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GUERRE EN UKRAINE – Jusqu’où mènera cette infernale escalade ?

DR DIPLAL MAROAM

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Sur le champ de bataille, le constat est plus qu’effarant : les hostilités redoublent d’intensité et d’agressivité, le conflit s’embrase. Comme le témoignent d’ailleurs le carnage de Mariivka le 31 décembre dernier où 400 soldats russes, 89 selon le Kremlin, ont perdu la vie et celui, en guise de représailles, de Kramatorsk le 7 janvier 2023 qui a fait 600 morts du côté ukrainien, selon les Russes. La localité minière du sel, Soledar, a été anéantie alors que la ville voisine de Bakhmout risque de connaître le même sort. À Dnipro, toujours dans l’Est de l’Ukraine, des dizaines de personnes ont trouvé la mort le 14 janvier 2023 et plusieurs autres blessées, après un tir de missile – russe ou ukrainien, selon les sources – sur un immeuble résidentiel . . .

Il est déplorable qu’en alimentant à coups de milliards de dollars cette guerre meurtrière, les Américains et leurs alliés continuent de saborder toute perspective d’un cessez-le-feu et font éloigner tout espoir d’une paix durable dans la région. L’arrogance désinvolte des Occidentaux a encouragé Zelensky à prolonger cette guerre. Tout en obtempérant naïvement, il a lamentablement péché par manque de prévoyance et a négligé complètement les conséquences que comporte une telle décision. Ce qui fait que le monde est aujourd’hui entré dans une impasse et beaucoup d’observateurs sont même d’avis que l’avenir de la planète se joue actuellement en Ukraine. Car la menace nucléaire brandie par Poutine ne peut être prise à la légère. Avec quelque 11,000 têtes nucléaires que possèdent les deux plus grandes puissances militaires mondiales, le dernier recours pour tenter de renverser la vapeur sur le terrain et, en même temps, sauver la face, pourrait ainsi se révéler apocalyptique.

Les racines de ce conflit fratricide sont à chercher dans les 30 dernières années, dans l’attitude des Occidentaux qui voyaient dans la chute de l’URSS, l’opportunité bénie de donner l’estocade aux derniers vestiges de l’Union soviétique. En effet, le niveau de méfiance affichée à l’égard de Moscou était resté le même comme c’était le cas au temps de la guerre froide. Même si la Russie faisait partie du G8 et du G20, contrairement aux autres pays qui sont des membres à part entière, elle était perçue comme entièrement à part. Certes, l’annexion des territoires d’autrui constitue un sérieux délit en droit international et doit être dénoncée mais l’Occident demeure toutefois aveugle lorsque Israël annexe chaque année, depuis plus d’un demi-siècle, des pans entiers du territoire palestinien. Que Poutine ait commis l’erreur de s’approprier des régions ukrainiennes est indéniable mais fallait-il lui tourner le dos ou faire la sourde oreille à ses revendications que tout chef d’État digne de ce nom aurait certainement formulées et qu’il exprimait depuis des décennies ? Que revendique au juste la Russie ? Que la sécurité de son territoire et de sa frontière occidentale avec l’Ukraine, par rapport à la velléité expansionniste de l’OTAN, soit sauvegardée. De même que les intérêts du peuple russe et russophone dans l’Est de l’Ukraine. Or, il ne faisait que prêcher dans le désert.

Pourtant, la stabilité et la politique de bon voisinage régnaient, tant bien que mal, entre les deux peuples jusqu’en 2014, date à laquelle le pouvoir à Kiev fut renversé par un soulèvement particulièrement sanglant qui installa à la tête du pays les nationalistes ukrainiens, considérés par Moscou comme les représentants des néo-nazis. Estimant le risque grandissant que ce changement de régime posait pour sa flotte navale dont une grande partie est justement stationnée en Mer Noire, Poutine envahit la Crimée, ne faisant ainsi que rétablir les faits de l’histoire car cette péninsule ukrainienne appartenait jadis à la Russie jusqu’en 1954 lorsque, après la mort de Staline, Khrouchtchov, lui-même d’origine ukrainienne, décida de la passer sous la juridiction de Kiev.

Et Poutine n’avait de cesse de tendre la main à l’Occident bien avant même la date fatidique du 24 février 2022, jour du déclenchement de la guerre, mais les États-Unis ne faisaient qu’attribuer à la Russie les plus sombres des intentions et prétentions. Ce qui finit par susciter l’appropriation par le Kremlin des 4 régions de l’Est de l’Ukraine – Lougansk, Donetsk, Zaporizhzhia et Kherson – l’an dernier, ce dans le but de protéger les Russes et Russophones, systématiquement la cible des attaques de la part des nationalistes ukrainiens depuis 2014. En outre, depuis 2 décennies, la Russie réclamait à cor et à cri le respect des accords de non-prolifération des armes nucléaires et invitait les Occidentaux à laisser l’Ukraine hors du circuit de l’OTAN, ce « pour la sécurité mondiale et la paix régionale ». Mais ces derniers ne l’entendaient pas de cette oreille et ont, après le 24 février dernier, dissuadé Kiev de s’asseoir à la table de négociation avec Moscou, l’assurant de leur aide militaire et d’une victoire au bout du compte. Mais à quel prix ? Et la Russie, va-t-elle se laisser faire ?

Aujourd’hui, face à un pont totalement coupé entre les deux belligérants, il n’y a manifestement que l’ONU, en la personne de son secrétaire-général, Antonio Guterres, qui doit prendre les devants pour tenter une médiation en vue d’une sortie de l’impasse. Car il est temps de mettre un terme à ce massacre qui a engendré et engendre toujours tant de souffrances, surtout parmi la population civile, femmes, enfants et personnes âgées, sur un continent considéré pourtant comme avant-gardiste en termes d’avancée et de civilisation. Le monde a besoin de paix, particulièrement dans les circonstances actuelles où il commence à sortir la tête hors de l’eau après les différentes crises, économiques, financières et sanitaires. Sans oublier la crise écologique. L’orgueil, l’arrogance et l’égocentrisme doivent impérativement laisser la place à la lucidité, la modération et la sagesse.

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