Un véritable vent de panique a soufflé dans le Nord pendant toute la journée de vendredi avec des incendies dans des champs de cannes. Le bilan établi par la société cannière Terra est relativement lourd : quelque 900 hectares de champs de cannes affectés, soit une production de cannes de 70 000 tonnes ou encore 8 000 tonnes de sucre. Devant l’ampleur des dégâts et les soupçons de plus en plus forts que ce sinistre pourrait être d’origine criminelle, les milieux autorisés dans l’industrie cannière s’interrogent sur l’efficacité des moyens déployés pour rattraper les auteurs de ce « crime contre l’économie ».
En effet, dans la journée de vendredi, les sapeurs-pompiers des Government Fire Services ont dû lutter pendant sept heures pour maîtriser ces incendies. Il faut également reconnaître que la tâche des pompiers n’était nullement facilitée en raison des fortes brises qui balayaient cette partie de l’île. À un certain moment, des éléments de la Special Mobile Force (SMF) furent appelés en renfort avec en appui logistique l’hélicoptère de la police survolant les régions affectées pour établir un meilleur plan de lutte contre l’incendie.
Devant la progression du sinistre, la décision fut prise par les autorités de faire évacuer une partie des habitants de Cottage et d’autres agglomérations avoisinantes se trouvant sous la menace des flammes. Un tronçon de l’autoroute du Nord fut fermé à la circulation en raison des risques avec la densité de la fumée émanant des champs de cannes en feu. À ce stade, officiellement, la police a ouvert une enquête en vue de confirmer la nature criminelle de cet acte et procéder à des arrestations. Mais les milieux canniers se disent sceptiques vu que pour les précédents sinistres, aucun développement n’a été enregistré.
Des sources officielles dans ce secteur économique avancent que trois foyers majeurs d’incendie ont été identifiés vendredi. Au total, plus de 900 hectares ont été brûlés,ce qui représente un manque à gagner estimé à quelque Rs 30 millions. Ce montant est sujet à confirmation officielle auprès du Sugar Insurance Fund Board. À ce jour, tout porte à croire que ces incendies sont d’origine criminelle compte tenu des heures auxquelles ils ont été déclarés et des conditions météorologiques favorables à la propagation des flammes.
Un premier incendie, déclaré aux alentours de 10h30 près du village de Piton, s’est rapidement propagé pour atteindre les sections de Beau-Séjour, Ferret, Mont-Rocher, Mauricia, Beau Plan et St-André. Vers 11h30, un deuxième incendie est déclaré à Antoinette pour atteindre  rapidement les sections de Mount. Un troisième incendie est finalement déclaré aux alentours de 15h à L’Amitié. Mais le sinistre sera vite contrôlé. Ce ne fut qu’à 17h que les incendies ont été maîtrisés.
« C’est un événement très regrettable. Ces incendies viennent exacerber les difficultés que vit l’industrie cannière actuellement et demeurent un défi pour la communauté des planteurs, petits et gros, qui subissent des pertes conséquentes », déplore Jean-Arthur Pilot-Lagesse, General Manager (Agriculture) de Terra.
Les autorités et les membres du personnel de Terra étaient à pied d’oeuvre pour maîtriser les incendies et afin d’assurer la sécurité des habitants de la région.  Aucun dommage collatéral n’est à déclarer et Terra s’active pour récolter ces cannes brûlées afin de les envoyer à l’usine pour être broyées. Toutefois, un appel est lancé aux autorités policières pour une accélération des enquêtes diligentées en vue de procéder à l’arrestation des pyromanes.
D’autre part, un malheur ne venant jamais seul, outre les incendies à répétition de champs de cannes dans le Nord, la récolte sucrière fait face à des problèmes avec des risques qu’elle soit prolongée jusqu’à février de l’année prochaine. La centralisation de l’usine sucrière de Deep-River/Beau-Champ sur FUEL ne se déroule nullement comme prévu, avec de fréquentes pannes à l’usine d’Alteo de FUEL. Déjà, des planteurs de cannes de l’Est de l’île protestent contre les retards accumulés dans le broyage de leurs cannes. La communauté des planteurs de cette partie de l’île sollicitent une intervention des autorités compétentes pour une redistribution des cannes en vue de ne pas les pénaliser outre mesure.
En dernier lieu, l’incertitude au niveau au niveau du prix de la tonne de sucre payée par le Syndicat des Sucres continue à préoccuper les planteurs, petits aussi bien que gros. En mai dernier, quand le Syndicat des Sucres avait annoncé un prix réduit de Rs 14 000 la tonne, le prix sur le marché mondial était coté à 360 euros. Aujourd’hui, ce même cours est descendu à 320 euros. En parallèle, le taux de change de la roupie mauricienne par rapport à l’euro est passé de Rs 41.70 à Rs 40.70, soit un manque à gagner d’une roupie par euro selon les données compilées par la Banque de Maurice.
Les planteurs de cannes attendent avec impatience une nouvelle estimation officielle par le Syndicat des Sucres des recettes de la présente récolte et il est à craindre qu’une nouvelle baisse soit annoncée. En fin de semaine, aucune des sources approchées n’a voulu s’aventurer pour confirmer ou infirmer ce détail, de peur de susciter une sinistrose cannière…