« Réinventons notre tourisme » écrivions-nous l’année dernière en août.  Où en sommes-nous aujourd’hui ? Que s’est-il passé depuis quant à la capacité de notre pays à se ressaisir pour faire repartir sur de bonnes bases le développement de notre secteur hôtelier et touristique ? Qu’a-t-il eu commeinitiatives visant à reconquérir l’image de la destination trop souvent malmenée ces derniers temps ? Où en est-on avec la volonté d’agirconcrètement pour forger le modèle du tourisme mauricien du XXIe siècle ? Autant de questions qui méritent être posées à un moment où l’hôtellerie et le tourisme mauriciens vont mal. Très mal.
Mais disons-le d’emblée, si en lieu et place d’une analyse objective et clinique de la conjoncture et des tendances, les acteurs de l’industrie choisissent la facilite du bouc-émissarisme, du « Pas nou sa, zot sa », si les principaux acteurs continuent de s’accuser mutuellement tantôt d’arrogance, tantôt de malhonnêté intellectuelle, nous courrons à coup sûr à notre perte. Quand l’enjeu est développemental il n’y a pas de place pour l’à-peu-près et de la légèreté !
L’enjeu développemental
Malgré l’anémie de l’économie mondiale, le tourisme international se porte relativement bien. Après une décroissance de 4,2% en 2009, de 6,5 % en 2010 et de 4,4% en 2011, on s’attend à une croissance se situant entre 3 et 4 % pour 2012. Il est intéressant de voir la performance des destinations concurrentes de Maurice. Si l’on ne s’en tient qu’à 2011, alors que le pays faisait une croissance de 3,2 % , les Maldives faisaient 17,6%, les Seychelles 11,4% et le Sri-Lanka 30,8%. Pour 2012, la prévision dela croissance des arrivées touristiques à Maurice et les destinations voisines s’établit ainsi : 1,6% pour Maurice, 7,4% pour les Maldives, 2,8% pour les Seychelles et 16,8%pour le Sri-Lanka. Dans toute analyse comparative, il faut se garder de tirer des conclusions hâtives dans un sens ou dans l’autre. Dans un tel exercice l’honnêteté intellectuelle est de mise si nous voulons tirer les enseignements en vue d’améliorer notre stratégie pour renouer avec une belle croissance.
A Maurice, le tourisme a été identifié depuis quelques temps déjà comme le moteur du développement économique pour les années à venir. Il contribue 8,4 % au PIB, emploie directement près de 30 000 personnes et le double en emplois indirects. Ilgénère près de Rs 43 milliards de recettes, dont environ Rs 10 milliards vont dans les caisses de l’Etat sous forme d’impôts divers. C’est dire l’importance de ce secteur dans l’économie nationale et la vie socio-économique du pays. Il faut toutefois ajouterque le secteur hôtelier est lourdement endetté, pour près de Rs 42 milliards.C’est avec pourtoile de fond une conjoncture économique internationale très problématique marquée parla crise de la zone euro (dépréciation de l’euro face au dollar américain) que le tourisme mauricien doit faire face à de très sérieuses difficultés. Commençons par l’aggravation dudéséquilibre structurel entre l’aérien et l’hébergement.  
Aggravation du déséquilibre structurel
Le déséquilibre structurel entre le nombre de sièges d’avion disponible et la capacité du parc hôtelier est une donnée objective. Il y a ceux qui avancent que le ralentissement de la croissance dans les arrivées touristiques à Maurice est dû à la crise économique que connaît les pays de la zone euro – notre principal marché touristique. D’autres répondent que la crise a bon dos en soutenant que les autres destinations concurrentes comme les Seychelles, les Maldives et le Sri-Lanka connaissent de belles croissances de leurs arrivées touristiques. Et l’explication selon eux se trouve dans le open sky policy adopté par ces pays. Le fait brutal, c’est que le déséquilibre structurel s’est accentué avec l’arrêt de plusieurs vols par Air Mauritius dans sa nouvelle stratégie de resserrer son réseau afin de le rendre profitable. Rien que pour l’Europe cela fait 1200 sièges d’avion en moins par semaine soit 60 000 de sièges en moins sur une année. Quand on ajoute 400 nouvelles chambres au parc hôtelier le déséquilibre ne cesse de s’aggraver. En décembre 2011, il était déjà autourde 400 000 sièges.
A ce jour, il n’y a pas de vols alternatifs proposés pour les dessertes stoppées. Une baisse, prévisible, dans les arrivées sur fondde crise de la zone euro et d’une parité roupie-europroblématique peutfaire très mal. Il y a encore moyen d’éviter cela. Au-delà de l’identité du partenaire stratégique pour Air Mauritius qui sera choisi, il y a toute la question de l’open sky sur laquelle le gouvernement doit se prononcer. Des experts avancentque Maurice ne doit pas avoir peur du open sky policy ; bien au contraire, disent-ils, cela va dynamiser la région de l’océan Indien et permettre à Air Mauritius d’avoir un positionnement réaliste dans la nouvelle configuration.
Le déséquilibre sièges-chambres soulève deux questions sur le parc hôtelier actuel et futur. Déjà l’année dernière nous écrivions : «Que faire de la surcapacité de l’hébergement qui existerait… ? En faire un autre usage ? Faudrait-il que le gouvernement gèle tous les nouveaux projets hôteliers qui n’ont pas encore démarré jusqu’à nouvel ordre ? ». François Eynaud, le nouveau président de l’AHRIM préconise de geler les nouveaux projets en attendant des jours meilleurs. Pour rappel, il y a eu gel de projets en 1990.