En Bretagne, au pays du roi Morvan, entre Quimper et Quimperlé, le musée du Faouët expose, depuis le 1er juillet et jusqu’au 24 octobre, 150 oeuvres du peintre français Maurice Ménardeau. Ce musée, dont la vocation est de promouvoir la culture bretonne, a choisi cet été de rendre hommage à cet artiste né à Limoges en 1897 et décédé à Maurice en 1977. Pour cette grande première, les commissaires de l’exposition ont réuni des oeuvres issues des musées bretons de Concarneau, du Faouët et de Lorient et de plusieurs collections privées, dont celle très riche de Mme Floch, de Loctudy.
Cette rétrospective consacrée à Maurice Ménardeau met l’accent sur la production bretonne de l’artiste : paysages maritimes, espaces portuaires, grèves et criques de Cornouaille, villages de pêcheurs et scènes de marché dont les plus belles toiles révèlent sa prédilection pour les thoniers du port de Concarneau. Cet événement suscité par la possession d’un grand tableau représentant la vieille halle du Faouët survient donc 35 années après la disparition de ce grand voyageur, peintre officiel de la marine nationale française, qui a commencé à fréquenter nos rivages dès mars 1940 et eut une influence notoire sur les paysagistes mauriciens de sa génération, Max Boullé et Marcel Lagesse. Avant de choisir Maurice pour seconde patrie, Ménardeau a eu un solide port d’attache à Concarneau. Très tôt, il s’est épris de cette cité fortifiée qui vit au rythme des campagnes de pêche orchestrées par l’industrie de la sardine et du thon. Il s’y était rendu, au début des années 20, pour y séjourner l’été, mais ayant trouvé un local pour en faire son atelier il s’y est installé et au fil des années est devenu une figure familière de la petite colonie des peintres concarnois.
La majorité des tableaux qui meublent les cimaises du musée est consacrée à l’évocation de ses longs séjours bretons. L’artiste y exprime sa fascination pour les voilures colorées qui captent la lumière et la réfléchissent sur des mers d’huile ou des eaux stagnantes et font de saisissants contrastes sur les gris des ciels de la Cornouaille française. Il accorde à ses ciels un soin extrême. Aucun ne semble négligé. Ils sont riches de nuances pour restituer la fugacité des nuées, leur épaisseur menaçante ou leur transparence lumineuse. Aux côtés de ces oeuvres qui cherchent à saisir les formes périssables des éléments de l’air et de l’eau, se tiennent des toiles austères où le noir fait des apparitions, conférant aux lieux représentés toute la solennité de la vie quotidienne du peuple breton. Ce sont des scènes de vie collective de marché, de pardon près des porches d’église, ou de procession. D’une brosse délicate il a déposé sur ces toiles des femmes et des hommes qu’il ne cherche pas à dévisager. Ce qui mobilise l’attention ce sont les touches noires et bleutées des costumes, et les blancs des coiffes amidonnées. Il ne cède pas pour autant à la tentation de l’anecdotique, ce qui confère à ses tableaux une marque personnelle d’originalité. Car l’essentiel demeure l’harmonie qui se dégage de chacune de ses compositions où le dessin compte moins que la couleur et la couleur moins que la lumière.