Chetan Singh Rajiv Ramcharitar, impliqué à tort dans le scandale Silver Bank, exonéré de tout soupçon par la justice, revient sur le calvaire subi. Il dénonce aussi le fait que de gros bonnets de cette banque n’ont jamais été inquiétés par la justice. Il avait été accusé provisoirement de conspiracy to commit money laundering par la Financial Crimes Commission (FCC), en infraction avec diverses sections de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA), dans le sillage du scandale Silver Bank.
Toutefois, le magistrat Jonathan Denis Vellien, siégeant en Cour de district de Rose-Hill, dans un Ruling rendu le 8 juillet dernier, avait rayé les charges provisoires qui pesaient contre lui. De son côté, Rajiv Ramcharitar a attendu un certain temps pour voir si la FCC allait loger un appel contre le Ruling du magistrat Vellien, avant de faire une déclaration à Le Mauricien en fin de semaine où il revient sur les dessous du scandale Silver Bank.
La Banque de Maurice avait placé la Silver Bank sous le régime de Conservatorship en 2024.
Rajiv Ramcharitar, alors Senior Relationship Manager de la Silver Bank, avait fourni au Conservator nommé par la Banque de Maurice des informations par rapport à certains prêts, totalisant plusieurs milliards de roupies, qui avaient été accordés par la Silver Bank à des sociétés écrans incorporées à Maurice mais dont les bénéficiaires ultimes résidaient à l’étranger. Cela dans le but de contourner les directives de la Banque de Maurice à la Silver Bank de ne plus octroyer des prêts à des clients étrangers. Rajiv Ramcharitar avait également informé le Conservator quelles étaient les personnes qui avaient bénéficié de ces prêts.
Le Conservator avait fait état d’une fraude massive au sein de cette banque à la FCC, qui avait ouvert une enquête en février 2025.
Mais c’est sur Rajiv Ramcharitar que la FCC va choisir de se focaliser. Selon cet organisme, entre octobre et décembre 2022, Rajiv Ramcharitar, en sa qualité de Senior Relationship Manager de la Silver Bank, aurait comploté avec d’autres cadres de cette banque, afin que des prêts soient accordés à des sociétés-écrans. Il avait été arrêté le 12 août 2025 mais remis en liberté conditionnelle environ une douzaine de jours après.
« Comment la FCC peut-elle arrêter un Senior Relationship Manager alors que des hauts cadres de la Silver Bank, dont le CEO et son adjoint, directement impliqués dans l’octroi de ces prêts, ne sont nullement inquiétés ? », s’insurge Rajiv Ramcharitar.
Son avocat, Me Siddhartha Hawoldar, Senior Counsel, avait alors logé une motion au niveau de la Cour de district de Rose-Hill pour faire rayer les accusations contre Rajiv Ramcharitar.
Rajiv Ramcharitar avait maintenu que comme Senior Relationship Manager, il avait un rôle purement administratif concernant les dossiers de prêts, dont leur compilation et leur soumission aux cadres qui avaient la fonction de procéder à l’exercice de Due Diligence concernant les emprunteurs.
La FCC avait pour sa part maintenu, entre autres, que c’était à lui qu’incombait la responsabilité de cet exercice et qu’il était un Critical Link avec des Co-Conspirators à l’étranger.
Le magistrat Vellien avait retenu dans son Ruling que les charges provisoires contre Rajiv Ramcharitar étaient basées sur des prêts frauduleux de la Silver Bank. La Cour était dès lors concernée de l’implication du prévenu dans le processus de déboursement des prêts de la banque.
Or, l’enquêtrice de la FCC avait admis lors de son contre-interrogatoire en Cour que Rajiv Ramcharitar n’avait aucun pouvoir décisionnaire au sein du Management Credit Committee de la Silver Bank, l’instance qui avait la fonction d’approuver les prêts. Il n’était même pas habilité à faire de recommandations auprès de ce comité en ce qui concernait le déboursement de prêts.
Le magistrat a ainsi conclu que la FCC n’a pu démontrer devant la Cour une quelconque implication de Rajiv Ramcharitar auprès d’autres cadres de la Silver Bank dans le processus de déboursement des prêts.
Pour toutes ces raisons, les charges provisoires contre Rajiv Ramcharitar avaient été rayées.
De gros bonnets jamais inquiétés
Rajiv Ramcharitar confie que lui et sa famille ont vécu une année de cauchemar. Ils ont dû affronter le regard de leurs proches et connaissances. Il a perdu son emploi, et ce n’est que très difficilement qu’il essaie de remonter la pente dans le secteur financier. Ses comptes bancaires sont toujours gelés par la FCC. Pour lui, il est clair qu’il a été le bouc émissaire dans cette affaire, alors même que les vrais coupables n’ont jamais été inquiétés par la FCC.
En effet, cet organisme avait expliqué en cour que d’autres cadres supérieurs de la Silver Bank étaient dans son giron dans cette affaire, dont le Chief Executive Officer (CEO), le Deputy CEO, le directeur, le Finance Manager, le Head of Risk, le Head of Compliance, le Head of Audit, le Money Laundering Officer et le Chief Operations Officer.
Mais à ce jour, beaucoup de ces personnes, dont la plupart étaient membres du Management Credit Committee de la Silver Bank, qui avait la fonction d’approuver les prêts, n’ont jamais été interrogées par la FCC. Beaucoup sont des étrangers, dont des Indiens, qui ont depuis quitté le pays depuis l’éclatement du scandale en février 2025.
La question qui se pose : la FCC avait-elle diligenté une enquête injuste dans ce scandale en laissant les Gro Rekin quitter le pays et en se focalisant sur un tilapia, innocent de surcroît ?
Cette vaste fraude à la Silver Bank demeure l’un des scandales bancaires majeurs du pays. Cette banque était engagée dans une série de Toxic Loans, totalisant des sommes astronomiques de plusieurs milliards.
Elle avait été placée sous « Conservatorship » le 13 février 2024 par la Banque de Maurice, agissant sous les dispositions de la Bank of Mauritius Act, cela vu les inquiétudes de cet organisme régulateur sur le Financial Soundness de la banque, et aussi dans le but de protéger les dépositaires et d’éliminer les risques pour tout le secteur bancaire. La Banque de Maurice avait finalement révoqué la Banking License de la Silver Bank le 30 avril 2026.
Là où le bât blesse : les dépôts de plusieurs entités étatiques et paraétatiques, de l’ordre de Rs 3,55 milliards, n’ont qu’une chance infime d’être recouvrés, soulevant plusieurs questions sur les stratégies de placements qui avaient été adoptées par ces entités et pourquoi les mécanismes mis en place pour éviter de tels abus n’ont pas fonctionné.

