Notre pays se targue du désir, voire de la volonté politique, de s’afficher en tant que hub pétrolier et nourrit la prétention d’agrandir son port afin d’accueillir davantage de navires et d’accroître son commerce maritime. Il est important de rappeler que l’on doit se préparer pour atteindre de tels objectifs. Sur ce coup-là, le Mentor Minister et son poulain de Premier ministre sont déconnectés de la réalité des conditions d’accueil des marins étrangers dans notre pays.
Les sceptiques me diront qu’ils sont en phase avec leur réalité : profiter du pouvoir ! Mais c’est pour d’autres raisons que je considère comme irréalistes les déclarations à l’emporte-pièce de notre ‘junior’ Prime Minister qui nous parle sans vergogne de la construction d’un quai en eau profonde devant un phare ! Il y a là tout d’abord un obstacle naturel : la profondeur même des fonds marins entre les côtes de la région de Pointe-aux-Caves et le large, où il n’y a pas plus de 30 mètres de fond.
 Notre gouvernement trouve donc normal à priori de dynamiter, semble-t-il, cette zone parsemée de richesses aquatiques dont on n’a même pas encore établi toute l’étendue. Qu’adviendra-t-il du Napoléon, un poisson que l’on trouve particulièrement dans cette région et dont la protection est si nécessaire ?
Cependant, recentrons-nous sur le sujet du « que faire ? » pour les marins étrangers et le Seafarers Welfare Fund (SWF) – qui n’a rien prévu pour l’accueil des marins étrangers – alors que ce fonds existe depuis 2008 et qu’il a depuis recueilli plus de Rs 120 millions des “seamen welfare dues” collectés par la MPA.
La somme de Rs 21,978,360, c’est ce que prévoit le SWF pour les salaires, le stipend des membres du board et les dépenses administratives pour les cinq ans à venir; cela doit être un des fonds les plus coûteux à gérer, n’est-ce pas ? Rs 26,5 millions ont déjà été utilisés selon le dernier rapport de cette instance, et ce sans qu’une seule roupie ne soit dépensée pour le bien-être des marins étrangers! Il convient de souligner que des marins étrangers contribuent quelque Rs 8 millions par an. Est-ce dans ce contexte que notre Premier ministre a donc l’intention d’attirer plus de bateaux étrangers?
Baladez-vous dans Port-Louis en soirée, et vous verrez que les trottoirs aux abords du port ou encore ceux autour de la MCB sont envahis par les marins étrangers qui les occupent pour simplement prendre l’air ou profiter des Wifi hotspots environnants. C’est dans cette misère-là que sont plongés les marins étrangers qui accostent à Maurice, et au regard du projet d’agrandissement du port et celui d’un hub pétrolier, deux fois plus de marins seront accueillis dans des conditions aussi déplorables.
 C’est en raison de cette détresse dans laquelle sont plongés les marins étrangers depuis plus de neuf ans que lors de la dernière réunion du Port Users Council (PUC), le président de l’Association professionnelle des Agents maritimes mauriciens (APAMM) est monté au créneau pour dénoncer cet accaparement de la contribution faite par les armateurs étrangers, dont ses membres sont les représentants qui menacent de procéder à une mise sous séquestre des paiements du “seamen welfare dues” si rien n’est entrepris pour un meilleur accueil des marins étrangers. Ce coup de gueule du président de l’APAMM intervient alors même que le gouvernement et le SWF sont au courant des recommandations de Peter Tomlin, qui, pour le compte de l’International Transport Federation (ITF), préconise le financement des structures existantes pour l’accueil et le mieux-être des marins étrangers.
 Cela relève du mépris que de prétendre développer notre port en l’étendant à proximité d’un phare alors que depuis son existence, le seul fonds – dont l’unique mission consiste à s’occuper de son moteur de croissance que sont les marins, exerçant à tous les niveaux – est détourné pour s’engager dans des services et subventions qui relèvent de la Sécurité sociale, abandonnant ainsi les 60 000 marins qui transitent par notre port à bord de 3000 à 3500 navires tous les ans. Malgré l’existence d’une loi maritime (MLC 2006) dont Maurice est signataire et qui définit le fonctionnement d’un tel système, notre pays persiste à envoyer un très mauvais signal à l’opinion  internationale avec des nominés politiques sans aucune expérience en la matière, faisant comme bon leur semble à la tête de certains organismes.
 Comment se fait-il qu’un fonds découlant d’un cadre légal strict, celui-ci, lui conférant la responsabilité de financer les “shore-based welfare facilities” ne le fait toujours pas alors qu’il existe pourtant un centre à Maurice (Le Trevessa House) qui doit pour l’instant survivre par ses propres moyens en dépit de ses nombreuses demandes de subventions auprès du SWF?
Comment notre PM peut-il prétendre aller de l’avant avec son projet de Petroleum Hub et surtout comment compte-t-il attirer plus de navires avec de telles conditions d’accueil offertes aux marins actuellement?
 Comment notre gouvernement pourra-t-il encourager les navires étrangers à choisir notre port pour du bunkering ou du transbordement alors que les structures de base nécessaires pour l’accueil des marins étrangers ne sont pas financées ?