Le 10 février dernier, Week-End dénonçait les difficultés auxquelles faisaient face le handisportif Rosario Marianne pour obtenir une licence internationale suite à une demande auprès de la Visually Handicapped Person Sports Federation (VHPSF). Cela, afi n d’être en mesure de participer enfin à des compétitions à l’étranger, après en avoir été privé en 2018. Las de ne rien voir venir et estimant que ses droits humains avaient été lésés, Rosario Marianne avait pris la décision d’entamer une grève de la faim, avant de la suspendre. Il avait alors obtenu des garanties suivant une rencontre, tenue deux jours plus tôt, dans le bureau du ministre de la Jeunesse et des Sports, Stephan Toussaint, en présence de Rosario Marianne lui-même, d’un dirigeant de son club (Magic Parasport) et un autre de la VHPSF.

Malheureusement, 78 jours plus tard, on se retrouve à nouveau à rédiger un papier d’opinion et dont on se serait très bien passé. Pouvait-on cependant passer sous silence la tournure des événements suivant cette rencontre ? Certainement pas. D’autant que la VHPSF est une fédération qu’on arrive diffi cilement à bien cerner tant les faits prouvent, semaine après semaine, que les principes fondamentaux du sport ont été bafoués. Certes, Rosario Marianne et Anndora Asaun ont fi nalement obtenu leurs licences internationales fin mars et début avril respectivement, mais ils ont attendu pendant…quatre mois !

Un dénouement heureux, diriez-vous. Pas nécessairement. Car c’était mal connaître la VHPSF, dirigée par Reynolds Permal, qui a cette fois, décidé de ne pas reconnaître leurs guides ! La raison avancée: leur club n’est pas affilié à la fédération ! Et comme on peut le deviner, un athlète souffrant d’une déficience visuelle, ne peut courir sans son guide ! Tout simplement révoltant quand l’on considère que les handisportifs concernés font partie du même club ! Pire. Les guides ont eu à attendre deux mois et un mois et demi respectivement pour obtenir enfin une réponse de la VHPSF.

Dominique Pancham, le secrétaire, prenant même le soin de préciser : «We apologies (sic) for our late reply…» Si ce n’est pas de la mauvaise foi, alors cela y ressemble étrangement. Le plus inquiétant, voire stressant, pour les deux athlètes, c’est que sans guide, ils ne pourront pas participer aux compétitions internationales ! Donc, pas de qualification pour les Championnats du monde de novembre prochain à Dubaï, alors que Rosario Marianne et Anndora Asaun ont prouvé, à travers leurs performances, qu’ils avaient largement les moyens de réaliser les minima. Sauf qu’à la VHPSF, on semble avoir une toute autre appréciation de la chose sportive. Voilà où nous en sommes, 78 jours après.

Voilà surtout la façon dont certains dirigeants sportifs ont décidé de traiter des athlètes qui seront appelés à défendre les couleurs du pays à l’étranger et très prochainement surtout, aux Jeux des Iles de l’océan Indien. Est-ce vraiment cette image qu’on veut donner aux îles de la région, voire au monde entier ? Celle des handisportifs, de surcroît deux médaillés d’or aux JIOI de 2015 à La Réunion, menaçant d’avoir recours à une grève de la faim, rien que pour avoir le droit légitime de représenter le pays sur le plan international ? Si tel est le souhait de la VHPSF, soutenu par le silence complice des autorités concernées et qui se disent pourtant compétentes, et bien alors, autant dire que Maurice n’est pas mieux loti que ces pays avec des régimes totalitaires où les droits humains sont bafoués. Le contraste est même flagrant, à l’heure où le gouvernement, par l’intermédiaire de son Premier ministre, Pravind Jugnauth, veut faire de Maurice une île tournée vers le futur avec, notamment son projet de Metro Express et son complexe sportif de niveau international à Côte d’Or…

L’obstination de la VHPSF à résister aux requêtes de ces sportifs, voire à comprendre leurs souffrances, démontre si besoin est, la place qui est réservée à cette classe sportive très souvent délaissée au profit d’autres intérêts extrasportifs. À moins, bien évidemment, qu’on vienne nous prouver le contraire. Week-End, fidèle à ses principes, n’est pas insensible à cette situation et nous sommes convaincus qu’ils sont nombreux les Mauriciens à penser comme nous. L’opinion publique trouvera aussi difficilement dans ce conflit des motifs qui ont largement dépassé le cadre purement sportif. Et pour cause ! Pour ceux qui ne le savent peut-être pas, Rosario Marianne et Anndora Asaun, aussi bien que le guide Samuel Bousoula, n’avaient pas rencontré le moindre problème au temps où ils faisaient partie des structures de la VHPSF. Pourquoi maintenant, quand ils ont opté de rejoindre Magic Parasport? Que reproche-t-on réellement à ces derniers ? De quel crime sont-ils coupables ? Quoiqu’il en soit, il est grand temps qu’une solution soit trouvée dans cette affaire qui n’a que trop duré. Le ministre Stephan Toussaint gagnerait bien à s’y intéresser de plus près, tout en prenant le soin de ne pas s’ingérer dans les affaires de cette fédération.

Ce qui est sûr, c’est que l’International Paralympics Committee a déjà été informé de la situation et semble prendre cette affaire bien au sérieux. Espérons maintenant que le bon sens finira par primer et que la VHPSF se décidera enfin à mettre fin aux souffrances de ces deux sportifs, déjà affectés par un handicap visuel. Espérons aussi que ceux qui ont fauté seront rappelés à l’ordre et même banni de cet espace qui est avant tout réservé aux sportifs.