Lasse de ce qu’elle considère comme une indifférence des autorités envers une violation des droits syndicaux de son président Radhakrisna Sadien, la Government Services Employees Association a décidé d’alerter le Bureau international du travail. Elle demande à cette instance onusienne d’intervenir auprès des autorités mauriciennes.
« Notre syndicat considère que l’affaire devant la Cour suprême contre une syndicaliste (NdlR : Radhakrisna Sadien) ne peut avoir d’incidence sur sa promotion en tant qu’employé de la fonction publique, d’autant que ce procès a trait à une manifestation pacifique, où le leader du syndicat ne pouvait rester indifférent au sort des travailleurs, comme le fait ressortir le jugement lui-même », écrit le Secrétaire de la Government Services Employees Association (GSEA), Poonit Ramjug dans sa lettre au directeur général du Bureau international du travail (BIT).
La GSEA alerte le BIT que, contrairement aux recommandations du 351e rapport du Committee on Freedom of Association du BIT (Novembre 2008, Case N° 2616), qui enjoignait au gouvernement mauricien, entre autres, « to facilitate a speedy resolution of the case and a review of the Public Gathering Act (PGA) », allant même jusqu’à demander une « discontinuation of the case », les autorités mauriciennes n’ont rien fait. Mais « aucune tentative de résolution, de révision favorable ou de discontinuation du procès n’a été notée de la part des autorités compétentes mauriciennes malgré les recommandations du Comité », déplore Poonit Ramjug. « En outre, il n’y a eu aucun amendement apporté au PGA », ajoute-t-il. « Par contre, le laissez-passer de notre camarade Sadien est toujours confisqué et il doit justifier chacun de ses déplacements à l’étranger pour l’obtenir », affirme encore le Secrétaire général de la GSEA.
Cette affaire débute ainsi. Depuis mars 2007 Radhakrisna Sadien, en tant que fonctionnaire, attend une promotion en tant que Chief Valuation Technicien dans le Valuation Department. Un de ses juniors est nommé en juin 2007 à ce poste et il perd par conséquent son rang sur la « seniority list ». Suite à ses représentations en juin 2008, on le nomme Temporary Chief Valuation Technician, avec un salaire fixe qui est le salaire initial au poste de Chief Valuation Technician, bien que le poste ait été déclaré vacant depuis mars 2007. Son junior reçoit ainsi sa lettre de promotion avant lui, mais obtient en outre trois « increments » parce qu’il a été nommé en une « substantive capacity » depuis 2007.
Radhakrisna Sadien fait donc une demande pour que sa nomination soit « backdated ». Cette demande lui est refusée et on lui fait savoir que c’est la « current policy » qu’il soit « temporairement promu », en attendant que le procès en appel (en Cour suprême Cause N° 1121/2007) contre sa condamnation en Cour intermédiaire pour sa participation à une manifestation syndicale contre la fermeture du garage de la police, soit finalisé. Il apprend en outre que sa promotion temporaire est « liable to termination at any time and in the event of incompetence, misconduct or insubordination ». Cela fait 44 mois qu’il détient ce poste temporaire et qu’il ne reçoit pas à la fin de chaque mois les trois « increments » auxquels il aurait eu droit s’il avait été titularisé à son poste.
Dans le milieu de la GSEA, on estime que son appel en Cour suprême n’a rien à voir avec son travail en tant que fonctionnaire, car il agissait en tant que leader syndical. « Dans son jugement la magistrate de la Cour intermédiaire a reconnu elle-même qu’en tant que leader syndical, le camarade Sadien ne pouvait rester indifférent au sort de ces policiers », explique Poonit Ramjug.
La GSEA conclut que son leader a été victimisé dans son travail à cause de ses fonctions syndicales et qu’il y a eu violation de ses droits syndicaux. Dans son 351e rapport, le Committee on Freedom of Association du BIT abonde dans le même sens, d’où ses recommandations précitées. Devant l’indifférence des autorités mauriciennes, la GSEA a décidé d’alerter de nouveau le BIT.