La toute dernière initiative de Shakeel Mohamed a choqué. Le ministre des Terres et du Logement a choqué en intervenant auprès de l’université de Maurice pour que des examens, qui devaient avoir lieu jeudi dernier, soient renvoyés. La raison invoquée pour justifier ce renvoi : la célébration de la fête Eid Ul Adha le même jour, dont les élèves musulmans auraient été privés pour participer aux examens prévus. Nous sommes, donc, dans un pays où un ministre peut obtenir du Vice Chancelier de l’université nationale le report des examens nationaux pour satisfaire un groupe d’élèves. Un ministre qui, dans cette circonstance, s’est plus comporté comme le porte-parole des étudiants appartenant à une communauté spécifique, que comme élu représentant l’ensemble des électeurs. Le ministre s’est publiquement félicité de « l’ouverture d’esprit » de l’université et a indiqué qu’à l’avenir, elle « adoptera une politique visant à éviter la tenue d’examens lors des fêtes religieuses ». Le ministre a également invité les autres institutions éducatives à suivre cette démarche, afin de promouvoir « davantage d’inclusion et de respect de la diversité culturelle et religieuse dans le système éducatif. » Est-ce que le ministre se rend compte qu’il vient d’ouvrir une boîte de pandore dans laquelle vont s’engouffrer toutes sortes de représentants, certifiés ou auto-proclamés, d’associations religieuses ou socioculturelles qui réclameront pour célébrer leurs fêtes, des reports d’examens sous le prétexte – qui va devenir un précédent – que des élèves de leur communauté ne pourront pas les célébrer ? Est-ce qu’en accédant à la demande du ministre, le Vice Chancelier se rend compte que, désormais, le calendrier scolaire devra être établi pour qu’il ne coïncide avec aucune fête culturelle ou religieuse ? Ce qui sera un véritable casse-tête chinois eu égard au nombre de fêtes religieuses et culturelles célébrées à Maurice. Nous risquons de nous retrouver dans une situation où il y aura plus de renvois que d’examens. Est-ce que les deux protagonistes de ce renvoi se rendent compte qu’ils ont installé un bâton de dynamite que d’autres se feront un plaisir d’allumer plus tard ? Comme des internautes l’ont souligné, avec raison : « Ce type de décision divise la nation au lieu de la construire. Elle légitime l’idée que les citoyens appartiennent d’abord à leur communauté, et ensuite seulement à la nation. »
La dernière initiative de Shakeel Mohamed a choqué parce qu’il avait plus habitué les Mauriciens à un discours prônant la défense du mauricianisme contre le communalisme, celle de l’unité de la nation contre les divisions sectaires. Il a été particulièrement virulent dans la dénonciation du communalisme, dont il s’est dit une des victimes à plusieurs reprises. Notamment quand il a été nommé leader de l’Opposition, sous le gouvernement précédent, et quand il a été fait no.3 du gouvernement après les dernières élections. En demandant le renvoi des examens pour permettre à des étudiants musulmans de célébrer l’Eid Ul Adha – combien sont-ils sur l’ensemble des élèves qui devaient prendre part aux examens, jeudi dernier ? –, il a entrepris une démarche que certains pourraient qualifier de communautarisme. Ce qui ajoutera de l’eau au moulin de ses adversaires qui affirment que le ministre tient un double langage, et allant même jusqu’à dire qu’il est comme un couteau moussana, enn kouto ki koup dé cotés. De quoi se demander si l’autre discours, et les initiatives qui vont avec, ne font pas partie d’une stratégie pour se faire designer comme porte-parole et leader de la communauté musulmane. Comme remplaçant ou successeur de Sawkatally Soodhun, la verve, le panache et les cheveux laqué en moins. Il faudra attendre les prochaines interventions de Shakeel Mohamed pour y voir plus clair à ce sujet.
En attendant, notons qu’il est surprenant que celui qui est surnommé miniss ki four so néné partou sur les réseaux sociaux n’ait pas réagi aux images circulant sur le web montrant des bœufs poursuivis, dans la rue, par une foule de motocyclistes comme dans une corrida. Est-ce que c’est le fait que cette « corrida locale » ait été organisée dans le cadre d’une fête religieuse qui a tempéré les ardeurs du ministre ? Le silence du ministre de l’Agro Industrie – si prompt à s’occuper des chiens errants et de débarrasser Ganga Talao de canards pollueurs – sur ces images d’animaux maltraités est aussi à souligner.
Jean-Claude Antoine
La dernière initiative de Shakeel Mohamed
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