Les Mauriciens, dans leur écrasante majorité, se plaignent de la cherté de la vie. Concrètement, cela veut dire qu’il est très difficile de remplir le panier de la ménagère. La hausse généralisée des prix est un phénomène très impopulaire que les gouvernements, qui se sont succédé depuis l’indépendance, n’ont jamais pu juguler, à défaut de maîtriser. Bon an mal an, les prix se situent dans une courbe ascendante. Certains prix des biens frôlent le scandale.
Pour faire face à l’inflation, les gouvernements successifs ont choisi le moyen le plus simple : la compensation. Contre l’érosion du pouvoir d’achat, la compensation salariale est tout à fait légitime et acceptable. Là n’est pas notre propos. Nous constatons que la lutte contre l’inflation n’a jamais été et n’est pas une priorité gouvernementale. Ce qui signifie que l’on ne s’attaque pas à l’inflation, mais que l’on s’y soumet. Les fonctionnaires ont toujours été aux premières loges pour bénéficier de cette solution facile : indexation des traitements sur le taux d’inflation (à la suite de la publication régulière du rapport PRB). Ce traitement ne sera jamais étendu à toute la population. Et pour cause ! Ce qui peut expliquer pourquoi tout le monde voudrait faire partie de la fonction publique, quitte à tordre le cou à la méritocratie ! L’État va devoir puiser 4,6 milliards de roupies de ses revenus pour compenser l’érosion du pouvoir d’achat de ses 84 000 fonctionnaires (sans compter les 25000 à la retraite) en créant de facto des écarts choquants entre les hauts et les bas salaires ! L’éventail des salaires s’élargit. L’État se transforme en maître d’oeuvre des disparités qui se creusent entre les couches sociales. Tout cela avec l’argent du contribuable. Pourtant une autre politique qui aurait garanti le pouvoir d’achat de l’ensemble des Mauriciens ne relève pas de l’utopie.
À chaque échéance budgétaire, les mêmes groupes de pression font apparaître leurs petits papiers dans tous les journaux et exhortent depuis des lustres le gouvernement en place à intégrer les mêmes mesures monétaires et financières dans le budget de l’État. Le patronat par organismes interposés enfourche son cheval de bataille : lutter contre l’appréciation de la roupie. Dès que la monnaie nationale reprend un peu de vigueur face aux principales devises – ce qui arrange dans une certaine mesure le consommateur mauricien –, les chantres de la roupie faible montent au créneau pour réclamer des mesures menant à la dépréciation de la roupie. D’autres mesures sont nécessaires pour recueillir quelques points de croissance supplémentaires. La population est amenée à se ruiner chaque jour en partie à cause de cela.
L’État a les moyens de mettre un terme aux distorsions. Il a le devoir et l’obligation de faire respecter sa stratégie industrielle et sa politique de plus grande justice sociale.
Il est quand même aberrant que le secteur alimentaire local est sous la coupe réglée d’une poignée d’importateurs agissant en situation de monopole depuis des décennies. Il ne faut pas se leurrer : le nombre croissant d’espaces de ventes de produits alimentaires n’est pas synonyme de transparence. Comment parler de libre jeu des forces du marché quand les supermarchés s’approvisionnent chez les mêmes distributeurs. Entente entre distributeurs ne relève pas de la fiction. L’État doit se donner les moyens d’intervenir dans ce secteur pour y mettre de l’ordre. Les Mauriciens n’ont jamais exécré le libéralisme, surtout si ce système leur apporte soulagement et confort dans leur vie. Faire sauter les verrous et encourager la concurrence est une option nécessaire. Toute situation de monopole est, par définition, malsaine. Elle génère, généralement abus et distorsions.
La viande, le gaz ménager, les légumes frais, les produits laitiers, l’essence etc. sont des produits cédés au consommateur à des prix largement discutables. Pour la viande, les options existent : favoriser l’élevage national et introduire la concurrence dans l’importation du bétail de boucherie, les produits laitiers. Une diversification agricole entreprise d’une manière stratégique pourrait se présenter comme une réponse appropriée à la situation actuelle. Pourtant, les observateurs économiques patentés trouveront toujours des arguments fallacieux pour dénigrer cette option salvatrice. Des mesures incitatives à l’augmentation de la production des fruits et légumes, de l’élevage, accompagnées d’une politique des prix favorables aux producteurs locaux sont à envisager.
Sans incriminer l’industrie touristique, important pilier de notre économie, il n’est pas excessif d’avancer que son développement a des conséquences non négligeables sur le coût de la vie dans le pays. Nourrir une population de passage en croissance constante durant toute l’année pèse et met à rude épreuve les structures de l’offre. Le touriste paye ses nuitées et s’en va. L’industrie puise des ressources locales pour constituer la logistique nécessaire au bon fonctionnement de ce secteur. Quand la demande excède l’offre, la logique du marché s’exprime inéluctablement en faveur du plus offrant. Nous ne pouvons nous voiler la face et nier l’évidence. Pour le développement du secteur exportateur et du tourisme, le citoyen moyen subit malgré lui les contrecoups d’une telle politique. Il est grand temps d’y apporter des corrections.
Les économistes et observateurs traditionnels ne manquent jamais l’occasion d’évoquer les facteurs exogènes pour expliquer et justifier la flambée des prix. Avant d’être importée, on voit bien que l’inflation a des ramifications foncièrement locales. Le Ralliement Citoyen pour la Patrie (RCP) estime qu’il est raisonnablement juste d’agir sur la dynamique interne pour dégager une marge de manoeuvre suffisante et juguler dans un premier temps l’inflation, voire de la maîtriser par la suite. Il suffit d’analyser la réalité autrement.