C’était deux jours après l’alerte à la bombe à Heathrow. Les consignes de sécurité étaient à leur maximum, tout était passé au peigne fin. Tout. Ils ne m’ont même pas permis de garder mon peigne en plastique, arguant que je pouvais l’utiliser comme arme pour un détournement d’avion. C’est vrai que, devant la peur, l’humain a tendance à montrer son visage le plus bête.
Avec le maximum de confusion dans les esprits, ils nous ont demandé de venir deux heures avant l’heure normale, pour nous faire poireauter sous une tente où on avait dix centimètres d’eau de pluie londonienne, car ils ne pouvaient nous faire entrer dans l’aéroport, puisque les contrôles faisaient durer le plaisir… Enfin, on a pu prendre l’avion, c’était l’essentiel.
Et il est vrai que, dans le passé (et pas uniquement, hélas !), il y a eu de nombreux cas de négligence dans les aéroports. En compagnie de l’aumônier de Roissy, nous avons découvert plus d’une porte ouverte ayant la mention de fermeture à clef obligatoire… Nous ne pouvons donc que saluer les mesures qui tendent à réduire ces négligences qui, de nos jours, deviennent des crimes par omission.
Hier soir (précisons : le 20 janvier), on nous a parlé de sécurité à la télé. On nous a expliqué le pourquoi de telle ou telle mesure, faite pour maximiser la sécurité. Jusqu’à preuve du contraire, nous n’allons pas douter des bonnes intentions des responsables de notre aéroport. Bien entendu, pas de canif, même pas de lime à ongles, et de petites doses de liquide, eau ou médicament.
Sauf que. Sauf que les limes à ongles et autres petits objets « dangereux », cela se trouve dans les boutiques hors-taxe. S’y trouvent également des bouteilles de champagne, de whisky et autres liquides enivrants, et dont les westerns nous donnent la technique pour transformer ces précieux contenants en objets plus que menaçants…
Sans compter que si la dose permise a été calculée pour rendre inoffensif les liquides, il n’est précisé nulle part qu’un passager à velléité terroriste est interdit de s’associer avec une âme « soeur » pour avoir la quantité requise. Et il n’existe à ma connaissance aucun test pour vérifier que les petites doses de liquide ne sont pas destinées à des besoins moins pacifiques…
Mais revenons aux ventes dans les boutiques hors-taxe. Pourquoi est permise la vente d’objets potentiellement dangereux, ceux-là mêmes qu’on vient d’interdire quelques minutes plus tôt ? Les terroristes en herbe manqueraient-ils de l’argent ? Ignorent-ils l’existence de cet eldorado d’armes disponibles moyennant quelques dollars de plus ? Mystère.
D’ailleurs, en classe supérieure, Business ou First, on a bien droit aux fourchettes et autres couteaux aux repas. Mais bien entendu, les passagers dans ces classes ne sauraient être soupçonnés de véhiculer des intentions aussi basses. Et les terroristes manquent sans doute d’argent pour y voyager. Toujours une question d’argent.
Peut-être pas. L’argent, dit-on, n’a pas d’odeur. En tout cas, dans les aéroports, l’argent n’a pas d’états d’âme. Tout est bon pour faire vendre. L’essentiel est que les vols se fassent en toute sécurité. Mais… en y réfléchissant, il n’y a peut-être que ceux dans les espaces commerciaux qui bénéficient de cette sécurité maximale, sans faille. En définitive, les boutiques hors-taxe, ce n’est certainement pas du… benêt vol.