Dans une poignée de jours, 2014 sera derrière nous. Le temps pour nous de faire le bilan des douze mois écoulés. L’occasion aussi de noter les différentes disciplines sportives de ce Week-End Hit Parade des Fédérations 2014 et surtout de désigner la fédération championne. Depuis quelques semaines déjà, à l’approche de la fin d’année, nombreux sont ceux qui se posaient cette question. Et en bon lecteurs avisés, nous sommes sûrs que nombreux sont ceux qui avaient déjà le nom du champion au bout des lèvres. Comparativement aux résultats obtenus et au titre de sportif de l’année décerné, la semaine dernière, à Christiane Legentil, il était clair que le titre de fédération de l’année ne pouvait échapper à la Fédération mauricienne de Judo et des Disciplines Assimilées (FMJDA). Un titre amplement méritée et qui intervient 19 ans après le premier, soit en 1995, année de l’introduction du Week-End Hit Parade des Fédérations.
Que dire de la FMJDA si ce n’est qu’elle a fait ce qu’il fallait pour terminer en tête de ce classement 2014 des fédérations. A bien suivre l’évolution de cette discipline, ce titre ne souffre d’aucune contestation tant le judo a été régulier au cours de ces cinq dernières années. Gagner cette année est donc une suite logique, voire le fruit d’un travail de longue haleine. Les graines semées il y a de cela quelques années ont germé pour donner naissance à une jeune génération de judokate surtout. La preuve : la Rodriguaise Christiane Legentil a été sublime, cette année, en réalisant des performances de très haut niveau en pas moins de trois occasions. Médaillée d’argent d’abord au Grand Prix d’Astana au Kazakhstan, elle s’est ensuite distinguée avec une médaille d’or à l’Africa Judo Open Mauritius, avant d’obtenir le bronze à Qing Dao en Chine. Son prochain objectif : les Jeux olympiques de Rio au Brésil.
Il n’y a cependant pas eu que Christiane Legentil, puisque la FMJDA a pu aussi compter sur Annabelle Laprovidence qui a offert une médaille de bronze inattendue à la République de Maurice, lors des Jeux du Commonwealth à Glasgow en Ecosse. Il y a également la médaille de bronze de Priscilla Morand à l’AJOM. Derrière ces performances, on soulignera le bon travail entrepris par l’entraîneur allemand Florian Velici qui, avec le soutien du directeur de la fédération, Joseph Mounawah, a su instaurer une nouvelle motivation au sein du judo local. Mais là ou le bât blesse, c’est au niveau du judo masculin. Nous dirons même que  la FMJDA a du souci à se faire à ce niveau, puisqu’elle n’arrive plus à sortir des judokas de la trempe d’un Antonio Félicité, Jean-Claude Raphaël ou encore Eddy André pour ne citer qu’eux.
Le kick-boxing chute de son piédestal
A la deuxième place, on retrouve l’Association mauricienne d’Athlétisme (AMA), une des rares fédérations, sinon la seule à avoir été aussi régulière que cela depuis l’introduction de ce classement en 1995. L’AMA est aussi l’une des fédérations la plus complète pouvant être performante à tous les niveaux, soit organisation, gestion et performance. Cette année encore, les habitués que sont les Jessika Rosun et autres Guillaume Thierry ont hissé la discipline vers le haut. La première a été médaillée de bronze au javelot  aux Championnats d’Afrique du Maroc, alors que le second a lui remporté une médaille d’argent au décathlon à cette même compétition.
Certes, les performances ne sont pas ce qu’elles étaient il y a dix ans , mais reste qu’une génération est actuellement dans l’anti-chambre avec comme chef de fil le jeune sprinteur Jonathan Permal, lequel est descendu cette saison à deux reprises sous les 21 secondes au 200m. D’autres suivent et il ne fait pas l’ombre d’un doute que d’ici quelques années, Maurice retrouvera une génération forte et capable de briller dans des championnats du monde et autres Jeux olympiques comme l’ont fait avant elle les Stephan Buckland et autres Eric Milazar.
La Fédération mauricienne de Kick-Boxing et des Disciplines Assimilées (FMKBDA) a elle perdu du galon. Première l’année dernière avec 9 points, soit la deuxième meilleure performance de ce classement, comme l’AMA en 2004 – la boxe étant la seule à avoir réalisé un 9.5 points en 2011 – cette fédération se retrouve aujourd’hui avec trois points de moins. Ce qui est énorme. Selon les résultats obtenus, elle aurait même pu aspirer à la deuxième place devant l’AMA. Malheureusement, les secousses qui ont eu lieu, il y a quelques semaines, ne plaident pas en sa faveur.
La belle envolée nautique
Les conflits et les scandales ont nui à sa réputation, voire terni les bonnes performances réalisées cette année, notamment la médaille d’or de James Agathe à la Coupe du Monde, celle de Facson Perrine aux Championnats d’Afrique et la médaille d’argent du jeune Linley Perrine aux Championnats du monde junior. Dans tout ce remue-ménage, le président Jérémie Rousseau a préféré démissionner au lieu d’essayer de ramener une certaine sérénité, alors que ceux qui ont pris les choses en main n’ont pas pris l’initiative de communiquer, afin de dissiper les doutes.
Si la FMKBDA a payé de sa crédibilité, en revanche, la Fédération mauricienne de Natation a elle été exemplaire, tant au niveau de la gestion, de la stabilité et des performances. Exclue en 2011 et 2012 en raison des conflits internes qui avaient mené à l’implosion du comité directeur, la FMN a rebondi et de quelle manière !  Dès l’année dernière, des résultats prometteurs ont été obtenus. Cela grâce au gros travail entrepris par le directeur technique national, Philippe Pascal, avec le soutien du Trust Fund for Excellence in Sports, à un moment où il n’y avait pas de fédération. 14e en 2013 pour son retour dans ce classement avec une note de 0.5 point, la FMN est aujourd’hui 8e (2.5 points) et pour cause : quatre médailles d’argent et une de bronze aux Jeux d’Afrique de la Jeunesse au Botswana, 21 médailles d’or, 15 d’argent et 17 de bronze au tournoi de la zone 3-4 en Ouganda et 10 records de catégories d’âge aux championnats de la CJSOI, ce mois-ci aux Seychelles.
Ce que l’on retient aussi dans ce Week-End Hit Parade des Fédérations 2014, c’est qu’à l’exception d’une toute petite poignée de fédérations, le sport mauricien ne se porte pas bien et il y a de quoi se poser beaucoup de questions. Seules cinq fédérations se positionnent au-delà des quatre points, alors que les autres sont loin derrière. A sept mois des Jeux des Iles de l’océan Indien à La Réunion, nous sommes d’avis qu’il y a de quoi être inquiets.  Car au-delà de quelques exceptions au niveau individuel, on constate amèrement que les sports collectifs sont à la traîne. Un peu comme dans les années précédentes, les disciplines que sont le football, le basket-ball et le volley-ball entre autres, continuent à naviguer dans le bas du tableau.
Fondamentaux et valeurs, hors-jeu
La mauvaise santé du sport local est le fruit d’une absence de politique sportive bien définie, d’un manque de vision, de rigueur et de détermination.
Le ministère de la Jeunesse et des Sports qui, sous l’ère de Devanand Ritoo, n’a jamais été en mesure de combler ces manquements. Sans compter les éternels conflits internes et conflits de personnalités qui pourrissent des fédérations et empêche le sport de progresser. Le handisportif Cédric Ravet le dénonçait du reste, avec raison, dans notre livraison de la semaine dernière : trop de magouilles nuisent à l’épanouissement des sportifs.
C’est malheureusement là, une très mauvaise habitude dont les dirigeants sportifs mauriciens ont beaucoup de mal à s’en séparer. Les fondamentaux et les valeurs ne guident plus le sport. C’est un fait. L’appât de gains personnels et autres voyages à l’étranger ayant pris le dessus sur tout ce qui touche au bien être du sportif. Visiblement, le concept de « sans athlète il n’y a pas de fédération » ne semble plus faire le poids puisque pour certains, c’est le dirigeant qui est devenu la pierre angulaire d’une discipline sportive !
Dans toute cette cacophonie, on retrouve un nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, nommément Yogida Samynaden, en remplacement à Devanand Ritoo. Bon choix ou mauvais choix de la part du premier ministre qu’est Sir Aneerood Jugnauth ? Seul le temps nous le dira. Mais toujours est-il qu’en sport, seuls les résultats comptent. Sans oublier que chaque seconde compte et que toute décision, bonne ou mauvaise, a ses conséquences. Yogida Samynaden trouvera-t-il les bons mots pour redynamiser une classe sportive déjà en panne d’idées ? Pas si sûr quand on sait que le renouvellement du contrat d’un visionnaire de la trempe de Michael Glover comme Chief Executive du Trust Fund for Excellence in Sports est toujours en suspens.