Publié aux éditions du Corsaire, le dernier livre de Jean-Pierre Lenoir raconte une page méconnue de l’histoire contemporaine : l’aventure des fermiers mauriciens au Zimbabwe, ex-Rhodésie du Sud. Une aventure qui se termine par un désastre dans un pays tué à petit feu par son président dictateur, dans une inacceptable indifférence internationale, dont celle des autorités mauriciennes.
À partir de témoignages d’ex-fermiers mauriciens et de documents historiques, l’auteur raconte la vie d’une poignée de Mauriciens qui, à partir du milieu des années 1950, vont participer à l’aventure de Hippo Valley. Il s’agit de la création d’une propriété sucrière au sud-est de la Rhodésie du Sud, dans le cadre d’un projet financé par des Sud-africains et des Mauriciens et réalisé grâce au savoir-faire mauricien dans le domaine sucrier. Hippo Valley, c’est un terrain de plus de la moitié de l’île Maurice qu’il fallait transformer en une propriété sucrière. Pour y parvenir, l’usine de Labourdonnais fut démontée pour être remontée en Rhodésie et des dizaines de Mauriciens, principalement des employés de l’industrie sucrière, et leurs familles se lancèrent dans l’aventure. Beaucoup d’entre eux devaient, par la suite, abandonner la canne pour d’autres produits agricoles.
Grâce à des témoignages, l’auteur raconte les différentes étapes de cette folle aventure qui contribuera à transformer la Rhodésie du Sud un véritable grenier agricole régional. Cette aventure agricole se déroule dans un contexte politique particulier : celui de la proclamation unilatérale d’indépendance de la Rhodésie du Sud par la minorité blanche, en 1965. Cette déclaration va provoquer un blocus international qui va fermer le pays au reste du monde pendant quinze ans, et provoquer une guerre civile entre Blancs et Noirs. Cette guerre, qui provoquera des milliers de morts, sera « gagnée » par Robert Mugabe, qui devient Premier ministre du Zimbabwe en 1980. Un libérateur, comme il aimait à se surnommer, qui va au fil des années faire pire que les Blancs qu’il avait chassés du pouvoir en instaurant une dictature et en tuant son pays et ses habitants à petit feu. De 1980 à nos jours, le Zimbabwe est passé du stade d’un des premiers pays agricoles du continent africain à celui d’un des plus pauvres de la planète. Des années 1990 à nos jours, Robert Mugabe a utilisé tous les moyens pour se maintenir au pouvoir, dont celui de distribuer les propriétés prospères des fermiers blancs à des militants de son parti, qui les ont conduites à la faillite, comme le pays. Le tout avec le soutien, pour ne pas dire la bénédiction, de l’ensemble des leaders de la communauté internationale qui continuent à traiter Robert Mugabe comme un de leurs pairs.
Construit à partir du point de vue des fermiers blancs, le livre de Jean-Pierre Lenoir est, forcément, subjectif. De cette aventure, il ne raconte que l’histoire des fermiers mauriciens blancs en cantonnant les autres acteurs au rang de simples figurants. Les centaines d’artisans mauriciens qui ont aidé à remonter l’usine de Labourdonnais et à développer ses infrastructures ne sont que mentionnés. C’est également le cas pour les milliers de Zimbabwéens noirs qui ont défriché les forêts pour les transformer en champs fertiles, détourné les rivières pour les irriguer, et permis la réalisation du projet. C’est la principale faiblesse de ce livre qui fait découvrir une page méconnue – ou carrément ignorée – de l’histoire de la région et qui mérite d’être lu.