Avec l’arrivée du Metro Express, Résidence Barkly change peu à peu de visage
  • Les travaux ont accusé un certain retard dans la région. Pour cause, il a fallu créer des accès pour des résidents pénalisés par des déviations

Avec l’arrivée du Metro Express dans la région, Résidence Barkly est en train de changer de visage, mais le long chantier de 1, 3 km ne donne pas l’impression que le métro passera dans le quartier dans deux mois. Malgré le soft launch du Metro Express annoncé pour septembre, les travaux là-bas ont pris un certain retard. Entre-temps, enveloppé dans un nuage de poussière, Barkly assiste tranquillement à sa métamorphose.

Le temps des tensions et de tristesse est bel et bien passé. Il y a presque deux ans, lorsqu’une vingtaine de familles de Barkly avaient reçu l’ordre d’évacuer leurs maisons ou de démolir des extensions qui empiétaient sur le tracé du Metro Express, la colère et l’incompréhension avaient, un certain temps, pris le dessus. Depuis, entre démolition des maisons, arrangements, asphaltage des cours et dialogue, les choses semblent être rentrées dans l’ordre pour les habitants.

Les tensions de 2017 sont désormais chose du passé.

L’eau a coulé sous les ponts, ou plutôt 1,3 km de bitume a fait place à une voie qui est en train de modifier la physionomie de la région. En effet, le visage de Barkly est en train de changer. “Pour le meilleur”, laisse-t-on entendre, car la quête d’une autre identité, plus calme, moins médiatisée pour des raisons peu valorisantes pour le quartier, ne date pas d’hier. Demain, lorsque le tram passera à travers Barkly en longeant les rues Schumann et Mandela en direction de Richelieu, la région fera plus que jamais partie du quotidien de milliers de Mauriciens.

Et Barkly n’échappera pas au regard du grand public, d’où le souhait d’une région débarrassée du trafi c de drogues et des problèmes sociaux. Deux ans après les manifestations de colère — où même des mères de famille évoquaient à l’époque le recours au bureau de l’Ombudsperson pour les Enfants —, c’est un sentiment de fi erté qu’on éprouve dans le quartier. Dans les rues que nous avons sillonnées, les habitants rencontrés affirment spontanément être “bien fi er ki enn zafer kouma metro pou pas dan Barkly”.

“Bizin ena dezord pou ena lord”

Mais, entre-temps, le prix à payer pour accueillir le symbole de la modernité se compte en poussières, déviations, bruits, problèmes de transport et d’autres inconvénients “Pa fer nanie si ena lapousier. Bizin ena dezord pou ena lord”, nous lance une marchande de gâteaux. C’est devant sa maison, en face du chantier, qu’elle vend ses gâteaux. Avant l’installation des barrages en tôle bleue, elle pouvait voir les travaux et surtout ses nouveaux clients, des travailleurs étrangers.

Les travaux ont connu un certain retard à Barkly

Enveloppée dans un nuage de poussière, Barkly ne se plaint pas à haute voix. Pourtant, les façades et les toits de nombreuses maisons qui se trouvent à quelques mètres à peine, tout au long du chantier, sont recouverts de terre. Barkly s’exprime à travers des correspondances que leur représentant, le Conseil pastoral de quartier (CPQ), envoie régulièrement aux autorités. Hedley Coosnapa, le président du CPQ, affi rme que “la communication, qui a été constante entre le ministre des Infrastructures publiques et du Transport, Nando Bodha, et le conseil, depuis deux ans, a permis une meilleure compréhension du projet par les habitants, et donc une collaboration positive entre les deux parties”. Hedley Coosnapa ajoute que, “dès qu’il y a un problème ou une information qui ne sont pas remontés jusqu’à nous, nous demandons des explications directement à M. Bodha”.

Pour le moment, c’est un problème de déviation et de transport qui se pose. Avec la fermeture de la jonction située à hauteur de la rue Mandela, les autobus qui font le trajet de St-Patrick à Beau-Bassin passeront par la rue Meldrum, la route Royale et Barkly. Les habitants des environs de l’école primaire de Barkly auront à parcourir près d’un kilomètre à pied. “Ce qui nous inquiète, explique Hedley Coosnapa, c’est que cette partie de la région qui longe la rue Herchenroder, là où se trouve la piscine Serge Alfred, n’est pas éclairée en fi n d’après-midi. C’est un coin dangereux ! Nous suggérons que les autorités fournissent un service de navettes de Rose-Hill Transport, plus petites que les autobus et qui pourraient ainsi passer par la rue Narcisse.”

Metro Express Ltd, optimiste

Comme quasiment chaque après-midi un octogénaire vient s’asseoir à l’abri d’un arbre pour observer les travaux sur le chantier, à côté de sa maison. “J’ai connu le train, à Maurice. J’avais 17 ans quand je voyageais par le train pour me rendre au travail. Je ne m’attendais pas du tout à voir d’autres trains ici ! Est-ce que j’aurai l’occasion de prendre le tram ? Mo pa kone, si mo ankor vivan kitfwa”, confie ce dernier. Et quand on lui dit que le prélancement est annoncé pour septembre, donc dans pas longtemps, et qu’il fera certainement un voyage dans le tram, il ne cache pas sa surprise. “Dans deux mois? Pa kone si zot pou gagn letan fi ni. Si mo la kitfwa mo pou rant dan metro. Me mo pli sir ki mo ti zanfan ki ena diset-an ki pou rant ladan”, dit-il.

Si notre octogénaire est sceptique quant au passage de Mauricio dans quelques mois, en revanche du côté de Metro Express Ltd, on est plus optimiste. Certes, l’on reconnaît que “les travaux ont accusé un certain retard à cause de quelques soucis pratiques qui ont surgi concernant les passages chez les résidents”. Et d’expliquer: “Nous avons dû stopper les travaux momentanément pour trouver des accès alternatifs.” Un autre passage attire notre attention: il s’agit d’un accès qui permettrait aux habitants des rues Schumann et Mandela respectivement de traverser la voie ferrée pour se rendre dans l’une ou l’autre rue.

Vibrations

“Nous n’avons jamais été contre le projet de Metro Express”, confi e une habitante qui avait été sommée d’abattre un pan de mur de sa cour. Depuis, le mur est resté intact, car le tracé, en face de chez elle, est juste à quelques petits mètres de sa cour et celle de ses voisins qui eux aussi avaient eu maille à partir avec les autorités. “On ne nous a rien dit depuis”, indique-t-elle. “Au contraire, les ouvriers, qui sont d’ailleurs extrêmement gentils, ont ouvert un passage devant notre entrée pour nous créer un raccourci, mais celui-ci est depuis devenu un accès public. Cela nous dérange beaucoup, car il n’y a pas d’heure, de jour comme de nuit, que les gens ne l’utilisent!” se désole-t-elle.Si son voisin a préféré quitter le pays, elle, dit prendre patience. Les travaux et ses désavantages finiront bien un jour Mais un autre problème pourrait se poser.

En effet, d’aucuns craignent déjà les vibrations que pourraient causer Mauricio et les autres trams. “Les anciennes maisons qui se trouvent à quelques mètres de la voie ferrée ne sont pas assez solides pour résister aux vibrations des trams. Elles ont été construites, pour certaines, il y a 50 ans! Nous pensons qu’à la longue, il y aura des fissures”, disent des habitants rencontrés. Mais l’arrivée du Metro Express est aussi porteuse d’espoir. C’est le projet qui a accéléré le nouveau complexe sportif Père Robert Jauffret. Et puis, il y aura un espace dédié aux petits commerces où les habitants pourront vendre différents produits. “On s’attend à ce qu’on donne la priorité aux commerçants de Barkly”, nous dit-on.

Car lorsqu’il avait été question de recruter les habitants pour travailler sur le chantier, une cinquantaine d’entre eux avaient manifesté leur intérêt et soumis leur nom. “Mais nous avons vu débarquer des travailleurs étrangers !” se désole un Avec l’arrivée du Metro Express, Résidence Barkly change peu à peu de visage habitant du quartier.