Avec la présente récolte sucrière bien engagée, la communauté des planteurs et des opérateurs canniers est confrontée à une double incertitude hors de tout contrôle. Le prix de la tonne de sucre payé par le Syndicat des Sucres pour la coupe 2014 pourrait être de nouveau rajusté à la baisse pour se retrouver sous la barre des Rs 14 000, s’apparentant aux Rs 13 500 en vigueur en 2010 avec en bonus l’érosion du pouvoir d’achat intervenant au cours de la même période. Une des raisons justifiant cette nouvelle baisse de prix concerne la surproduction de cette denrée sur le marché mondial. A ces appréhensions vient se greffer la campagne agressive menée sur le marché rémunérateur en Europe et aux États-Unis contre le sucre en vue de réduire sa consommation pour des besoins de santé. Il n’est pas exclu de voir le sucre être classé dans la catégorie du tabac en raison des effets nocifs sur la santé, notamment des problèmes de diabète et d’obésité. En parallèle, les hésitations au niveau de la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA), anciennement Mauritius Sugar Authority, par rapport à l’étude sur les répercussions de l’abolition du quota de sucre de l’Union européenne à compter de septembre 2014 ne sont nullement vues d’un bon oeil dans les milieux de l’industrie cannière. Néanmoins, ils devront se contenter d’une maigre consolation avec une autre étude visant à une exploitation optimale des 125 000 tonnes de mélasse produites annuellement.
Les perspectives de prix de la tonne de sucre ne sont guère optimistes pour la récolte de cette année. Après avoir subi un véritable coup de massue, avec une annonce d’une réduction des estimations de prix à Rs 14 000, soit de Rs 2 000 de moins qu’en 2013, les bruits des couloirs au Syndicat des Sucres laissent prévoir qu’une nouvelle réduction pourrait être entérinée incessamment. Le nouveau prix payé aux planteurs devrait descendre sous la barre des Rs 14 000, pour se retrouver au niveau de Rs 13 500, soit le prix de 2010.
Par rapport à 2012, la baisse du prix pourrait être de l’ordre de quelque Rs 4 000, soit de 23 %. A ce stade, aucune confirmation officielle de ce nouveau prix n’a été « forthcoming » du côté des Syndicat des Sucres même si l’on concède que la tendance du prix du sucre sur le marché international semble confirmer cette nouvelle baisse. En cas de développement sur ce front, le gouvernement avait pris l’engagement de « bridge the price difference » pour les petits planteurs, en assurant à ces derniers le prix de Rs 16 000 en vigueur pour la récolte de 2013.
Toutefois, à l’hôtel du gouvernement et en particulier au ministère des Finances, on assure un monitoring systématique de l’évolution du prix en vue de ne pas être pris au dépourvu par une éventuelle annonce du Syndicat des Sucres. Dans la conjoncture politique et avec la possibilité de Snap General Elections avant la présentation du prochain budget en novembre, le gouvernement pourrait être appelé à « Top Up » toute nouvelle baisse de prix de la tonne de cannes aux petits planteurs en augmentant les subventions déjà prévues sous l’égide du ministère de l’Agro-Industrie.
Surplus de 4,4 millions de tonnes
« Nous suivons ce qui se passe sur le plan international. Les betteraviers britanniques, qui fournissent British Sugar, se sont vu imposer une réduction de 24 % du prix qui leur est offert. Il est plus qu’évident que la pression pour une baisse du prix du sucre à l’exportation », fait-on comprendre dans les milieux autorisés à Maurice. L’une des raisons derrière cette situation est la surproduction sucrière sur le marché mondial.
Le surplus sur le marché est de quelque 4, 4 millions de tonnes car la production de sucre se monte à quelque 181, 1 millions de tonnes contre une consommation de 176, 7 tonnes cette année. Néanmoins, l’International Sugar Organisation a voulu se montrer rassurante pour l’année prochaine. Intervenant lors d’un séminaire international, Jose Orive, directeur exécutif de l’ISO, prévoit un retour en équilibre entre l’offre et la demande à quelque 181 millions de tonnes de sucre à partir de 2014/15 et une stabilisation du prix.
Mais cette analyse ne tient en ligne de compte les virulentes attaques contre la consommation de sucre dans le monde. Avec l’Organisation mondiale de la Santé affirmant que « global obesity rates have more than doubled since 1980. 65 per cent of the world’s population live in countries where obesity kills more people than those who suffer from being underweight » et que 40 millions d’enfants âgés de moins de cinq ans sont classés dans la catégorie des obèses, il faudra s’attendre à voir la campagne contre la consommation de sucre gagner en intensité.
D’ailleurs, les derniers signes ont été notés lors des débats à la Chambre des Lords le mois dernier. Répondant à des interpellations des membres de la House of Lords, le Parliamentary Under-Secretary of State, Department of Health, Earl Howe, a fait état de toute une batterie de mesures pour décourager la consommation de sucre en Grande-Bretagne.
« Helping people consume fewer calories, including sugar, is key to reducing obesity levels in England. Through the Responsibility Deal, 40 companies, including those that produce and retail sugar sweetened beverages and confectionery, are removing sugar under the calorie reduction pledge. Rules are in place that prohibit the advertising of foods high in sugar in or around children’s television. The school food standards severely restrict the provision of foods and drinks that are high in sugar in schools », devait ajouter Earl Howe avec des producteurs sucriers craignant une campagne internationale contre la consommation de sucre comme ce fut le cas contre le tabac, et des répercussions économiques majeures.
Mesures d’accompagnement…
Sur le plan local, les délais accusés par la MCIA pour démarrer cette étude sur l’industrie cannière suscitent des inquiétudes. L’un des principaux problèmes se situe au niveau de l’absence de direction de cette institution, censée imprimer le sens de leadership dans le programme de restructuration. Un flou existe avec le récent départ du directeur exécutif par intérim, nommé après la non-reconduction du contrat de Vinod Boyjonauth. Deux prétendants sont en lice.
Le résultat est que les procédures d’appel d’offres pour le choix des consultants pour cette étude sur les effets et le programme d’actions pour contrer l’élimination des quotas de sucre au sein de l’Union européenne à partir de septembre 2017 se font toujours attendre. En principe, cette étude annoncée par le gouvernement depuis le début de l’année, doit démarrer en septembre prochain.
Le gouvernement mise sur ces recommandations pour soumettre à l’Union européenne une demande pour de nouvelles mesures d’accompagnement.
« I made a strong case for additional accompanying measures to mitigate the impact of the liberalisation of EU country quotas. I impressed upon the EU the multifarious role of the sugar industry in the socio-economic development of our country. I hope that the study commissioned by the Mauritius Cane Industry Authority, will be completed in due time to enable us to prop up our case to the European Union for additional support to the sugar sector », a déclaré le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à La-Baraque comme pour mieux préciser l’urgence de la situation.
Par contre, la seule consolation dans ce contexte difficile concerne cette étude sur l’utilisation optimale de la mélasse. Des consultants d’Afrique du Sud, choisis par la MCIA, ont déjà initié une série de consultations avec les différents stakeholders de l’industrie en vue d’élaborer la stratégie et les mesures, qui pourront figurer dans le prochain budget.
Des 125 000 tonnes de mélasse produites annuellement, 40 000 tonnes sont destinées à la production d’alcool de bouche par les distilleries de Médine et de Grays, 5 000 tonnes sont destinées à divers usages et les 80 000 tonnes prennent la direction de l’usine BioEthanol d’Omnicane. Avec le prix de Rs 2 000 par tonne de mélasse pour la dernière récolte, les planteurs de cannes ont bénéficié d’un apport supplémentaire de Rs 230 millions. L’une des attributions de cette étude sur la mélasse est « to consider whether the present single blended price policy applied to all planters is the best option or otherwise and to recommend, if any, amendments to the MCIA Act related to the price determination.”