Clinical Coordinator à l’hôpital Apollo Bramwell et médecin bénévole attaché au CIG, le Dr Fayzal Sulliman explique que « la venue de nouveaux traitements est évidemment favorablement accueillie. Cela nous permet, nous médecins et professionnels de la santé, d’offrir des alternatives aux patients concernés ». Cependant, nuance-t-il, « tout comme on avait attiré l’attention pour la méthadone à l’époque, autant pour le Suboxone que le Naltrexone, il s’agit de ne pas répéter la même erreur, mais de bien réaliser le “social marketing” de ces deux traitements, de même que de s’assurer que tout le package soit dispensé, pas uniquement la médication… Sinon, on aura une fois de plus des dysfonctionnements, comme avec la méthadone ».
Pour le professionnel de la médecine qu’est le Dr Fayzal Sulliman, « il est clair qu’en offrant deux nouveaux traitements, le Suboxone et le Naltrexone, le gouvernement facilite largement le travail des médecins, comme moi. Nous pourrons de ce fait offrir davantage d’options aux patients dépendants des opiacés et qui veulent s’en défaire ». Sur le plan médical, « le Suboxone fait partie de la “agonist pharmacotherapy” », explique notre interlocuteur. « L’OMS préconise, dans cette liste et dans cet ordre, la méthadone, le Subutex (Buprénorphine) et en troisième position le Suboxone dans le traitement des personnes dépendantes des opiacés ». Le médecin explique que « le Suboxone est un mélange de Buprénorphine (Subutex) et de Naloxone, le premier étant un “partial agonist antagonist for opiates users”, et le second un “pure opiate antagonist”. Ce mélange a été réalisé afin de protéger les propriétés du Subutex qui, comme on le sait, est pénalisé par un mauvais usage par certains héroïnomanes qui se l’injectent écrasé et dilué avec d’autres substances dans leurs veines. Un procédé qui peut entraîner la mort… » Cependant, « si on écrase et dilue le Suboxone, l’effet n’est plus le même. Si l’injecteur de drogues ressent un certain “plaisir” avec du Subutex injecté, en revanche, s’injecter du Suboxone dans les veines entraîne un “bad trip”, car ce sont les “withdrawal symptoms”, ou effets de manque, que ressentira l’usager. Comme ce n’est pas du tout un “good feeling”, le Suboxone n’a pas le même mauvais usage que le Subutex ».
Le Naltrexone, poursuit notre interlocuteur, « est un médicament classé parmi la “antagonist pharmacotherapy”, utilisé dans la désintoxication rapide ou ultrarapide ». Pour la désintoxication ultrarapide, « le patient doit au préalable être traité en résidentiel sur une durée d’environ une semaine à une dizaine de jours, avant de le mettre sur une “maintenance therapy” jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin d’avoir recours au Naltrexone ». Notre interlocuteur souligne que « le Naltrexone est présenté sous deux types : soit en implant, soit en cachets. Il faudrait que l’État explique quelle option il prendra… Mais dans les deux cas, ce traitement revient à très cher par patient par jour, le coût englobant le traitement et la dispensation ». Il ajoute que « nous avons déjà eu maille à partir avec ce traitement (voir plus loin) et il s’agit de bien jauger avant de le retenir… »
Nécessité d’un protocole
Dans les deux cas, fait ressortir le Dr Sulliman, « l’État doit présenter un protocole. Bien entendu, il doit concerner des nouveaux patients, et non des personnes ayant déjà été traitées à la méthadone. Cela risque de sérieusement mettre en péril le traitement ». Qui plus est, soutient le professionnel de santé, « ces deux nouveaux traitements doivent être pris très au sérieux, ils nécessitent une approche professionnelle et minutieuse relative, car il n’y a pas que l’aspect de la médication : donner le Naltrexone ou le Suboxone n’est pas une finalité en soi. Il y a tout un package : la désintoxication médicale, suivie de la prise en charge psychothérapeutique, la réhabilitation et la réinsertion. Dans le cas de la méthadone, nous les acteurs de la société civile avions dit qu’il était important que l’État réussisse le “social marketing” du traitement, car nous avons affaire à des substances qui peuvent prêter à confusion. Par exemple, expliquer comment les patients vont réagir, qu’ils continueront pendant un certain temps à montrer des signes de manque, entre autres. D’autre part, nous savons tous qu’à Maurice, il perdure une mentalité, des discriminations et des préjugés quand il s’agit des toxicomanes. Ils sont mal traités par le personnel médical ou paramédical, entre autres, quand ils viennent, par exemple, chercher des “pain killers”… Sous prétexte qu’ils sont toxicomanes, on les réprimande, on leur parle brutalement… »
De fait, relève le Dr Sulliman, « qu’on offre de nouveaux traitements, tant mieux. Mais je suis d’avis qu’il faut prendre bien des précautions, s’assurer de mettre tous les atouts de notre côté, offrir la formation aussi et veiller à ce que tout soit bien géré pour que ces nouveaux traitements ne pâtissent pas, autant que cela a été le cas pour la méthadone ». Le médecin insiste que « le Suboxone et le Naltrexone sont deux traitements qui reviendront très cher à l’État. Raison de plus pour bien étudier la question avant toute décision finale ».