Comment la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill peut-elle tolérer les marchands ambulants et sévir dans le même temps contre des commerçants en les épinglant pour avoir exposé des marchandises devant leurs magasins ? Telle est la question que se posent des commerçants des Villes Soeurs, qui évoquent une « politique de deux poids, deux mesures » par l’administration de Beau-Bassin/Rose-Hill.
Les réactions ne se sont pas faites attendre après que l’accusation portée contre un commerçant de Beau-Bassin/Rose-Hill, pour avoir exposé quelques marchandises devant son magasin, a été rayée la semaine dernière en Cour de District de Rose-Hill. Le 12 décembre 2012, un commerçant de la rue royale, à Rose-Hill, a en effet été épinglé par les inspecteurs de la municipalité pour le délit de “exposing articles for sale in passageway infront of premises”. L’affaire a été portée en Cour de District de Rose-Hill et une charge de “failure to comply with conditions for the conduct of classified trade”, selon les provisions de la Local Governement Act 2011, a été retenue contre ce commerçant. Mais la Cour de District a décidé de rayer l’accusation contre ce commerçant, qui était défendu par Me Soni Bhanji.
L’issue de ce procès était très attendue par l’ensemble des commerçants de Rose-Hill, et ce pour deux raisons. « C’était une des rares fois où un commerçant avait objecté contre une contravention dressée par les inspecteurs municipaux pour le délit d’exposer les marchandises à l’extérieur des magasins », explique Prakash Permala, président de l’Association des Commerçants de Beau-Bassin/Rose-Hill. De plus, les commerçants estiment que ce genre de contravention constitue « une politique de deux poids, deux mesures » à l’encontre des commerçants dans la mesure où les marchands ambulants « sont tolérés par l’administration municipale », selon les commerçants, « et ce alors qu’ils ne détiennent aucun permis ». Ces derniers attirent l’attention sur le fait que ces marchands de rue opèrent impunément dans divers endroits du centre-ville jusqu’à s’approprier des espaces stratégiques, à l’instar des parkings publics et payants, toute la journée et sans interruption.
À travers cette décision de la Cour de Rose-Hill de rayer la charge contre leur collègue, les commerçants des Villes Soeurs y voient « une leçon bien méritée » pour la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill qui, disent-ils, au lieu de sévir contre les marchands illégaux de rue, « prennent en contravention des commerçants osant exposer quelques articles en dehors de leur magasin dans le but d’attirer des clients ». L’Association des Commerçants de Beau-Bassin/Rose-Hill fait d’ailleurs remarquer que la municipalité est sous le coup d’un jugement de la Cour suprême, qui interdit formellement les activités illégales des marchands ambulants dans les limites de la ville. « Absolument rien n’est fait en vue de faire respecter scrupuleusement ce jugement… Tous ceux qui traversent le centre de Rose-Hill peuvent se rendre compte du laxisme de l’administration municipale, en dépit de plusieurs plaintes adressées au chef exécutif, aux différents maires et aux députés de la circonscription », déplore Prakash Permala. Et de continuer : « Nous souhaitons ardemment que cette politique de deux poids, deux mesures cesse une bonne fois pour toutes et que la municipalité donne le bon exemple en respectant et en faisant respecter, comme il se doit, le jugement de la Cour suprême, les lois et les règlements du conseil, sans parti pris. »
Sollicité pour une déclaration, le maire de Beau-Bassin/Rose-Hill, Philippe Boudou, a réfuté la critique de l’Association des commerçants des Villes-Soeurs selon laquelle la municipalité pratiquait « une politique de deux poids, deux mesures ». Et d’ajouter : « Depuis que nous sommes à la tête de la ville, nous avons enclenché un réel combat contre le commerce illégal et plusieurs contraventions ont été dressées à l’encontre des marchands ambulants. ». Faisant référence au jugement de la Cour suprême, il poursuit que la loi doit être respectée par tous, mais, cependant, souligne-t-il, « tout le monde doit jouer le jeu et collaborer », en faisant référence à la police, qui a pour rôle de sévir contre les marchands de rues.
À l’approche des fêtes de fin d’année, où la municipalité comme les autres villes sont envahies par les colporteurs, Philippe Boudou précise que la mairie veillera à ce que la loi soit respectée afin, dit-il, « d’éviter une situation de chaos dans les rues ».
Philippe Boudou rejette également « les commentaires injustes » des commerçants selon lesquels la municipalité n’assumerait pas ses responsabilités pour faire respecter l’ordre dans la ville. « Nous rencontrons régulièrement les commerçants. Lors de notre précédente rencontre, nous avons décidé de plusieurs mesures. Par ailleurs, une autre réunion de suivi est prévue au cours des prochaines semaines pour faire le point », explique le premier magistrat de Beau-Bassin/Rose-Hill.