PHOTO - SD Worx

L’invité de ce dimanche est Steven Van Hoorebeke, CEO de SD Worx Group, le deuxième plus grand opérateur de fiches salariales en Europe et l’un des cinq premiers au niveau mondial. M. Van Hoorebeke était à Maurice pour l’inauguration des nouveaux bureaux de SD Worx Mauritius dans une des tours d’Ébène. Des bureaux innovants et destinés, selon ses promoteurs, à « promouvoir la créativité et la culture de partage et de réflexion, tout en provoquant le dépassement de soi chez chaque collaborateur. » Le CEO de SD Worx Group a répondu à nos questions juste avant l’inauguration des nouveaux bureaux.

Steven Van Hoorebeke, qu’est-ce que le SD Worx Group et quelles sont ses activités ?

Notre compagnie a été créée il y a 70 ans dans le nord de la Belgique à Anvers. Dans les pays d’Europe de l’Ouest et même à Maurice, le calcul des salaires est très compliqué en raison du nombre d’allocations qui y sont attachées, ce qui complique la tâche des administrations. Notre compagnie a proposé ses services pour s’occuper de calculer les salaires ainsi que les déductions pour les impôts et la sécurité sociale. Notre proposition a été acceptée par l’administration belge, puis par le gouvernement wallon et, il y a quinze ans, nous avons commencé à travailler pour d’autres pays européens : le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Allemagne et la France.

Pourquoi êtes-vous restés aussi longtemps en Belgique ?

Parce que nous avions beaucoup de travail et qu’à l’époque il était compliqué d’aller proposer ses services en dehors de la Belgique en raison des spécificités — très compliquées ! — des autres pays. Pour travailler dans d’autres pays, il fallait racheter des compagnies locales faisant le même travail et possédant les outils et le savoir-faire nécessaires pour avoir accès au marché. Nous avons rapidement réalisé qu’il n’était pas évident de trouver les bonnes sociétés à l’étranger à racheter. Nous avons alors décidé de constituer des partenariats avec des sociétés faisant le même travail que nous à l’étranger, d’abord au niveau européen, puis au niveau américain et ensuite au niveau des pays d’Asie. Aujourd’hui, grâce à nos partenaires, nous avons plus de 65 000 clients à travers le monde et disposons d’une des plus grandes bases de données sur les opérations salariales au monde.

Votre société est reconnue au niveau international pour sa compétence et son expertise dans le calcul des salaires, vous êtes même dans le top 5 mondial des compagnies de ce secteur, vous êtes implanté dans 90 dix pays et vous venez vous installer à Maurice. Pourquoi ?

Que faisons-nous à Maurice ? Continuer ce que nous avons entrepris depuis quinze ans : faire des acquisitions ou établir des partenariats avec des sociétés similaires à la nôtre dans des pays étrangers. Dans le cadre de cette politique, nous avons eu en 2016 la possibilité d’acquérir la société Ceridian Angleterre et Irlande. Cette société avait déjà une branche à l’île Maurice, ce qui fut à l’époque une grande surprise devenue aujourd’hui une très bonne surprise, car j’ignorais que ce genre de centre de services existait ici. Après l’acquisition, j’ai fait des recherches, j’ai envoyé des gens et puis je suis venu à Maurice pour constater que le centre de service était vachement intéressant. Ceridian avait installé à Maurice un centre pour gérer la partie anglaise de ses activités, je me suis dit que nous pouvions développer et étendre cette activité vers d’autres pays, surtout ceux de la zone francophone. Nous avons donc élargi la mission et nous sommes en train d’offrir, à partir de Maurice, des services pour les pays où notre groupe est présent.

Vous devez sûrement adapter vos acquisitions à votre fonctionnement propre. Cela suppose une formation spécifique dans chaque implantation…

Où que ce soit dans le monde, quand une de nos sociétés embauche, nous offrons à ceux qui sont recrutés une formation en interne pour apprendre nos systèmes de fonctionnement et les services que nous proposons à notre clientèle. Bref, nous faisons découvrir au jeune embauché la philosophie de notre entreprise.

Quelles sont les qualités de base que vous demandez au jeune qui souhaite venir travailler dans une de vos sociétés ?

Nous employons un total de 4 200 personnes dans nos différentes sociétés qui utilisent tous les outils technologiques disponibles. Nous recherchons en général deux types de personnes : des gens avec une connaissance IT sans autre formation et des gens qui ont l’esprit de service, qui ont déjà une formation. Ils peuvent être, dans le premier cas, des gens qui ont fait les sciences mais qui doivent avoir l’envie de fournir le service voulu au client. La formation pour connaître et maîtriser nos outils et nos objectifs se fait en même temps que le travail, est intégrée au travail et est basée sur ce que nous attendons de l’employé. C’est donc un mélange de travail et de formation online en ce qui concerne le secteur IT. Pour ce qui est du secteur non IT, nous recrutons des jeunes avec un bon A Level qui veulent acquérir de nouvelles connaissances, ont de la volonté et peuvent communiquer. Mais dans tous les cas, nous recrutons des personnes qui ont le sens du service et la bonne attitude. La bonne attitude au travail est pour nous une qualité essentielle, surtout pour ceux qui sont en contact direct avec nos clients. Notre personnel sait que leur performance est constamment évaluée et leur donne droit à des certificats reconnus dans le monde entier. C’est un visa pour l’avenir.

Une société étrangère comme la vôtre s’implante-t-elle facilement à Maurice ?

Je suis venu à Maurice une fois déjà, je trouve que c’est une très belle île en ce qui concerne le tourisme, mais du point de vue des affaires, elle se trouve quand même à onze heures de vol de l’Europe.

Mais les nouvelles technologies de la communication n’ont-elles pas aboli la notion de distance ?

Effectivement, nous travaillons beaucoup par vidéoconférence et utilisons la technologie moderne, mais il reste que le vrai contact doit se faire dans un face-à-face. Les nouvelles technologies sont extraordinaires, mais le contact humain est essentiel à la communication. Par exemple, pour les nouveaux projets, la phase d’initiation se fait dans un face-à-face et notre personnel fait le déplacement pour pouvoir parler avec le client.

Les incitations offertes par le gouvernement mauricien aux investisseurs étrangers ont sans doute dû être un argument intéressant dans le maintien et le développement de la branche de Ceridian que vous avez rachetée…

Il est clair que le gouvernement mauricien a très bien joué en établissement des mesures pour supporter les sociétés étrangères qui s’implantent à Maurice. C’est un argument pour rester et développer nos activités.

Mais il y a aussi des sociétés étrangères qui profitent des mesures incitatives, ouvrent des entreprises et les ferment quelque temps plus tard…

Nous sommes ici pour durer. Bien sûr, les incitations sont attractives, mais il y a aussi un autre fait qu’il faut souligner et qui joue en faveur de Maurice. Il est de plus en plus difficile de trouver des jeunes pour travailler dans les pays d’Europe en raison de la baisse de la natalité, alors qu’à Maurice tous les ans, dix mille diplômés arrivent sur le marché du travail. C’est très intéressant pour nous. Ces jeunes Mauriciens veulent aller travailler pour une société attractive qui leur offre de multiples opportunités pour aller ailleurs. Nous répondons à cette demande.

Il existe une pratique nouvelle dans certains secteurs de l’emploi à Maurice : le braconnage. Comment fait SD Worx pour ne pas perdre ses employés au profit de ses concurrents ?

La philosophie de notre entreprise est d’offrir le meilleur service possible à nos clients, mais aussi de permettre à notre personnel de développer ses compétences et ses connaissances, de s’améliorer professionnellement. Nous offrons aussi à notre personnel la possibilité de découvrir, d’utiliser et de maîtriser les dernières inventions technologiques dans différents domaines. Par exemple, nous travaillons avec des logiciels robotiques et le centre de compétences de notre groupe se trouve dans notre bâtiment d’Ébène. Donc, nos collaborateurs mauriciens sont déjà des maîtres en robotique et peuvent expliquer et même installer cette nouvelle technologie dans les différentes sociétés du groupe. En sus des outils technologiques, nous offrons à nos collaborateurs un cadre de travail tout à fait particulier. Nos nouveaux bureaux ont été pensés pour que ceux qui y travaillent se sentent à l’aise, confortables, chez eux. Ils ont été conçus avec la collaboration de nos collaborateurs. Certes, nous offrons des services à nos clients qui nécessitent un travail, mais il est important que les longues heures de travail soient agréables pour que tout se passe bien. Si celui qui travaille se sent bien dans son environnement professionnel, il est certain que le service qu’il va offrir ne sera que meilleur. C’est pour cette raison que l’équipe mauricienne a pensé nos bureaux en termes de travail, mais aussi de détente. Il y a partout des coins détente, des endroits où on peut parler, se réunir, se distraire. Je suis convaincu qu’il est important de travailler dur, d’accomplir la tâche nécessaire, mais aussi d’avoir des moments de détente et des endroits où on peut parler, se restaurer ou faire une pause. Je suis convaincu que le cadre dans lequel on travaille a une importance sur la performance.

Donc, vos employés travaillent avec la robotique mais ne sont pas traités comme des robots. Mais est-il facile de garder le côté humain dans une entreprise qui utilise surtout des outils technologiques et où on manipule à longueur de journée des chiffres et des données informatiques ?

Ce n’est pas facile, mais c’est possible. C’est pour cette raison que l’équipe de Maurice a aménagé ses nouveaux bureaux de façon différente. Il n’y a pas de bureaux, de cloison, de séparation ou de rideaux, et tout est ouvert. L’ouverture n’est pas seulement celle de l’espace mais, nous le souhaitons en tout cas, celle des esprits. Le plus important dans une entreprise c’est le personnel et son bien-être est primordial, puisqu’il va influer sur la performance. S’il est heureux dans son cadre professionnel, sait que ses ambitions peuvent être réalisées, cela va forcément rejaillir sur son travail.

Ce discours se retrouve dans toutes les ouvertures d’entreprises et les discours de fin d’année, mais dans la pratique…

Nous vous invitons à venir visiter nos nouveaux bureaux et à demander leur avis sur cette question à nos collaborateurs.