Béatrice Rouillon-Sookur, mère de Stacey Henrisson, tuée à Bonne-Mère, s’évertue à prendre ses distances de son époux et meurtrier présumé Jayraj Sookur. Ce développement intervient un mois jour pour jour après l’assassinat de la lycéenne de 16 ans et presque à la veille d’un rendez-vous crucial de Béatrice Rouillon-Sookur avec le chef enquêteur de la CID de la Western Division, l’assistant surintendant de police Daniel Monvoisin, et ses plus proches collaborateurs. L’interrogatoire de l’épouse du principal suspect ne devra intervenir qu’en début de semaine prochaine, les funérailles de l’adolescente se déroulant dimanche. En attendant, dans un contre-affidavit rédigé par les soins de l’avouée A. Ragavoodoo ou encore dans une succincte déclaration à la presse, la mère de Stacey Henrisson épouse la thèse de la trahison de son époux dans cette dramatique affaire.
« Je ne peux vous en dire plus. Je suis vraiment écoeurée devant ce qu’il (Jayraj Sookur) a fait. C’est une trahison. Cela me fait très mal », a soutenu Béatrice Rouillon-Sookur à la conclusion d’une première étape hier après-midi. Elle quittait l’enceinte de la Cour suprême où le désaccord au sujet des funérailles de Stacey Henrisson, fixées pour dimanche, a été réglé devant le juge Benjamin Joseph siégeant en référé.
Les dispositions convenues en Cour suprême sont que la dépouille de la lycéenne de 16 ans sera remise samedi à 10 heures aux services des pompes funèbres agréées, la police n’ayant à ce stade formulé aucune objection car il n’est pas question de nouvelles expertises. Les funérailles se dérouleront dimanche à 14 heures, l’enterrement se faisant au caveau familial des Henrisson au cimetière St-Thomas à Beau-Bassin.
Commentant ce développement, Me Germain Wong Yuen Kook, dont les services ont été retenus conjointement avec Me Nadeem Hyderkhan, a déclaré au Mauricien que « ma cliente (Béatrice Sookur) n’a jamais exprimé le souhait que sa fille Stacey soit incinérée. Au contraire, elle voulait que sa fille soit enterrée dans le caveau des Henrisson en la paroisse St-Thomas à Beau-Bassin. Elle est soulagée de pouvoir procéder dimanche à l’enterrement de sa fille pour que son âme puisse reposer en paix ».
Le contre-affidavit juré par Béatrice Rouillon-Sookur pour les besoins de cette injonction logée par l’oncle paternel, Clude Herbert Henrisson, et la grand-mère maternelle, Margaret Rouillon, jette les bases de la défense qu’elle pourrait adopter lors du prochain questioning dans les locaux de la CID de la Western Division. La mère de Stacey Henrisson soutient de manière catégorique qu’elle a été bernée par Jayraj Sookur au sujet de la disparition de sa fille depuis le 5 mai.
« À plusieurs reprises, alors que je me trouvais en Inde pour mon traitement médical, j’ai demandé à mon époux de s’assurer que Stacey entre en contact avec moi. Mais toutes ces tentatives ont été vaines. J’ai été induite en erreur (misled) par Jayraj. Il m’a fait croire que Stacey avait fui le toit familial », déclare Béatrice Rouillon-Sookur pour tenter de contredire ceux affirmant que durant la fin de son séjour dans la Grande Péninsule elle n’avait pas cherché à connaître les wherabouts de sa fille. « J’ai ensuite pris contact avec ma seconde fille Marisa Sookur lui demandant de transmettre un message à Stacey sur Facebook exigeant qu’elle me fasse connaître où elle se trouvait et ce qu’elle devenait », ajoute-t-elle en précisant n’avoir eu aucun contact avec le meurtrier présumé depuis son retour le vendredi 18 mai.
Béatrice Rouillon-Sookur soutient que lors de la prochaine séance d’interrogatoire elle collaborera pleinement avec les limiers de la CID de la Western Division en vue de faire toute la lumière sur le meurtre de Stacey Henrisson et les circonstances menant aux événements dramatiques du samedi 5 mai au Myassa Healing Centre de Bonne-Mère. Concernant le voyage de la famille Sookur en Inde à partir du 2 avril, elle révèle que son séjour devait durer trois mois dans un ayurvedic resort de l’État du Kerala. Elle compte soumettre à la police des preuves de sa réservation de billet d’avion pour le retour à Maurice en date du 3 juillet. Elle est rentrée prématurément le vendredi 18 mai après avoir été informée que sa fille avait eu un accident.
À ce stade de l’enquête, il ne fait aucun doute que l’interrogatoire de Béatrice Sookur dépassera le cadre du dernier voyage en Inde en compagnie de son époux et de la victime. Les enquêteurs comptent approfondir l’état des relations entre Jayraj Sookur et Stacey Henrisson depuis au moins le 18 octobre 2011, les raisons pour lesquelles la victime avait pris la décision de consigner une déposition contre son beau-père à la police de Flacq et les incessantes disputes familiales avec des pressions et menaces du présumé meurtrier pour pousser l’adolescente à apposer sa signature sur des procurations.
Avant de franchir cette étape, l’ASP Monvoisin et ses hommes mettent la dernière main à l’unfinished business de l’opération menée conjointement par Jayraj Sookur et Ramdassen Tany depuis le 4 novembre 2011 pour dévaliser le domicile et l’atelier du défunt père de la victime, Wills Henrisson, à Pointe-aux-Canonniers. Le meurtrier présumé a fait le déplacement dans ce village du Nord en compagnie des enquêteurs de la police en vue d’identifier les habitants qui ont été approchés pour faire l’acquisition de meubles, d’équipements électroménagers ou des outils volés par le tandem au préjudice de l’héritière Stacey Henrisson.
Deux camions additionnels contenant des ameublements de salon et de chambre à coucher ou encore des équipements électroménagers, dont des réfrigérateurs, des appareils audio et des machines à coudre industrielles, ont débarqué leurs chargements hier après-midi dans l’enceinte des Police Headquarters de Rose-Hill. Dans tous les cas, les auteurs derrière ce vol ne sont autres que Jayraj Sookur et Ramdassen Tany.
À ce matin, au moins quatre autres suspects, dont un tailleur du Nord, ont été interpellés par la police pour le délit provisoire de Possession of Stolen Property (recel) tout comme la notaire Farzannah Boolakee il y a deux semaines. Ils ont déjà comparu en cour pour leur remise en liberté provisoire.
Devant ces nouveaux exhibits devenus encombrants au poste de police, l’assistant commissaire de police Dip et le chef enquêteur Monvoisin ont pris des dispositions pour les transférer en lieu sûr aux Casernes centrales. Des policiers ont fait office de déménageurs pour le transfert d’au moins trois camions de meubles volés et récupérés de Rose-Hill à Port-Louis.