Les forces vives de Cap-Malheureux ont fait une demande d’injonction en cour vendredi pour l’arrêt des travaux de construction d’un supermarché dans leur village. En dépit du refus du ministère des Terres d’enquêter davantage sur cette affaire après un exercice d’arpentage des lieux, leur porte-parole Georges Ah-Yan insiste que la construction se fait sur des wetlands. Il souligne aussi que les ministères des Terres et des Administrations régionales ont présenté deux chiffres différents pour l’arpentage du terrain.Le ministère des Terres et du Logement a tranché il y a plus d’un mois dans l’affaire de construction d’un supermarché à Cap-Malheureux. Selon son arpenteur, les travaux se faisaient à 48 mètres des wetlands, et ne représentaient ainsi « aucun danger ». Pour le ministre de tutelle Abu Kasenally, l’affaire est close. Les forces vives de la région sont cependant convaincues que « quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire ». Ils se disent déterminés à ne pas baisser les bras. « Nous prouverons que nous avons raison depuis le début : ce développement à Cap-Malheureux représente un danger. »
Les habitants ont ainsi retenu les services d’un arpenteur, Ravindranath Bhurtun. Selon son rapport, « Kirav and Co Ltd Commercial Complex is on a sensitive area… The building is less than 30 meters from the nearest water level of the wetlands. The topographical position of the land is not in a safe position as hardcore fillings is being done by the promoter to level the site for parking ».
Après avoir sollicité à maintes reprises les autorités concernées, les habitants n’ont eu d’autre choix que de saisir la justice. Ils ont ainsi fait une demande d’injonction à la Cour Suprême pour l’arrêt des travaux de construction en attendant de faire la lumière sur cette affaire. « Nous avons dans un premier temps sollicité le Town and Council Planning Board pour une enquête, mais nous avons appris que cela pourrait prendre environ un an. Entre-temps, les promoteurs du projet sont en train d’accélérer les travaux », déclare au Mauricien le porte-parole des habitants de Cap-Malheureux.
Selon Georges Ah-Yan, il y a plusieurs points qui ne sont pas « clairs » dans cette affaire, sachant que « trois arpenteurs sont arrivés à trois chiffres différents ». « Ce n’est pas normal que l’arpenteur du ministère des Terres trouve que la construction est à 48 mètres des wetlands alors que le ministre Hervé Aimée avait soutenu, selon son rapport, qu’elle est à 65 mètres. Which is which ? » se demande-t-il.
Le porte-parole réclame ainsi la publication des rapports des arpenteurs du gouvernement en vue de « connaître la vérité ». Georges Ah-Yan est aussi d’avis que les actions judiciaires entreprises par les habitants pousseront les autorités concernées à réagir. « C’est inacceptable d’avoir autant de manque de transparence, surtout qu’il est question ici d’intérêt public. »
Des officiers de la Water Ressources Unit ont par ailleurs récemment effectué une visite des lieux pour faire un prélèvement des eaux à des fins d’analyses. Les habitants, qui craignent que la construction sur les wetlands ne contamine l’eau utilisée pour alimenter une bonne partie du Nord, demandent aussi que ce rapport soit rendu public. « Ils agissent une fois de plus en dans l’opacité », soutient Georges Ah Yan.