« La stigmatisation est beaucoup basée sur la peur et l’ignorance, avec cette idée que le VIH/sida est facilement contagieux alors qu’il y a des modes de transmission bien précis ». C’est ce qu’observe le Dr Farida Oodally, médecin spécialiste en santé publique ayant dispensé, hier, une formation à l’intention de 40 jeunes leaders issus de diverses associations religieuses.
Cette formation faisait suite au lancement d’un livret qui a pour but de lutter contre la discrimination à l’égard des personnes atteintes du sida. Le Dr Oodally indique qu’en 2005, à Maurice, il y avait quelque 900 nouveaux cas et en 2012, environ 320. « L’objectif de l’Onusida est zéro nouveau cas d’infection ».
Au vu des idées préconçues à l’égard des porteurs du virus, le Dr Farida Oodally, qui a autrefois exercé au sein du ministère de la Santé et de l’Onusida, a jugé primordial, au cours de cette formation, de rectifier de tels préjugés. « Il s’agit de leur montrer qu’on peut très bien côtoyer ces personnes et les accompagner. Il faut bien faire comprendre les modes de transmission : 1) par le sang – à Maurice, à travers la toxicomanie intraveineuse notamment ; 2) les relations sexuelles et 3) de mère à enfant », souligne-t-elle. L’importance de ce groupe de jeunes leaders, dit le Dr Oodally, est qu’ils « sont nos ambassadeurs ». Il importe, de fait, qu’ils détiennent les bonnes informations afin qu’ils puissent transmettre les bons messages.
Durant cet atelier de formation, la spécialiste de la santé publique a identifié deux champs clés dans lesquels ces jeunes leaders peuvent intervenir, à savoir la prévention et l’accompagnement des personnes déjà infectées aussi bien que leurs proches.
« Nous avons voulu les associer à nous pour qu’ils nous donnent un coup de main pour soutenir les personnes infectées et affectées par le virus. On a lancé un livret pour montrer que toutes les religions prêchent les mêmes valeurs, dont la générosité et la compassion. Nous pouvons être de religions différentes mais nous prêchons les mêmes valeurs », explique le Dr Oodally, qui collabore avec le Conseil des Religions depuis plusieurs années. Selon elle, la quarantaine de jeunes s’est montrée très dynamique, avec des idées plein la tête et faisant preuve d’esprit critique tout en posant nombre de questions. « J’ai noté chez eux un grand enthousiasme. Ils savent qu’ils ont une aide à apporter. Je leur fais confiance. Nous devons leur faire confiance parce que ce sont eux qui prendront la relève demain. C’est à nous de les guider, de leur montrer les possibilités qu’il y a dans la communauté et là où ils peuvent intervenir ».
Role model
Le Dr Oodally souligne que le diagnostic de séropositivité est « dévastateur » pour le malade et ses proches. Les accompagner et faire un suivi de leur traitement au long cours est capital, même s’il est vrai que la maladie n’est plus fatale et qu’elle est maintenant considérée comme une maladie chronique avec un traitement palliatif désormais possible.
Le VIH/sida prend-t-il une courbe descendante à Maurice ? « On pourrait dire cela. C’est vrai que nous avons de nouveaux cas et que l’Onusida a pour objectif zéro nouveau cas d’infection. Pour y arriver, il faut un coup de main de la part de tout un chacun ». De quelque 900 nouveaux cas en 2005, on est passé à quelque 320 nouveaux en 2012, dit notre interlocutrice. « Cela va en diminuant mais il reste un certain nombre qui ne viennent pas faire le test de séropositivité. Ils ont peur d’être rejetés, d’être isolés. D’autres font le test mais ne viennent pas chercher les résultats et d’autres encore, qui ont reçu les résultats ne suivent pas le traitement ». D’où l’importance de la sensibilisation. La prévention est primordiale, la maladie n’étant pas encore curable. Mais, « ceux qui ont eu le malheur d’être séropositifs peuvent aussi nous donner un coup de main en venant témoigner. En même temps, on a cette espérance – aujourd’hui, il existe un traitement palliatif, demain peut-être sera-t-il curatif. On veut leur dire que s’ils font le suivi correctement, s’ils prennent leur traitement comme il faut, ils vont pouvoir travailler et mener une vie quasi normale et adopter un comportement responsable et ne plus disséminer le virus », souligne le Dr Oodally. Elle estime que Maurice détient un atout car sur le plan de l’emploi, la loi permet à un Mauricien séropositif de travailler. « La loi a aussi été amendée pour permettre aux Mauriciens d’épouser des personnes séropositives étrangères. Maurice pourrait donc être un role model contre la stigmatisation dans ce domaine ».