Siddick Nuckcheddy n’est pas seulement un pastelliste mauricien de talent (Il a décroché le Prix Art du Pastel en France au 8ème Salon International de Giverny, en juin 2011 et sera l’invité d’honneur de la 9ème édition de cette manifestation en 2012), mais l’artiste qui a le mieux compris que son art a pour vocation d’affranchir les paysages naturels de notre île de leur finalité propre; de les transformer en oeuvre d’art. Nuckcheddy fait partie de ces peintres qui revendiquent ce que les modernes fuyaient : le mimétisme, les scènes de rue, les paysages. Ses différents solos l’ont prouvé. Avec « Caramel », titre de son exposition qui se tient jusqu’au 29 juillet à la Galerie Malcolm de Chazal, Curepipe, l’artiste procède de manière singulière pour décrire le processus de « met difé dan karo », scène très familière à Maurice. Au-delà du thème du feu pour brûler les feuilles sèches des cannes, Siddick compose ses oeuvres par le mélange des formes, les renversements, les foudroiements. Une réflexion qui montre le feu de cannes dans une lumière différente, une perspective autre, le monde re-imaginé subjectivement sous l’influence des rêveries du pastelliste. Les formes choisies par Siddick bruissent et croissent avec fureur. L’artiste nous invite à voir le fourmillement végétal dans ses compositions aux textures riches. Il nous incite à laisser notre oeil se perdre dans le miroitement infini des détails. Et si toute forme artistique devait son existence à la mort d’autres formes? La question mérite d’être posée, d’autant qu’elle nous conduit au coeur de la modernité des récentes oeuvres autour des incendies dans les champs de cannes. « L’invitation m’est venue du ciel, cette cendre si vulnérable que le vent déposa délicatement sur ma peau. De loin, j’ai entendu les chuchotements des flammes. Et mes pas m’ont guidé vers ce géant feu de camp… Les fumées, les flammes, les tiges de cannes et les cendres, toutes en symbiose, forment une seule matière qui vacille, se forme, se déforme, s’envole et danse. Et le reflet, tantôt rouge, tantôt orange, de ce moment intime, brille dans les yeux des invités… » Immense est la charge qui sourd lentement des pastels de S. Nuckcheddy, peintre d’éveil et d’opacité (L’Enfer, Oriflamme, Feu de camp). Implacables sont les effets artistiques qui unissent les flammes à la vie du monde. Il y a du peintre-démiurge dans tout cela. Un monde qui brûle, s’étouffe et meurt, un autre surgit, s’arrache aux ténèbres et s’élève vers les lumières délivrées. Les dessins de Siddick creusent l’abîme. Chaque oeuvre ose un questionnement. Le pastelliste transforme l’univers. L’ombre et la lumière ont échangé leurs pouvoirs, les frontières sont brouillées. Partout, aveuglant et terrible, le feu veille. Les hommes et les femmes deviennent des spectateurs. Siddick accidente tous les possibles visuellement. On assiste à quelque chose d’immense et constamment en crue. L’espace dérangé, ravagé devient un vaste et fascinant territoire. Siddick Nuckcheddy saisit pleinement l’acte créateur. C’est la trame du dedans et du dehors que transmet l’artiste.