Après le tollé soulevé suivant l’annonce de la National Transport Authority (NTA) de sévir contre les taxis et vans marrons en infligeant également une “fixed penalty” de Rs 500 aux usagers utilisant ces moyens de transport, les autorités sont mitigées. D’une, la NTA rappelle que l’option de pénalité relève d’un amendement à la loi au préalable. De deux, elle fait ressortir qu’il existe la possibilité pour les vans marrons de faire une demande de permis pour le transport d’étudiants, de touristes ou employés. Ce qui, une fois le permis obtenu au bout de quelques semaines, mettrait les usagers à l’abri, dans l’éventualité de l’entrée en vigueur des pénalités. Pour les taxis marrons, des mesures sont à l’étude à la NTA qui a fait une étude des lieux où prévaut un manque de taxis en vue de régulariser les opérateurs. En attendant, les usagers des taxis et vans marrons voyagent quotidiennement dans le flou, la peur au ventre et surtout la colère.
Alors que les autorités durcissent le ton contre les opérateurs de taxis marrons et leurs passagers, il devient aussi nécessaire de se pencher sur les causes qui ont abouti à un tel désordre sur nos routes. Ceux qui prennent cette option pour voyager arguent avoir de bonnes raisons pour le faire et pointent du doigt un système de transport désordonné et archaïque qui, malgré les nombreuses doléances, n’ont pu se hisser jusqu’au niveau souhaité ou exigé. Il y a, certes, eu des améliorations avec la mise en service des autobus de meilleure qualité et des services additionnels à bord pour le confort des passagers. Mais de manière générale, les horaires non respectés, les attentes interminables aux arrêts par temps de pluie et sous le soleil, des autobus encore en mauvais état, les caprices de certains membres du personnel, des trajets rendus plus longs par les attentes et les ralentissements sont quelques-uns des principaux points faibles du système.
D’où le choix d’honnêtes citoyens de plonger dans l’illégalité et à récidiver chaque jour pour gagner quelques précieuses minutes afin d’être à l’heure au bureau ou à la maison. Quitte pour cela à débourser quelques roupies de plus, car largement compensé par la baisse de stress.
“Je dois arriver à Port-Louis à 8h30 chaque matin. J’ai deux enfants, dont un qui est à l’école primaire que je dois préparer. Je suis debout depuis 5h du matin. Je fais les repas. Je vérifie que mes enfants sont prêts pour l’école et je quitte la maison à 7h20. Je suis rassurée que mes enfants, qui sont gardés par ma voisine jusqu’à ce que leur van arrive, sont prêts pour l’école. À cette heure, l’arrêt d’autobus dans mon quartier est bondé. Il y a des étudiants, des employés, des gens qui se rendent à l’hôpital. Lorsque le bus arrive, cinq personnes seulement peuvent entrer. Les autres doivent attendre. Dix minutes après, lorsqu’un autre autobus arrive, ce sont toujours cinq, voire quatre personnes qui entrent. Des fois, le bus ne s’arrête même pas. Entre-temps, l’arrêt d’autobus grouille d’encore plus de monde. Ce n’est pas possible, je n’arriverais jamais au bureau à 8h30.” C’est l’histoire de Mireille, une habitante d’un faubourg de Vacoas.
Une histoire similaire à celle de milliers d’autres personnes des quatre coins de Maurice. “Et si par un heureux hasard, j’ai réussi à entrer dans un bus, avec les embouteillages, c’est souvent vers 9h ou plus tard que j’arrive au bureau. Une situation que mon employeur ne tolère pas”, dit-elle. Ainsi, depuis peu, grâce au bouche à oreille, elle a appris qu’un van part de son quartier à 7h20. Moyennant les mêmes Rs 34 qu’elle aurait payées pour un ticket d’autobus, elle préfère voyager par ce van. “Je suis rassurée d’arriver à l’heure au travail, je n’ai aucun stress sur la route et le trajet est confortable”, dit-elle. L’après-midi, même recours. Au lieu de faire la queue dans une file d’attente interminable à la gare routière et de rentrer chez elle deux heures après le boulot, Mireille reprend le van et en 45 minutes, une heure maximum, elle est à la maison.
Cette situation, nombre d’employés, fonctionnaires aussi bien que travailleurs du privé, la connaissent. Certes, ils savent que les vans qu’ils utilisent ne sont pas régularisés, mais c’est l’option la plus pratique qu’ils trouvent pour être à l’heure.
D’autres ont fait cette option parce que dans les régions où ils habitent, les autobus passent au ralenti. En certains endroits, il n’existe même pas de ligne. D’où les taxis marrons, les opérateurs ayant vu en ce secteur un moyen de travailler, de se faire de l’argent et de dépanner bon nombre de gens.
Pour l’employeur, “l’heure, c’est l’heure”
Lorsque la NTA est venue, il y a une semaine, annoncer qu’une pénalité de Rs 500 sera infligée aux usagers des transports marrons, cela a eu l’effet d’un revolver pointé sur sa tempe, dit Mireille. “Comment je vais faire désormais? À quelle heure vais-je devoir quitter la maison?”, s’est-elle demandé. Faudra-t-il délaisser les enfants encore plus tôt, au risque de les exposer davantage à tous ces fléaux dehors, s’interroge-t-elle.
Elle en a parlé à son employeur. D’ailleurs, au bureau où elle travaille, tous les employés en parlent, parce qu’eux aussi ils utilisent le même mode de transport pour être à l’heure. Or, si l’employeur semble comprendre leur appréhension de devoir s’acquitter d’une amende de Rs 500, et cela presque quotidiennement s’ils se font prendre par les autorités, il n’est pas sensible au-delà. “Pour lui, l’heure c’est l’heure. On peut avoir 5 minutes de retard, c’est compréhensible, mais une demi-heure, 40 minutes et des fois, une heure lorsqu’il y a un accident sur la route, c’est intolérable! Alors il faut qu’on se débrouille”, dit Mireille.
C’est dans cette optique que les syndicats ont élevé la voix en début de semaine pour protester contre cette décision annoncée par la NTA. La Fédération des syndicats du secteur public (FSSP) est montée au créneau, demandant au gouvernement de ne pas imposer de “fixed penalty” de Rs 500 aux usagers. Elle suggère que les autorités accordent des “incentives” aux propriétaires de taxis et vans marrons amenant des employés sur leur lieu de travail. Un appel qui semble avoir été entendu par la NTA qui, pour dissiper le flou et apaiser la tension, rappelle que le fixed penalty n’est pas encore applicable. Pour cela, il faut un amendement à la loi. Elle fait aussi ressortir que les usagers n’auront pas à craindre d’être pris en contravention si le véhicule qui les transporte est conforme à la loi, autrement dit, possède un permis relatif.
À cet effet, des applications sont actuellement disponibles pour les vans qui souhaitent faire le transport de touristes, d’étudiants ou d’employés. Une demande qui prend quelques semaines avant d’être analysée et approuvée. S’agissant des taxis marrons, la NTA a entrepris une étude visant à en recenser le nombre, ainsi que les lieux où prévaut un manque de taxis. L’organisme envisage ainsi de créer des bases de taxis additionnelles et, dans un deuxième temps, mettra à disposition des opérateurs les applications, donnant l’occasion à ceux déjà sur la liste de faire une demande de permis.