La Grande-Bretagne au cœur d’une campagne internationale de dénonciations comme un « rogue State » avec son refus de quitter l’archipel à la date butoir du 22 novembre
Le PM, Pravind Jugnauth : « It is the International Court of Justice that has not shared the approach of the United Kingdom (on the Chagos issue) »

Avec la Grande-Bretagne faisant fi de l’échéance du 22 novembre pour mettre fin à sa présence illégale aux Chagos et en marge du délai jusqu’à mars ou avril de l’année prochaine pour le rapport du secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres, au sujet de la résolution 73/293, l’organisation du voyage annoncé dans l’archipel pourrait intervenir après mars 2020. C’est du moins ce que laissent entendre des sources bien informées, d’autant que les préparatifs pour une telle initiative exigent la mise en place d’une logistique à toute épreuve du côté de Maurice, en collaboration avec le Groupement des Réfugiés des Chagos (GRC). De ce fait, les 357 inscrits en vue de ce déplacement dans leurs îles natales devront prendre leur mal en patience le temps que l’écheveau diplomatique et politique au niveau des Nations unies soit démêlé. Entre-temps, la Grande-Bretagne fait face à un backlash politique et diplomatique sur le front international, avec l’étiquette de rogue State collée sur son dos. L’Union africaine, un des puissants alliés de Maurice lors des procédures devant la Cour Internationale de Justice pour l’advisory opinion sur les Chagos, est montée au premier plan dès vendredi pour dénoncer « le maintien par le Royaume-Uni de son administration coloniale dans l’archipel des Chagos ». D’autre part, le leader du Parti travaillste britannique, Jeremy Corbyn, qui est en campagne électorale, a réitéré son engagement de mettre à exécution la teneur de l’advisory opinion de la Cour Internationale de Justice du 25 février et de la résolution du 22 mai sans nulle autre forme de procès en cas de victoire le 12 décembre.

Lors de son intervention à la première séance de la septième Assemblée nationale, jeudi, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a donné un aperçu du calendrier par rapport à cet éventuel déplacement dans l’archipel des Chagos. « We look forward to the Secretary-General’s report on the implementation of the United Nations General Assembly Resolution 73/295 which, we understand, is expected in March/April 2020 », dit-il. De ce fait, le décryptage de cette phrase laisse voir qu’il n’est nullement de l’intention de l’Hôtel du gouvernement d’agir dans la précipitation pour débarquer dans les îles, soit à Peros Banhos soit à Salomon. Toutefois, cela n’empêchera pas le gouvernement de poursuivre les démarches préliminaires, notamment par rapport au choix du bateau pour transporter principalement les Chagossiens à cet effet, de même que d’autres membres de la délégation, et d’autres dispositifs.
Dans l’immédiat, en dépit du non-respect de la résolution adoptée le 22 mai dernier à une écrasante majorité à la séance plénière de l’assemblée générale des Nations unies, Maurice est en passe d’atteindre un premier objectif, à savoir placer la Grande-Bretagne sur le banc des rogues States au sein de cette instance internationale. La presse internationale, y compris celle de la Grande-Bretagne, a repris la déclaration de Pravind Jugnauth, soulignant que « this situation clearly leaves the United Kingdom as an illegal colonial occupier », soit une nouvelle épithète après la précédente accusation de crime contre l’humanité pour le refus de permettre aux Chagossiens de rentrer dans leurs îles natales.
S’appuyant sur une série de récentes réponses parlementaires et d’un written statement en date du 5 novembre du gouvernement dirigé par Boris Johnson à la Chambre des Communes, le Premier ministre est arrivé à la conclusion que « the United Kingdom government has made clear that it does not intend to withdraw its unlawful administration from the Chagos Archipelago by the deadline set by the General Assembly ». Poursuivant, il s’insurge contre le fait que « the United Kingdom has been repeating that it does not share the approach of the International Court of Justice and that the Court failed to give sufficient regard to some material facts ».
Pravind Jugnauth rappelle que, pendant quatre jours en septembre de l’année dernière, la Cour Internationale de Justice avait pris connaissance des submissions, articulées autour des milliers de pages et venant d’une trentaine d’États-membres des Nations unies, dont la Grande-Bretagne. «The Court carefully examined these facts before reaching its conclusions. In other words, it is the Court that has not shared the approach of the United Kingdom. », rétorquera-t-il à ce sujet.
Dans cette perspective, Maurice a signifié son intention d’intensifier la pression contre la Grande-Bretagne dans les instances internationales en vue de compléter le processus de décolonisation. « Government will also pursue its efforts to challenge the United Kingdom’s membership as a coastal State to represent the Chagos Archipelago in all United Nations bodies as well as in international, regional and intergovernmental organisations pursuant to paragraphs 6 and 7 of the United Nations General Assembly Resolution 73/295 », a fait ressortir le Premier ministre.
Engagement de Jeremy Corbyn
Les premières objections à la présence de la Grande-Bretagne en tant que coastal State dans l’océan Indien ont déjà été formellement soulevées au sein de l’Indian Ocean Tuna Commission. En parallèle, la Commission on the Limits of the Continental Shelf sous la Convention des Droits de la Mer a déjà noté la revendication de Maurice sur la Southern Chagos Archipelago Region. En guise de réponse aux objections de la Grande-Bretagne, Maurice a informé officiellement cette instance des Nations unies de « the advisory opinion of the International Court of Justice of 25 February 2019 on the legal consequences of the separation of the Chagos Archipelago from Mauritius in 1965 and the related General Assembly resolution 73/295 of 22 May 2019, and elaborated in detail on the views of his Government concerning the implications of the advisory opinion and the resolution for the Commission. »
Dans un récent post sur le site web de la Commission on the Limits of the Continental Shelf, mention est faite que « taking into account the views expressed and the presentation made by the delegation, the Commission decided to revert to the consideration of the submission when the submission is next in line for consideration as queued in the order in which it was received. »
Dans les milieux proches du Prime Minister’s Office, avec le nouveau portefeuille de territorial integrity, l’on souligne que d’autres initiatives diplomatiques sont envisagées contre la Grande-Bretagne, d’autant que l’Union africaine et même le leader de l’opposition ne se sont épargné aucun effort pour stigmatiser l’attitude de Londres par rapport à l’échéance du 22 novembre. À Port-Louis, l’on se félicite de la prise de position sans ambiguïté, vendredi, du président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, invitant « the United Kingdom to comply with the General Assembly Resolution, within the spirit of the advisory opinion of the International Court of Justice, and requests the international community to continue its support to the Republic of Mauritius for a complete decolonisation of the Chagos Archipelago. »
Et en cas de victoire éventuelle du Labour aux élections du 12 décembre en Grande-Bretagne, la page de la décolonisation complète de Maurice devra être définitivement tournée. « It’s clear that in refusing to return the Chagos Islands to Mauritius and defying the UN General Assembly and International Court of Justice, this Conservative Government shamefully considers itself to be above international law. We immediately will enact our manifesto promise to allow the people of the Chagos Islands and their descendants the right to return to the lands from which they should never have been removed », déclare Jeremy Corbyn.
Affaire à suivre