Une autre zone d’ombre à élucider demeure l’identité et le rôle du Custom Broker Homanchal Ramdin, un habitant de Vallée-des-Prêtres recherché par l’ADSU et l’ICAC
Après l’étape préliminaire de l’inculpation provisoire d’hier dans la saisie des 135 kg d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 2 milliards, l’heure de vérité s’est approchée à grands pas pour Navin Kistnah, un habitant Petite-Rivière âgé de 34 ans. En effet, dès cet après-midi a débuté au QG de l’ADSU, aux Casernes centrales, son interrogatoire Under Warning sous haute sécurité au sujet des tenants et aboutissants de ce réseau de drogue au-dessus de tout soupçon. Mais dès les premiers contacts avec ses proches, après sa comparution devant la magistrate Navina Parsuramen, siégeant au tribunal de Port-Louis, il a laissé entendre que ce ne sera pas une partie facile même si les premiers nommés continuent à clamer son innocence dans cette importation record d’héroïne. Toutefois, à ce stade de l’enquête, deux zones d’ombre devront être élucidées, à savoir le mystère sur la mission de l’émissaire spécial à Maputo, plus précisément au poste de police de 3 Escadre de Mauthse Tuing Town, dès l’arrestation de Navin Kistnah le mardi 28 mars ou encore le rôle du Custom Broker Homanchal Ramdin, qui est activement recherché dans le cadre du démantèlement de ce réseau de drogue par l’ADSU et l’ICAC depuis le 9 mars dernier.
Selon nos recoupements d’informations, le gros joueur aux courses et au casino qu’est Navin Kistnah se prépare à jouer encore plus gros face à des hommes de l’ADSU sous la supervision du Deputy Commissioner of Police Choolun Bhojoo, lors du marathon de l’interrogatoire. Lors de ses contacts, hier après-midi, il aurait laissé entendre que les preuves accumulées contre lui dans ce réseau de trafic illégal de drogue seraient accablantes. Il n’a qu’une solution, dit-il, « bizin rod enn sime sorti depi ladan », laissant comprendre qu’un “Bargaining for an Immunity Deal” ne devrait constituer nullement une surprise à une étape cruciale de l’enquête sur les trois saisies de Rs 2,5 milliards du mois de mars dernier, soit les 135 kg du 9 mars, les 20 kg du 24 mars et les deux autres kilos du 25 mars, tous en provenance d’Afrique du Sud dans des compresseurs bien scellés.
Du côté des avocats, dont Mes Rama Valayden et Neelkant Dulloo, l’on préfère attendre la première séance d’interrogatoire pour une première évaluation de la situation avant de décider de la marche à suivre. Me Dulloo a pu prendre contact hier avec Navin Kistnah en présence des enquêteurs de l’ADSU. Mais très peu de détails, susceptibles de confirmer la nature des preuves contre le suspect, ont transpiré de cet échange entre l’homme de loi et son client. Les avocats de la défense défendront la thèse que leur client ne peut être présenté comme le cerveau de ces opérations et que l’ADSU aura à fouiller d’autres pistes pour conclure cette enquête à différents volets.
Toutefois, l’un des premiers éléments de réponse que devra apporter Navin Kistnah porte sur les contacts reçus alors qu’il était en détention au poste de police de Maputo au Mozambique depuis son arrestation le mardi 28 mars dernier. D’entrée de jeu, ses avocats souhaiteront obtenir confirmation ou infirmation des faits allégués au sujet des émissaires spéciaux venant de Maurice pour le rencontrer dans sa cellule de détention. Le suspect devra révéler si, à part l’ambassadeur de Maurice au Mozambique, Jean-Pierre Jhummun, d’autres officiels mauriciens sont venus à sa rencontre et se sont entretenus avec lui au sujet de ce trafic d’héroïne.
Informations récusées
Les contacts de l’ambassadeur avec le suspect en détention confirment que les autorités mauriciennes avaient été informées de l’arrestation de Navin Kistnah au Mozambique le 28 mars. À Maurice, pour des raisons qui leur semblent valables, que ce soit aux Casernes centrales ou encore au gouvernement, on a systématiquement refusé de donner la moindre indication à ce sujet depuis le 28 mars jusqu’à samedi dernier, jour du rapatriement du prévenu par l’Afrique du Sud.
L’hôtel du gouvernement et en particulier le Premier ministre, Pravind Jugnauth, ont récusé les informations selon lesquelles des émissaires ont été dépêchés au Mozambique dans cette enquête. De son côté, le directeur général du National Security Service, Lockdev Hoolass, qui est rentré à Maurice la semaine dernière, affirme avoir officiellement effectué une mission au Soudan tout en rejetant tout détour via Maputo. La chronologie des événements du séjour de Navin Kistnah en Afrique du Sud et au Mozambique devra remettre les pendules à l’heure sur cette question cruciale.
D’autre part, les explications initiales du Mauricien sur l’épisode du conteneur avec cinq Wooden Crates et les compresseurs dissimulant les 137 sachets d’héroïne d’un kilo chacun en moyenne devront faire remonter à la surface la participation d’un autre suspect dans le réseau. Ce dernier, Homanchal Ramdin, habitant Vallée-des-Prêtres, a pu jusqu’ici échapper à toute arrestation de la part de l’ADSU et de l’ICAC avec un Report on Departure logé au Passport and Immigration Office contre lui.
D’ailleurs, dans les 48 premières heures de la saisie des 135 kg d’héroïne à bord du MSC Ivana, le nom de Homanchal Ramdin avait été cité aux premières loges. Lors d’une conversation téléphonique d’Afrique du Sud avec ses proches, dont son frère Ravin, Navin Kistnah avait demandé à celui-ci de prendre contact avec l’habitant de Vallée-des-Prêtres. Sur la base des indications, il devait parvenir à entrer en contact avec cet autre Custom Officer.  Comme seule consolation aux demandes de renseignements des membres de la famille au sujet de cette saisie de drogue, le dénommé Ramdin devait dire : « Ou frer ti enn bon garson ek ki li korek. Get ki problem inn arive… Mo sori neve, sori neve. Mo pa ti kone kinn ariv tousala. »
Les révélations de Navin Kistnah au sujet du Custom Broker Ramdin aussi bien qu’une enveloppe de Rs 30 000, représentant un emprunt contracté auprès de Navin Kistnah par le premier nommé, et qui avait été remise à un contact dans les parages du Senator Casino à Port-Louis, devront ouvrir de nouvelles pistes pour cette enquête de l’ADSU qui devrait être riche en rebondissements.