Si les résultats des deux premiers objectifs de Navin Ramgoolam vont devoir se faire attendre — les dirigeants américains n’ayant pris aucun engagement concernant les Chagos et n’ayant fait que promettre que l’AGOA serait reconduit — par contre, le PM peut se consoler d’avoir obtenu, en aparté, de son ami personnel, le président Denis Sassou-Nguesso de la République populaire du Congo (ex-Brazzaville), un renforcement des échanges économiques avec Maurice…
Si l’on se fie aux nombreux communiqués émis par la cellule de communication du bureau du Premier ministre sur sa participation au sommet USA/Afrique — convoqué par le président Barack Obama, selon certains observateurs internationaux avertis, surtout dans le but de contrer l’influence grandissante de la Chine en Afrique —, Navin Ramgoolam semble avoir eu une semaine de travail particulièrement chargée.
Restituer les Chagos aux Mauriciens
Selon ces communiqués, c’est dimanche dernier que le PM a commencé à faire entendre la voix de Maurice. Et il en a profité pour soulever la revendication de souveraineté sur les Chagos. Selon un premier communiqué, Navin Ramgoolam, “qui tenait un discours tout près de l’imposant édifice du Congrès américain à Washington dans la soirée du dimanche 3 août, a lancé un appel pressant aux législateurs américains pour qu’ils aident à restituer la souveraineté mauricienne sur l’archipel qui abrite aussi la base américaine de Diego Garcia”.
Le Premier ministre mauricien avait été invité à adresser un message de remerciements à l’issue d’une rencontre organisée par l’African Presidential Centre et la firme d’avocats Nelson Mullins & Scarborough LLP. La fonction avait réuni d’éminentes personnalités dont des législateurs, des avocats et des médecins. Après avoir parlé de l’Afrique comme d’un “géant qui se réveille”, Navin Ramgoolam a abordé le dossier brûlant de Chagos. Il a fait remarquer aux Américains “qu’il reste une dernière initiative à prendre pour compléter la décolonisation du continent africain et qu’il s’agissait de restituer l’archipel des Chagos aux Mauriciens”. Le Premier ministre a tenu alors à préciser que Maurice “reste un pays ami des États-Unis et que la revendication de l’archipel n’entame en rien les intérêts de cette grande puissance dans la région de l’océan Indien.”Sans compromettre la présence des États-Unis sur l’archipel, Maurice ne fait que demander qu’on lui fasse justice, a soutenu le Premier ministre.
Semblable à Tromelin
Le lendemain de son intervention, Navin Ramgoolam a réitéré les mêmes assurances mauricienne lors d’une rencontre bilatérale qu’il a eue avec la conseillère américaine en matière de sécurité nationales, Susan Rice. Lors de cette rencontre, souligne le bureau du Premier ministre, les discussions ont porté sur Diego Garcia et une politique active des Américains dans les recherches sur le potentiel des ressources maritimes de Maurice. Le Premier ministre a alors “proposé que Maurice soit partie prenante dans les négociations qui vont démarrer l’année prochaine entre la Grande-Bretagne et les USA en vue de l’extension du bail américain sur l’archipel. Le bail en question expire en 2016, mais il est prévue depuis 1966, qu’après 50 ans, il peut-être prolongé pour encore 20 ans si le besoin se fait sentir. Et tout en s’engageant à ne pas exiger le départ des militaires US, Maurice réclame le droit de participer aux négociations.
Navin Ramgoolam a expliqué à Susan Rice que la revendication mauricienne sur les Chagos est soutenue dans les instances internationales par l’Union africaine (l’UA), le Mouvement des Non-Alignés (NAM) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). C’est dans ce contexte que — faisons-le remarquer, à la surprise de beaucoup ici — le Premier ministre mauricien a suggéré“qu’une formule de cogestion semblable à celle envisagée par la France et Maurice sur l‘île Tromelin pourrait être dégagée sans que cela ne compromette aucunement l’existence de la base de Diego Garcia”.
On aura noté dans le communiqué du bureau du Premier ministre que Susan Rice et ses collaborateurs n’ont donné aucune indication sur la réaction des États-Unis à cette suggestion de cogestion. À ce stade, le compte-rendu des discussions a en effet brutalement basculé autour de la question des relations économiques entre Maurice et les États-Unis.
AGOA prolongé jusqu’à quand ?
Navin Ramgoolam a expliqué à Susan Rice comment Maurice a entamé des réformes pour rendre son économie plus attrayante pour les investisseurs. Par exemple, en limitant les impôts à 15%. Par ailleurs, toujours selon Navin Ramgoolam, après avoir misé sur le secteur financier, les technologies de l’information (TIC), Maurice se tourne maintenant sur l’exploitation maximale des ressources maritimes. Susan Rice a annoncé que les États-Unis sont disposés à mettre son expertise à la disposition du pays dans ce domaine et à encourager les sociétés américaines à s’engager activement dans ce nouveau secteur.
Selon un des communiqués de son bureau, au cours des discussions entre les chefs d’État africains, le président Barack Obama a personnellement réagi après une intervention de Ramgoolam en affirmant que la transparence et des garanties légales pourraient donner lieu à des flux énormes dans les investissements sur le continent. Navin Ramgoolam devait alors expliquer comment Maurice a préféré maintenir le recours au Privy Council pour davantage sécuriser les droits des investisseurs.
Le sommet USA/Afrique s’est terminé mercredi avec l’engagement de Barack Obama que son pays mettra quelque $ 33 milliards à la disposition des pays africains pour leur développement, dont des programmes d’électrification d’envergure. Quant à l’Africa Growth Opportunity Act, selon le président US, “il sera prolongé”. Toutefois, il n’a pas précisé jusqu’à quand, alors qu’à Maurice le secteur manufacturier se bat pour une extension de l’Agoa pour encore quinze ans parce que ce traité commercial préférentiel serait vital pour le secteur.
Il est prévu que le Premier ministre mauricien rentre au pays au cours des prochains jours. On ne sait, pour le moment, combien de milliards de roupies Maurice obtiendra du plan d’aide américain, encore moins si le message de Navin Ramgoolam — pour ne pas dire sa nouvelle concession sur les Chagos — sera suivi d’effets probants. Une chose est toutefois certaine, faute de réponses claires des États-Unis, son hôte principal, le Premier ministre ramène de Washington… une invitation ferme de son pote, le président Sassou-Nguesso, aux investisseurs mauriciens à venir investir dans l’agro-industrie et le secteur minier de son pays.
Invitation ferme de
Denis Sassou-Nguesso

De Denis Sassou-Nguesso, Navin Ramgoolam a en fait  obtenu deux choses : l’appui total de la République populaire du Congo à la revendication mauricienne sur les Chagos et celui de la candidature de Jean-Claude de l’Estrac à la présidence de la Francophonie. Mais la plus heureuse dans ce resserrement des liens entre la très démocratique République du Congo et Port-Louis devrait être Marie-France Roussety. Sur décision du Premier ministre, cette travailliste de toujours a été désignée ambassadrice avec résidence à Maurice. Très impressionné par le progrès qu’il avait constaté à Maurice en tant qu’invité d’honneur aux célébrations de l’Indépendance, Denis Sassou-Nguesso a, lui, souhaité que Maurice l’aide dans la formation, surtout technique, des jeunes de son pays.