ÉCONOMIE NUMÉRIQUE — Centres de données : Eco-Sud alerte sur le coût environnemental de l’IA

L’ONG invite à une réflexion profonde avant de se lancer dans ce domaine

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Les data centres gros consommateurs d’eau et d’énergie

Le budget 2026-27 prévoit la mise sur pied d’une Special Economic Zone, à Côte-d’Or, sur 83 arpents, pour attirer des investissements en matière d’intelligence artificielle (IA), digitale et d’industrie avancée. L’IA est même présentée comme un nouveau pilier économique. Mais qu’en est-il du coût environnemental, étant donné que l’IA fonctionne à partir de centres de données énergivores ? Telle est la question que pose Eco-Sud – qui invite le gouvernement à prendre tous ces aspects en considération avant de se lancer dans cette voie. L’ONG fait référence à la prise de position du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui avait invité les géants de l’IA à la transparence écologique.

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« L’IA et le cloud ne sont pas immatériels. Derrière nos écrans, il y a des data centres. Et les data centres ont besoin de beaucoup d’électricité, parfois d’eau pour le refroidissement, de terrains, de raccordements puissants au réseau, de générateurs de secours, de béton, de serveurs, de semi-conducteurs et d’infrastructures lourdes. » C’est en ces termes qu’Eco-Sud invite les citoyens à réfléchir et à être vigilants, face au projet du gouvernement. Le budget 2025-26 avait présenté l’IA comme nouveau pilier économique. Celui de 2026-27 consolide cette position et précise même des discussions avec de grandes entreprises américaines et européennes en vue de développer des infrastructures IA et cloud au service de Maurice, de l’océan Indien et de la région SADC.
En outre, il est prévu qu’une Special Economic Zone à Côte-d’Or, sur 83 arpents, soit mis sur pied, pour attirer des investissements dans l’IA, le digital et l’industrie avancée. « L’annexe du budget prévoit même un régime d’incitations pour les activités “AI and Digital technology”, avec propriété étrangère à 100%, exemptions de droits et taxes, baux de longue durée, “fast-track permits”, et surtout un “special Data Centre Electricity Tariff”», relève Eco-Sud.
L’ONG fait ressortir que le coût climatique de l’IA est maintenant reconnu et se réfère à la prise de position du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à ce sujet. « Son message est clair : Fini les coûts cachés. Fini de faire porter le fardeau à ceux qui sont le moins, à même de le supporter. Il demande que l’impact environnemental de l’IA soit rendu public. Soit l’empreinte carbone, la consommation d’eau, l’occupation des sols et l’alimentation en énergie renouvelable, entre autres. »
Maurice a-t-elle les moyens de soutenir ces coûts, quand on sait que les centres de données ont, selon l’AFP, consommé 448 TWh d’électricité en 2025, soit presque autant que la France ? « Si le chef de l’ONU demande aux géants de l’IA de dire toute la vérité, alors les citoyens mauriciens ont le droit de demander la même chose avant que notre pays n’accorde des avantages spéciaux à ces infrastructures », indique l’ONG.

La voix citoyenne maintenant, pas après

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Eco-Sud insiste sur l’importance d’agir maintenant. « Une fois ces industriels installés, avec leurs contrats, leurs investissements, leurs avocats, leur puissance économique et leur capacité de lobbying, les citoyens mauriciens n’auront presque plus les moyens de dire non », s’appesantit l’ONG, qui souligne également qu’une petite île comme Maurice peut très vite se retrouver dépassée par la taille, la vitesse et le poids politique de cette industrie.
Dans certains pays, l’investissement massif dans l’industrie de l’IA a donné lieu à des conflits. Et Eco-Sud d’enchainer : « En Irlande, les data centres ont fini par consommer une part massive de l’électricité nationale, au point de créer des tensions sur le réseau. Au Chili et en Uruguay, les controverses se sont concentrées sur l’eau. Aux Pays-Bas, la pression sur le foncier et le réseau électrique a mené à des blocages politiques et juridiques, et à Singapour l’État a même imposé un moratoire sur les nouveaux data centres avant de rouvrir sous conditions plus strictes. »
Dans tous ces pays, indique Eco-Sud, les citoyens se sont mobilisés, même si cela n’a pas toujours été évident, avec les gros moyens en face : « À Maurice, aurons-nous réellement cette capacité face à des multinationales de l’IA et du cloud ? » L’accent est aussi mis sur le fait que Maurice est une petite île, avec un foncier limité, tout comme nos ressources en eau et en électricité. « Oui, l’IA peut créer des opportunités. Mais toutes les opportunités ne sont pas bonnes à prendre, surtout lorsqu’elles peuvent déplacer le coût réel vers la population, l’environnement et les générations futures. L’expérience d’autres pays montre que les citoyens doivent souvent se battre après coup, pour obtenir des informations, ralentir les projets, imposer des limites ou défendre l’eau, l’électricité, le foncier et le climat », ajoute l’ONG.
C’est pour cela que l’ONG plaide en faveur d’un moratoire sur tout grand projet de data centre lié à l’IA ou au cloud. Ce qui permettra, entre-temps, d’avoir un débat national transparent ; de mener une étude indépendante sur la capacité réelle de notre réseau électrique ; une étude indépendante sur l’eau, le foncier, les émissions et les déchets électroniques ; de disposer d’une loi spécifique sur les data centres ; d’un mécanisme de consultation et de veto citoyen pour les régions concernées ; et d’avoir une évaluation claire de ce que Maurice gagne réellement, et de ce que Maurice risque de perdre.
Eco-Sud invite à apprendre d’autres pays : « Les citoyens mauriciens doivent avoir leur mot à dire. L’avenir numérique de Maurice doit être juste, transparent, durable et démocratique. Et si nous ne sommes pas capables de garantir cela, alors nous devons avoir le courage de dire : pas ici, pas comme ça, pas sans le peuple. »

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