En début d’année, un groupe d’habitants de la Cité EDC (ex-CHA) à Trou-aux-Biches s’élevaient contre le comblement d’un marécage pour aménager un morcellement résidentiel. Ils craignaient surtout des inondations. Après les récentes grosses pluies, leurs craintes se sont confirmées, car le site comblé a été complètement inondé.
« Nous connaissons trop bien le site : ce que nous avions prédit est arrivé. Après les grosses pluies de la semaine dernière, le site où ils sont en train de combler un marécage pour effectuer des travaux de “sites and services” en vue d’aménager un morcellement résidentiel a été complètement inondé », fulmine dans une déclaration au Mauricien le porte-parole des habitants de la Force unitaire de Trou-aux-Biches (FUTAB), Jacky Alexandre. « Quand nous avions averti le promoteur des risques d’inondations, il nous avait presque ri au nez ! Aujourd’hui, la nature est venue nous donner raison », lance-t-il.
Selon le porte-parole de la FUTAB, ce site est caractérisé par de fréquentes inondations. « En période pluviale, plus particulièrement lors de pluies diluviennes, ce site est généralement inondé à hauteur de quatre à cinq mètres. Nous sommes des pêcheurs et nous connaissons tous l’importance des marécages et des zones humides (voir encadré) en général dans la protection des écosystèmes et la prévention des inondations », explique-t-il.
« Nous avions même prédit qu’une fois le comblement terminé, toute l’eau du marécage par temps de pluie se déverserait vers nous pour gagner la côte et que nous allions être inondés. Si l’eau n’est pas venue jusqu’à nous, c’est tout simplement parce qu’au bout de trois jours, la pluie a cessé, sinon le débordement serait venu jusqu’à chez nous », s’indigne le porte-parole des habitants domiciliés en face du site du projet de morcellement.
Le souci de ces habitants, pour la plupart d’humbles pêcheurs, débute quand ils constatent qu’un promoteur immobilier et grand propriétaire terrien de l’endroit met en chantier un projet de morcellement résidentiel sur le dernier lot d’un site qu’il exploite depuis quelques années déjà. « Ce site, d’une superficie de 10 arpents, est situé en face de nos maisons. Or, une partie d’environ deux arpents est marécageuse », explique Jacky Alexandre.
Autre souci des habitants : l’aménagement d’une route, qui traversera le marécage comblé pour aboutir devant leurs portes. « Cette nouvelle route de 30 pieds de large sera reliée à la route qui traverse notre village pour gagner la route côtière. Ce qui veut dire que d’un coup toute cette circulation va s’engouffrer dans notre ruelle. Ce qui constituera un danger certain pour nous tous ! Depi plis ki 60 ans, nou dan nou trankilite ek nou viv en sekirite. Nou finn aksepte tou developman, nou finn res trankil. Me la enn kout, zot pe kas nou trankilite ek zot pe met nou la vi ek la vi nou zanfan en danze. Li inakseptab ! », fulmine encore Jacky Alexandre.
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Protégé par la Convention de Ramsar
Marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves, marécages… entre terre et eau, les zones humides (“wetlands” en anglais) abritent de nombreuses espèces végétales et animales. Par leurs différentes fonctions, les wetlands jouent un rôle primordial dans la régulation de la ressource en eau, l’épuration et la prévention des crues (inondations).
On distingue généralement les zones humides côtières et marines, différenciées par la proximité de la mer plus que par la salinité (des lacs salés peuvent exister à l’intérieur des terres).
Menacé par les activités humaines et les changements globaux, ce patrimoine naturel fait l’objet depuis 1971 d’une attention et d’une protection toute particulière à travers la Convention de Ramsar.
Sa préservation représente des enjeux environnementaux, économiques et sociaux importants.