Pas de compromis

La nature ne négocie pas ; elle s’adapte, s’organise, suit le courant induit par des vecteurs autres que ceux dictés par ses propres lois. Lorsqu’un météorite large de 10 km et lourd de près de 15 milliards de tonnes a percuté la Terre, il y a 66 millions d’années (à quelques semaines près), la nature aura mis fin au Crétacé-Paléogène, et à la suprématie des dinosaures. Laissant ainsi le champ libre aux mammifères, et bien plus tard à Sapiens. Un choix qu’elle n’aura pas eu à faire, donc, car imposé par des éléments extérieurs, en l’occurrence ici une météorite arrivée tout droit de l’espace.

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Ainsi donc la nature évolue, assimile et adapte son évolution en fonction de ce qui lui est imposé. Autant dire qu’elle a fort à faire à l’ère anthropocène, car devant composer avec autant d’aspects interdépendants du dérèglement climatique que sont la perte de la biodiversité, la multiplication des sources polluantes ou encore la déplétion des ressources, pour ne citer que ces items. Tant d’éléments que sa réponse ne pourra qu’être brutale. Au point qu’avec la catastrophe écologique en cours, de même que son intensification certaine, l’existence de la vie sur Terre n’est plus garantie, en tout cas d’ici la fin du siècle.

Pour autant, le déclin de la nature (et du maintien du vivant) étant lié de manière intrinsèque à l’activité humaine depuis l’ère préindustrielle, l’homme peut de facto encore en inverser la tendance, même si l’espoir d’en voir les premiers résultats dans le court terme est vain. La clé, nous la connaissons tous : si l’on veut éviter l’extinction, il nous faut ralentir nos émissions de gaz à effets de serre et, en amont, notre système de consommation. Hélas, non seulement nous n’en prenons pas le chemin, mais nous aggravons même davantage le problème chaque jour.

Certains, parmi les plus optimistes – et probablement aussi parmi les plus naïfs –, ne manqueront pas d’évoquer les progrès accomplis çà et là, quand bien même ne s’agirait-il que de mesures cosmétiques. Mais ils en oublient que la question climatique ne tient pas qu’à la seule « dépollution » de notre économie, mais aussi à un ensemble d’autres facteurs, dont l’un des plus préoccupants demeure la croissance démographique. Comment en effet espérer négocier ce nouveau virage de l’humanité – si dangereux d’ailleurs qu’il pourrait être le dernier – en déployant autant de mesures « vertes » si, parallèlement, la population mondiale croît plus vite que l’expansion et la mise en application de ces mêmes mesures ?

De 1800 à nos jours, nous serons en effet passés de 800 millions d’individus à près de huit milliards, dont près de trois milliards rien que pour la Chine et l’Inde. Huit milliards de consommateurs de nourriture, d’eau, d’énergie, et bien entendu aussi de toutes les « précieuses choses » que peut nous offrir notre société industrielle. Aussi, la solution la plus évidente serait d’exercer un contrôle de la population à l’échelle planétaire. Oui, mais ce n’est pas aussi simple que ça, car dans toute sa complexité, l’homme ne parviendra à s’abstraire des questions économiques, politiques, et même culturelles. Avec pour effet de rendre la problématique démographique encore plus complexe, celle-ci rassemblant autant de difficultés que de controverses.

Ainsi nos dirigeants se font-ils généralement un devoir de promouvoir une politique de natalité, et ce, pas uniquement dans le but de contrebalancer la hausse de l’espérance de vie (et donc des retraites). Leur faire entendre raison est d’ailleurs chose vaine. Alors que la droite traditionnelle voit dans la décroissance démographique une campagne en faveur de l’avortement, la gauche, elle, brandit le spectre de l’atteinte aux droits humains. Même les organisations écologistes, supposément plus concernées, préfèrent éviter la question. Autant dire que, d’un point de vue politique, nous voilà bien mal embarqués.

Certains clameront bien sûr que, puisque nous ne pouvons compter sur les politiques pour nous sortir du chemin de l’effondrement climatique (en plus des autres), nous pourrions toujours choisir, comme porte de sortie, la voie du soulèvement populaire. Ce qui semble en l’état là aussi peu probable, tant le maintien du système revêt d’une importance capitale pour chacun d’entre nous, et que personne n’oserait aujourd’hui sacrifier sur l’autel d’une potentielle révolution verte !

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