Depuis que le ministre des Finances a annoncé les mesures que le gouvernement compte pendre pour éliminer ce qu’il appelle la “Nasyon zougader”, les opérateurs tirent la sonnette d’alarme sur la survie de leur business. Depuis, les employés de ce secteur ont commencé à craindre pour leur emploi et admettent être dans le flou total sur ce qui va advenir.
Qu’ils soient croupiers ou encore caissiers dans des maisons de jeux ou employés dans les betting outlets de courses ou de football, les employés de ce secteur vivent dans la peur depuis le discours du budget 2015/2016. Ils se demandent s’ils pourront conserver leur emploi dans les années à venir. Parmi les mesures prises contre la prolifération du gambling à Maurice, l’augmentation des taxes sur les permis et les paris les inquiète particulièrement. Désormais, les opérateurs de paris sur le foot et les courses hippiques en dehors du Champs de Mars paieront Rs 3,5 millions pour leur permis au lieu de Rs 350 000. La taxe sur le betting passe, elle, de 10 à 20 %. Les maisons de jeux, pour leur part, voient les betting taxes sur les jeux de table passer de 15 % à 30 %.
Craintes.
Ces augmentations substantielles pourraient être néfastes pour ces opérateurs qui pourraient ne plus pouvoir supporter les coûts et mettre la clé sous le paillasson et, par conséquent, licencier. “L’augmentation de la taxe va sûrement avoir une répercussion sur les revenus de la compagnie. On n’est pas dupe, on sait que si nos employeurs ne retirent plus de profit d’une maison de jeu, ils finiront par fermer celle-ci et nous nous retrouverons à la rue. Nous sommes dans le flou, nous ne savons pas ce qui va nous arriver”, s’inquiète Arnaud, employé d’une maison de jeux.
De même, la délocalisation annoncée par Vishnu Lutchmeenaraidoo interpelle plus d’un. Beaucoup craignent que le gouvernement ne décide de placer les maisons de jeux et les betting outlets en un seul et même endroit. Si cela arrive, il est clair que beaucoup pâtiront de la concurrence qui va se créer. Les employés sont d’avis que cette dernière mesure résultera, inexorablement, en la fermeture de plusieurs maisons de jeux et d’outlets d’opérations de paris sur les courses et le foot. D’autant que le gouvernement n’a pas donné beaucoup de détails sur cette délocalisation prévue. “On ne nous a pas donné plus de détails sur l’endroit où les outlets vont aller”, explique Guillaume Hardy, directeur de Supertote.
Ce flou autour de ces mesures fait que les employés vivent dans la peur depuis quelques semaines. “Je travaille sur un shift nocturne la plupart du temps et je vois rarement mes enfants. Ceci dit, ce travail me permet de les élever, de m’assurer qu’ils aient de quoi se mettre sous la dent”, confie Nathalie, 35 ans. “Je travaille dans une maison de jeux depuis quatre ans. J’ai quitté un autre emploi pour quelques sous de plus. Depuis la présentation du budget, tout le monde autour de moi ne parle que de cela. On a tous peur que nos employeurs mettent la clé sous la porte ou ferment une partie de leurs outlets et nous licencient en conséquence”, dit Jordan, 28 ans, croupier.
Bruits de couloirs.
Des bruits de couloirs accentuent également les craintes des employés. Une employée d’une betting house de football confie avoir entendu pas mal choses là où elle travaille concernant des licenciements. “Officiellement, personne ne nous a rien dit jusqu’à l’heure, mais quand on tend l’oreille on peut vite comprendre que nos emplois sont menacés. J’ai deux enfants à élever, je ne sais pas ce que je ferais si jamais on me licencie. Je serais dans un état déplorable avec toutes les dettes que mon mari et moi avons pour la maison et pour l’éducation des enfants.”
Si l’on se base sur les déclarations du président de la Gaming House Owners’ Association, les craintes des employés sont justifiées. “Ces mesures vont mettre notre industrie en péril. On ne peut pas encore juger si elles vont occasionner des pertes d’emploi. C’est du cas par cas. Nous avons des maisons de jeux de différentes tailles. Ça peut jouer sur les emplois par rapport à leur Turnover. Si elles arrivent à continuer à pleine mesure de leurs moyens, il ne devrait pas y avoir de problème. C’est un peu difficile à vérifier”, dit Henry Leblanc. Guillaume Hardy, directeur de Supertote, qui opère sur les paris de courses de chevaux et sur le football, confie qu’il y a une certaine crainte au niveau de ses employés. “Les gens étaient un peu inquiets, je les ai rassurés mais il y a un sentiment d’inquiétude.”
De son côté, Soon Gujadhur, directeur de Tote Lepep, avait dans un premier temps soutenu qu’il allait devoir mettre la clé sous le paillasson en raison de l’augmentation des taxes. Contacté au téléphone, il indique qu’il est en ce moment même en passe de faire “des demandes au ministère des Finances, chiffres à l’appui. On espère que les choses vont aller dans le bon sens.”