9E CONFÉRENCE DE L’OI — Maurice consolide son rôle stratégique au cœur d’un espace en mutation

– Le ministre Ramful plaide pour un ordre maritime fondé sur des règles claires, en référence à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

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La 9e Conférence de l’océan Indien, tenue à Balaclava, a marqué un tournant dans l’affirmation du rôle de Maurice comme acteur diplomatique et stratégique de premier plan dans la région. Réunissant des représentants de plus de 25 pays, cette plateforme de dialogue a permis de mettre en lumière les enjeux croissants d’un espace maritime devenu central dans les équilibres géopolitiques, économiques et sécuritaires mondiaux.

Dès l’ouverture des travaux, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a placé les débats dans un contexte international tendu, en évoquant la situation au Moyen-Orient. « Nous accueillons le cessez-le-feu de deux semaines intervenu récemment, mais cela reste un cessez-le-feu fragile », a-t-il déclaré, appelant à « privilégier le dialogue avant la confrontation et la collaboration avant le conflit ». Insistant sur les répercussions globales de ces tensions, il a averti que « l’impact de la guerre sera durable, avec des effets dévastateurs sur nos économies », soulignant que Maurice n’est pas épargnée.

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Dans cette perspective, le chef du gouvernement a plaidé pour une approche collective face aux défis contemporains. « Nous devons travailler ensemble pour une résolution pacifique et permanente de la crise », a-t-il affirmé, tout en mettant en garde contre un monde où « l’incertitude elle-même peut devenir un instrument de stratégie ». Pour lui, l’océan Indien doit impérativement rester « un espace de coopération plutôt que de confrontation », alors même que les rivalités internationales s’intensifient.

« Seuls, nous pouvons faire si peu; ensemble, nous pouvons faire beaucoup », a souligné Navin Ramgoolam. Une formule qui résume l’esprit de cette rencontre et l’ambition de Maurice : s’imposer comme une voix de raison et un acteur incontournable d’un océan Indien pacifique, solidaire et tourné vers l’avenir.

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Dans son intervention, le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a appelé à une anticipation accrue des crises. « L’océan Indien doit se préparer à des jours plus agités tout en espérant des jours plus ensoleillés », a-t-il déclaré, mettant en avant la nécessité de renforcer la résilience collective. Dans un monde « plus fragmenté et plus compétitif », il s’est appesanti sur l’importance de partenariats fiables et d’une coopération fondée sur le respect du droit international et le partage des responsabilités.

Le chef de la diplomatie indienne a également souligné le rôle stratégique majeur de la région, rappelant qu’elle constitue une artère vitale pour le commerce mondial et les flux énergétiques. Il a mis en garde contre les vulnérabilités liées aux « chokepoints », ces passages maritimes critiques susceptibles de perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales. Réaffirmant l’engagement de l’Inde, il a évoqué des projets concrets dans les domaines des infrastructures, de la santé et de la connectivité régionale, en particulier à Maurice.

« Prendre en main

notre destin stratégique »

Dans le même temps, Ram Madhav, figure de proue de l’India Foundation et artisan de cette conférence depuis ses débuts, a dressé un constat sans équivoque concernant l’importance qu’a prise l’océan Indien. Avec 36 pays riverains et une part considérable du commerce mondial – près de 40% du vrac et 70% du trafic énergétique –, la région attire désormais les grandes puissances. « Cet espace est de plus en plus disputé », a-t-il averti, appelant les États de la région à « prendre en main leur propre destin stratégique ».

Dans cette configuration, Maurice apparaît comme un pivot essentiel. « Maurice se situe dans une position stratégique entre l’Asie et l’Afrique », a souligné Ram Madhav, mettant en avant le rôle de passerelle que joue l’île dans les échanges et la coopération régionale. Cette position est d’autant plus significative dans un contexte où les grandes puissances – États-Unis, Chine, France ou Royaume-Uni – renforcent leur présence dans l’océan Indien.

Sur le plan diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, a marqué les esprits par un message fort sur la souveraineté mauricienne. « Maurice ne s’épargnera aucun effort pour achever le processus de décolonisation dans l’océan Indien », a-t-il affirmé, en référence au dossier des Chagos. Qualifiant cette revendication de « question de justice », il a indiqué qu’elle s’inscrit dans « plus d’un demi-siècle de lutte fondée sur le droit international ».

Mais au-delà de l’affirmation de souveraineté, il a insisté sur une approche résolument coopérative. « Souveraineté et coopération peuvent aller de pair », a-t-il déclaré. À cet égard, il a cité un exemple concret salué lors de la conférence : le partenariat entre Maurice et les Seychelles dans la gestion conjointe du plateau continental des Mascareignes.

Ce modèle inédit de cogestion maritime illustre une diplomatie pragmatique fondée sur le partage des ressources, la responsabilité commune et le respect du droit international. Il démontre que des États insulaires peuvent, ensemble, transformer des enjeux potentiellement conflictuels en opportunités de coopération durable.

Dans cette optique, Ritesh Ramful a également plaidé pour un ordre maritime fondé sur des règles claires, en référence à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Il a salué les avancées en matière de gouvernance des océans, notamment l’accord sur la biodiversité marine, tout en annonçant un projet ambitieux : la création d’une aire marine protégée d’environ 645 835 km2 dans l’archipel des Chagos. En marge de la conférence, le chef de la diplomatie mauricienne a multiplié les consultations bilatérales avec plusieurs pays partenaires, dont l’Inde, le Népal, le Cambodge, l’Égypte et les Seychelles, consolidant davantage le rôle de Maurice comme hub diplomatique régional.

Au final, cette 9e Conférence de l’océan Indien aura mis en évidence une conviction partagée : dans un monde marqué par les tensions et les incertitudes, la stabilité de la région dépendra de la capacité des États à coopérer, à sécuriser les routes maritimes et à promouvoir un développement durable.

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