Et c’est finalement le Directeur des poursuites publiques qui a décidé de mettre fin à la triste saga de David Gaiqui. Il a statué qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments à charge pour un procès formel. Mais le prévenu a passé plusieurs jours en détention, a été dévêtu pour une fouille corporelle et a été laissé nu, attaché à une chaise pendant que des policiers et, des policières aussi, déambulaient au poste de police de Curepipe pour, probablement, ne rien rater du « spectacle ». Comme s’ils étaient des adeptes de strip-poker. Ou de jeux sadomasochistes.

Cela en dit long sur les méthodes de la police. Nous savions qu’elles laissaient à désirer, mais nous ne savions pas qu’ils étaient aussi médiocres et qu’ils allaient aussi loin. Et c’est ça la police « efficace » du mentor, le ministre de tutelle, selon une innovation du gouvernement MSM-ML qui a retiré les services de l’ordre des mains du chef du gouvernement pour les mettre entre celles d’un sir Anerood Jugnauth qui a l’air de fonctionner à temps partiel, alors que l’ordre, la loi et la sécurité est un secteur exigeant et sensible qui réclame une attention de tous les instants. SAJ n’a pas eu un mot à dire sur toute cette affaire qui a défrayé la chronique une semaine durant. Il doit sûrement, comme à son habitude, « p… » royalement dessus.

Certes, David Gaiqui est un délinquant qui a un casier judiciaire, mais cela ne peut en aucun cas justifier le traitement qu’il a subi aux mains des officiers du poste de police de la ville dite lumière. Ce n’est qu’une bonne semaine après les faits que les policiers impliqués ont été, non pas suspendus en attendant que les enquêtes en cours soient diligentées et bouclées, mais, seulement, transférés.

Imaginons ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu la fameuse photo, largement partagée sur les réseaux sociaux, pour illustrer les étranges pratiques de la police de Curepipe ? L’affaire aurait pris une tout autre tournure. David Gaiqui aurait été toujours en détention et, en cour, ç’aurait été sa parole contre celles des policiers qui auraient été suffisamment en nombre et en témoignages concordants pour le clouer au pilori. Ç’aurait été le scénario classique au détriment de la justice et de la vérité.

David Gaiqui a été suspecté d’avoir participé à des braquages et cela a justifié que les policiers de Curepipe le mettent à nu apparemment pour voir s’ils n’avaient pas dissimulé les fruits du butin dans ses parties intimes. Est-ce que tous ceux qui sont ainsi soupçonnés sont sujets au même traitement ? Est-ce que Showkutally Soodhun, qui a proféré une menace de mort à l’encontre de Xavier Duval, a subi une fouille pour été établir, allons dire, s’il n’avait pas dissimulé l’arme de service d’un de ses gardes du corps ?

La question a peut-être l’air saugrenue, mais elle est de celles que se pose le grand public pour dénoncer la politique de deux poids deux mesures pratiquée par tous les organismes d’État selon que l’on soit notable ou simple citoyen. Et à peine cette affaire calmée qu’une autre a fait surface, celle d’une jeune fille de quatorze ans qui aurait, en l’absence de ses parents, été invitée à se dévêtir lors d’une perquisition policière mercredi avant que ceux qui avaient été dépêchés pour cette opération ne réalisent qu’ils s’étaient trompés d’adresse. L’affaire a été rapportée à l’Ombudsperson for Children qui a, à son tour, saisi la Commission nationale des droits de la personne pour enquête.

Pendant ce temps, le très corporatiste Jaylall Boojhawon, de la Police Solidarty Union, justifie tout et va même jusqu’à déplorer que ceux qui ont été transférés dans le sillage du strip-tease organisé par la police de Curepipe aient été traités comme des « boucs émissaires ». Avec ce genre de soutien, la police mauricienne est bien partie pour battre tous les records d’incompétence et de rapports négatifs des instances de l’ONU.

Si on doit saluer les hommes de loi qui se sont manifestés pour dénoncer les méthodes de la police et prendre la défense de David Gaiqui, il n’est par ailleurs pas interdit de penser que certains y ont trouvé une excellente manière de se racheter, soit de leur passage devant la commission d’enquête sur la drogue, soit de leurs propos pas très conformes à la notion des droits de la personne comme les « femell lisien » dont a été affublée une journaliste.

Le plus culotté de ceux qui seront épanchés sur le sort de David Gaiqui est certainement Navin Ramgoolam, qui a profité de la commémoration de l’abolition de l’esclavage pour affirmer que « Kan mo ti o pouvwar pa ti ena sa » Non mais. Souffre-t-il d’amnésie ? Ou prend-il les Mauriciens pour des imbéciles ?

Ce n’est pas lorsqu’il était Premier ministre que Kaya, interpellé pour le seul « fait » d’avoir admis avoir mimé un joint à un concret sur la dépénalisation du cannabis organisé par Rama Valayden, a été retrouvé mystérieusement mort à Alcatraz ? Ce n’est pas sous son gouvernement que Rajesh Ramlogun, soupçonné d’être impliqué dans le meurtre des sœurs Jhurry, est décédé en détention policière toujours à Alcatraz en janvier 2006 ?

Et ce n’est pas aussi lorsqu’il était chef de gouvernement qu’Anand Kumar Ramdhany avait été découvert pendu dans la cellule du poste de police de Rivière-du-Rempart ? Bien sûr, il y a eu des enquêtes où ce sont les policiers impliqués qui ont été en première ligne pour témoigner. Mais, en tant qu’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam aurait dû être un peu honnête et juste, et dire que certaines pratiques ne sont plus acceptables parce que ce n’est plus acceptable et que le monde nous regarde.

Et pendant ce temps, que fait le Premier ministre ? À la veille des 50 ans de l’indépendance, dans ce pays que l’on décrit comme moderne, on en est à une guerre d’influence auprès du socioculturel. Qui va êtrechief guest ici ou là ? Le summum de la vacuité quoi !

 

JOSIE LEBRASSE