Après une visite des lieux en août dernier en compagnie d’Alan Ganoo et de Joe Lesjongard, le ministre du Logement Showkutally Soodhun a régularisé la situation de 62 familles de squatters de Site Bondye, Riambel. Il s’agit d’une des régions les plus touchées par la pauvreté et la problématique des squatters. Ces familles ont reçu leur “Letter of Intent” jeudi après-midi, en attendant d’obtenir un contrat en bonne et due forme. Le gouvernement aidera également à la construction des maisons en dur. Pour ces citoyens, qui vivaient jusqu’ici dans des conditions très précaires, c’est un rêve qui se concrétise. Devenir propriétaire d’un terrain leur semblait si irréalisable jusqu’ici.
Les habitants de “Site Bondye” se sont réveillés sous un nouveau jour ce matin. Ils ne sont plus connus comme des « squatters », mais vivent bien en toute légalité sur un terrain en face de la mer à Riambel. Les sourires sur les visages des femmes qui s’adonnent à leurs tâches quotidiennes en disent long. Marie Rosie Vieillesse nettoie sa cour. Quand on évoque sa nouvelle situation, elle ne cache pas son soulagement. « Cela fait des années que nous vivons dans des conditions très difficiles ici. Nous sommes très reconnaissants envers le ministre Soodhun pour ce qu’il a fait pour nous. Maintenant, nous pourrons construire notre maison, avoir l’eau et l’électricité. Actuellement, nous vivons dans une seule pièce. »
Derrière les tôles rouillées et les cordes délimitant ses quartiers, on aperçoit quelques plantes de margoze, de giraumon et de chou chou. « Je plante ces légumes pour ne pas avoir à en acheter », confie-t-elle. Cela fait deux ans que Marie Rosie Vieillesse et sa famille sont venues habiter à Site Bondye. Auparavant, elle habitait chez sa mère, à Rivière-des-Anguilles. « Mais nous étions un peu à l’étroit. Comme nous n’avions pas les moyens de louer une maison, nous sommes venus ici. »
Sa voisine, Marie, habitait elle sur une propriété sucrière. Lorsque son époux est décédé, elle ne savait où aller. Elle a alors suivi son fils en s’installant à Site Bondye. A son âge avancé, Marie estime avoir enfin vu la lumière au bout du tunnel. « Je ne croyais pas qu’un jour j’allais avoir un terrain à moi. Ce n’est pas par choix, mais par la force des choses que nous nous sommes retrouvés dans cette situation. Nous aurions bien aimé avoir une maison comme tout le monde, mais les moyens ont fait défaut. Par la grâce de Dieu, nous pourrons maintenant réaliser ce rêve. Le ministre a dit qu’il allait nous aider. Nous devons aussi faire nos propres efforts. »
À Site Bondye, Marguerite Vallot est une star. Cette grand-mère de 102 ans a touché le coeur du ministre du Logement, au point où il en parle à chaque occasion. Il faut emprunter les sentiers boueux pour arriver à la maisonnette, située en hauteur d’Irella Vallot, petite fille de Marguerite Vallot. Assise dans son fauteuil, « grand-mère » comme le surnomment les gens de la cité, dit sa joie de pouvoir espérer des jours meilleurs. « Mo bien content », lance-t-elle avec un large sourire.
Irella Vallot, qui vit de sa passion d’invalide (elle est malentendante), a accueilli sa grand-mère chez elle depuis deux ans. « Elle vivait chez ma mère, mais celle-ci avait dû faire une intervention chirurgicale et j’allais m’occuper de grand-mère tous les jours. Elle s’est attachée à moi et a voulu venir vivre ici. Même si on est dans la misère, elle se sent bien car je m’occupe d’elle comme un bébé. Je lui donne son gâteau, son Yoplait… Elle aime bien ces petits plaisirs. »
En août dernier, la situation de Marguerite Vallot a été révélée quand les deux députés de la région, Alan Ganoo et Joe Lesjongard, ont invité Showkutally Soodhun à effectuer une visite à Site Bondye. Ces derniers avaient souligné l’urgence d’une action pour ces squatters, qui vivaient dans des conditions difficiles. La réputation des lieux décourageait les officiers du gouvernement à s’y rendre pour des actions appropriées. D’où la nécessité de la visite organisée pour un constat de la situation.
Alors que l’avenir s’annonce meilleur avec le projet du ministère du Logement de faire construire des maisons plus décentes, avec l’aide de la National Empowerment Foundation (NEF), certains problèmes graves préoccupent les habitants. Jean (prénom fictif) estime que le « nettoyage » doit se faire à tous les niveaux. « Nous sommes très reconnaissants envers le ministre d’avoir régularisé notre situation, mais est-ce que la drogue continuera à ronger notre quartier ? Est-ce qu’on mettra un frein à la prostitution ? Qu’est-ce que les autorités comptent faire pour pallier le laxisme de la police ? Pendant tout ce temps, nous avons souffert de cette situation. Maintenant que nous avons le droit de vivre décemment, il ne faut pas laisser ces choses pourrir l’environnement. Le ministre a déjà dit qu’il ne va pas tolérer ceux qui agissent mal. J’espère qu’il ira jusqu’au bout et, surtout, qu’il veillera à ce que la police fasse son travail. »
Les 62 familles de Site Bondye se sentent aujourd’hui libérées de l’étiquette de squatters. Ils espèrent que l’avenir sera meilleur pour leurs enfants. Ils sont aussi conscients que la clé se trouve entre leurs mains : « Gouvernman inn fer so zefor. Aster nou bizin fer nou zefor », laissent entendre les mères de famille.
En quittant Site Bondye, on croise une adolescente faisant la vaisselle à même la rue. Des enfants jouent pieds nus dans les sentiers boueux. Une voisine leur offre un bol de macaronis pour leur déjeuner. La solidarité est aussi présente, en dépit des conditions difficiles…