dans l’enceinte portuaire, a révélé qu’il est un habitué du Mauritius Turf Club depuis 2007 et qu’il s’était joint à l’écurie Serge Henry en 2012 en devenant propriétaire d’un coursier. Il a tissé des liens étroits avec Dade Azaree depuis 2015 et il l’a introduit à Jean-Michel Henry. En contrepartie, c’est Dade Azaree qui l’a connecté avec Navin Kistnah. L’ICAC a demandé à Tiger de faire une déclaration complète de ses avoirs, soit comptes en banques, propriétés immobilières et autres placements en vue d’une Networth analysis en vue d’identifier des soupçons de blanchiment de fonds à des fins d’enquête sous le Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act.
Tiger, qui a pu rentrer chez lui hier, a été averti qu’il sera entendu Under Warning lors de sa prochaine convocation et qu’il devra retenir les services d’un homme de loi…