LA DÉBACLE: UN SYMPTÔME

Par Veronique Papillon

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Les roues empilées, les feux allumés, les jeunes devenus malfrats, casseurs… ce sont les scènes dont nous sommes témoins depuis quelques jours. Mais soyons honnêtes : cette violence n’est qu’un symptôme, celui d’une société qui va mal. Notre aspiration à être moderne ne se reflète pas dans ce qui se passe en ce moment, comme le diraient certains. Et pourtant c’est cette même aspiration qui a conduit à cette déchéance.

Comment se retrouve-t-on dans un tel engrenage ? Qui sont les responsables ? On pointe du doigt le gouvernement. On accuse les parents. On cherche la cause de cette gangrène sociétale. La réponse est nous. Nous sommes le système. Nous l’avons construit sur les ruines d’un autre système d’un autre temps. Un système empreint de discrimination, de rabaissement. Et nous n’avons pas rejeté ce monstre. Nous l’avons toujours en nous, à voir les commentaires qui parsèment les réseaux sociaux par moments. Le malaise « kreol », la suprématie d’une section sont des produits d’une ère qui ne veut pas mourir.

La bête que nous avons nourrie depuis des années ne se cache plus. Celui qui allume le feu est souvent celui à qui nous avons fait comprendre qu’il n’est pas digne de faire partie de la société. C’est le message qu’il reçoit depuis longtemps. Commence ainsi la victimisation. Victime de la société. Victime de ceux qui oppriment. Forcément, les chemins obscurs deviennent plus évidents. Internet devient un outil d’adhésion et non d’information. Le message « A nou kraz partou ! » – auquel beaucoup n’adhèrent pas – prend du sens.

Cela devient encore plus évident pour lui parce que l’école ne répond pas à ses besoins. Ce qui le conforte dans cette prise de décision est encore plus dramatique : des parents qui triment sans voir le bout du tunnel, cumulant des heures supplémentaires ou des emplois différents pour quelques sous de plus. Cette vulnérabilité fait de lui une proie facile de l’argent facile. Son sens du discernement biaisé ne lui permet pas de s’en sortir. Le sentiment qui domine dans des moments pareils est la solitude. Sans distraction, sans échappatoire, il est happé par le monstre.

Celui qui allume les feux est un dommage collatéral d’un système qui a échoué. Il est victime de sa propre victimisation. C’est un cri qui plaide pour la mise à mort de certaines manières de penser et d’un schéma sociétal qui n’a plus sa place pour une nation qui se veut moderne. La balle est dans notre camp, pas seulement dans celui du gouvernement.

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