L’hôtel Le Méridien, à Pointe-aux-Piments, accueille actuellement une importante conférence de la Commission de l’océan Indien (COI) sur la connectivité numérique dans l’Indianocéanie. Lors de l’ouverture de la conférence hier, le secrétaire général de la COI, Jean-Claude de l’Estrac, a soutenu que bien que les pays membres aient investi dans les câbles sous-marins ces dernières années, il faut redoubler d’efforts et d’intérêt pour d’autres projets futurs, ce qui passe essentiellement par une approche coordonnée de la part de tous les pays membres.
Au niveau de la connectivité numérique, la région de l’Indianocéanie est considérée comme « marginalisée » au niveau mondial et présentant un « profil disparate ». L’augmentation du taux de pénétration de l’Internet haut débit fera ainsi gagner aux pays membres en termes de productivité et de croissance. La Commission de l’océan Indien, à travers cette conférence régionale, réunit les institutions publiques, régulateurs, opérateurs et groupements professionnels afin de réfléchir aux moyens de développer le secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) au service du développement socio-économique régional. « Cette rencontre nous offre l’opportunité d’approfondir le dialogue entre les secteurs publics et les opérateurs privés pour que les TIC jouent pleinement leur rôle dans le développement de l’Indianocéanie. Cette mobilisation régionale est nécessaire, car c’est à travers une approche coordonnée que nos pays seront plus à même de monter des projets d’envergure visant à renforcer la place de l’Indianocéanie sur la carte numérique mondiale », a déclaré Jean-Claude de l’Estrac à l’ouverture de la conférence, hier.
Pendant deux jours, les discussions seront axées sur les moyens pour les îles d’accéder aux services de larges bandes passantes. « Nos îles constituent un marché régional morcelé, modeste et disparate. Elles restent mal connectées entre elles et au vaste monde. En comparaison, les investissements massifs de ces dernières années sur le continent africain ont conduit à l’installation de câbles sous-marins aux capacités largement supérieures aux nôtres », a soutenu M. de l’Estrac, citant l’exemple des Comores avec une connexion limitée, voire aléatoire et les Seychelles qui sont desservies par un seul câble doté de la plus faible capacité régionale. Plus près de nous, s’il y a eu des efforts déployés dans des systèmes de câbles sous-marins tels que le Safe, Lion et Lion 2 qui relient Maurice et La Réunion, ces derniers ne sont pas comparables au câble EASSy qui longe l’Afrique orientale et qui possède une capacité trois fois supérieure, ajoute Jean-Claude de l’Estrac.
Malgré les investissements dans les câbles sous-marins qui ont permis d’augmenter la connectivité numérique des pays et un cadre juridique régissant le secteur TIC qui a été renforcé, il faut aller plus vite et plus loin, a exhorté le président de la COI. Évoquant le cas de Madagascar qui devrait connaître un retour à la stabilité politique à la suite de l’élection présidentielle dont le premier tour se tient ce vendredi, Jean-Claude de l’Estrac a expliqué qu’il existe dans la Grande Île un fort potentiel de développement de l’industrie des TIC avec notamment une main-d’oeuvre qualifiée et l’avantage du coût. Parmi les autres projets d’infrastructures régionales annoncés, il a fait mention des Comores, qui bénéficie de l’appui de la Banque mondiale et qui va ainsi permettre au pays d’augmenter sa capacité de connexion grâce au financement d’une bande passante additionnelle, le FLY-Lion 3. Enfin, les puissances émergentes, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ont annoncé la mise en place d’un câble sous-marin long de 34 000 km qui devrait passer par l’Indianocéanie et qui offrira une capacité dix fois supérieure au câble existant le plus performant. « Le défi, avant la formation, sera de multiplier les points d’entrée de ce câble pour que l’ensemble de la région en profite. La concrétisation de ce projet ne rendra que plus nécessaire la mise en place d’une boucle numérique dans les îles de l’Indianocéanie », a affirmé le secrétaire général de la COI.
Le ministre des TIC, Tassarajen Pillay Chedumbrum, qui était invité à l’ouverture de la conférence régionale, a brossé pour sa part un tableau des réalisations du gouvernement en matière de connectivité. Il a également annoncé qu’un accord de faisabilité sera bientôt signé avec une firme consultante au sujet d’un projet de relier Rodrigues à Maurice à travers un câble sous-marin à fibre optique.