Firoz Ghanty

Monsieur le Premier ministre,
je me suis adressé à vous par une lettre ouverte en date du 30 novembre, parue dans Le Mauricien du 7 décembre 2017, pour vous demander d’arbitrer dans un litige qui m’oppose à la National Art Gallery et au Ministère des Arts et de la Culture. Vous n’avez rien fait parce que vous n’avez rien voulu faire ! Et vous ne pouvez même pas me répondre directement. Je m’adresse à vous encore publiquement pour tenir informés les lecteurs du journal qui ont le droit de connaître la suite de cette histoire indigne et de savoir comment votre Ministre et vous maltraitez les artistes de ce pays.

J’ai reçu le 9 janvier une lettre en recommandée datée du 4 janvier 2018, du Ministère en question, signée par B.N. Fokeerbux, for Permanent Secretary. Après tout le bla-bla administratif, le motif invoqué pour me refuser le Visual Artist Grant auquel j’ai droit, est on ne plus ridicule : « …due to limited funds… ». Ma demande remonte au 16 septembre 2017. Ils, les gens de la National Art Gallery et du Ministère, ont pris 110 jours, CENT DIX JOURS !, pour savoir qu’il n’y a pas d’argent pour honorer le droit d’un artiste.

Incompétence ou prétexte ? Est-ce que Vous, Votre ministre et cette chose, ce cagibi au fond du couloir d’un immeuble anodin que l’on nomme pompeusement National Art Gallery, me prenez pour un imbécile ? Pourquoi ne pas m’avoir répondu dès la soumission de mon dossier qu’il n’y avait plus d’argent ? Je vous pose la question en votre qualité de Ministre des Finances : quelle est la quote-part de la National Art Gallery dans la dotation budgétaire destinée au Ministère des Arts et de la Culture ? Je vous demande de faire que le Ministère des Arts et de la Culture rende publics les détails des dépenses de la NAG depuis le dernier budget, pour comprendre pourquoi les caisses sont vides.

C’est évident, contre la fausse affirmation dans la lettre du ministère, selon laquelle « … your request has not been unfairly rejected… », que le refus est prémédité et que la raison invoquée est un prétexte pour me boycotter. C’est une forme déguisée de censure.
On n’a jamais demandé dans ce pays à un Premier ministre, un ministre, un député, ou un politicien quelconque d’être compétent, de comprendre quelque chose à l’Art, à la Culture, à la Pensée parce que ça les dépasse ! On ne demande que l’application des lois, des réglementations, des procédures administratives aux ayants droit sans discrimination et sans sélection.

Je constate que je suis toujours et encore un artiste que l’on voudrait réduire au silence. Cela n’arrivera pas. Malgré tous les obstacles, les adversités, les pièges, les mesquineries, l’ostracisme, les vilénies, personne n’a jamais pu me contraindre. Je suis et resterai un Homme libre et debout, face à la médiocrité, à la pauvreté et la misère culturelle, face à l’impotence intellectuelle qui règne dans ce pays.

En passant, je m’adresse aux artistes siégeant sur le Conseil d’Administration de la NAG. Êtes-vous solidaires de cette décision honteuse ? Si oui, vous êtes aussi détestables que les autres ! Si non, soyez dignes, ayez au moins le courage de le faire savoir publiquement si vous n’avez pas assez d’estime pour vous-même en démissionnant pour montrer votre désaccord. J’ai la nausée de savoir que je devrais encore respirer le même air, partager le même trottoir que vous !

Je termine, Monsieur le Premier Ministre, en vous disant que vous ne méritez pas ma colère, et en vous laissant deviner tout le mal que je pense de vous, de votre ministre et que ma bonne éducation m’interdit d’écrire ici parce qu’il me faudrait des mots crus que ce journal respecté ne pourrait publier, je ne vous salue pas,

Ce 17 janvier 2018
Cascadelle,
Beau-Bassin