Des instructeurs locaux de kitesurf à La Gaulette, jeudi 15 novembre

S’assembler pour mieux revendiquer. Au Morne, des instructeurs locaux de kitesurf souhaitent ainsi mieux s’organiser. Alors que couve une tension avec certains instructeurs étrangers.

Des instructeurs locaux de kitesurf de la région de Rivière-Noire ont fait un premier pas en vue de structurer leurs activités dans le Kite Lagoon du Morne. Pour l’heure, regrettent-ils, « laplaz an dezord », menaçant dès lors leurs revenues et, surtout, la sécurité des kitesurfeurs.

Rassemblés sous l’Association des Kitesurfeurs Maurice, une dizaine d’instructeurs ont tenu une première réunion à La Gaulette, la semaine dernière, pour évoquer les divers problèmes et défis auxquels ils font face.

En somme, tous ont témoigné de leur désir d’opérer dans un environnement plus sécurisé et régi par certaines règles. Le but étant de permettre à l’ensemble des kitesurfeurs de profiter sereinement des vents, de la plage et du lagon.

« Ce sera plus présentable et plus sécurisé », estime Fernando Labonne, instructeur, qui a proposé que chaque école dispose d’une sorte de périmètre sur la plage pour tenir ses activités. Et que cet espace soit respecté par autrui. Ce qui permettrait aussi de mieux garder les équipements qui, ces derniers temps, ont tendance à disparaître.

Unité.

Au Morne, la pratique du kitesurf s’est popularisée notamment avec la venue des étrangers. Mais la discipline reste tout de même assez fermée aux Mauriciens

Le souci des instructeurs locaux de se rassembler provient notamment de leur désir de proposer un meilleur service. Pour cela, ils doivent se regrouper. Ensemble, leurs réclamations auprès des autorités régulatrices auront « plus de poids », espèrent-ils. « Si vous y allez seuls, ça ne servira à rien », relate Alan Ricaud en se basant sur sa propre expérience.

Cet instructeur déplore que « pena lalwa pou dir ki ou moniter kite ». Des certifications — comme celles dispensées par l’IKO (International Kitesurfing Organization) — existent pour attester qu’un individu est apte à exercer comme instructeur de kitesurf. Mais en ce qu’il s’agit d’opérer comme tel, c’est une autre paire de manches.

« Les écoles ont des permis de Kite Rental », indique Alan Ricaud. Avec ce document, ces écoles peuvent offrir des cours de kitesurf. Alors que ledit document permet en fait de louer des équipements de kitesurf. Les abus sont dès lors légions, nous apprend-on. Et quand les officiers du tourisme inspectent les écoles de kitesurf, « zot vinn zis ar bann lokal », affirment les instructeurs présents.

« Les officiers du tourisme ont voulu me prendre en contravention parce que je n’avais pas de permis », relate Alan Ricaud. « Je leur ai dit : “To anvi mo tir enn par enn dan delo pou gete kisann-la gagn drwa opere? »

Instructeurs marron.

Car une autre problématique rencontrée par les surfeurs locaux concerne la présence d’étrangers qui, avec un visa de touriste, « travaillent pour quelques mois à Maurice comme moniteurs ». Mais au noir. Ils nuisent par conséquent au business des locaux. Ces écoles « auraient pu employer des Mauriciens », or elles « privilégient les étrangers », constate Kevin.

A l’assaut de la mer et des vents, les kitesurfeurs prennent des risques, certes, mais dominent majestueusement les cieux

Un autre instructeur, Terry Lamarque, dénonce que certains de ces étrangers obtiennent des permis pour tenir d’autres activités, mais se tournent par la suite vers le kitesurf. « Zot work permit li pou dronn, zot pe vinn travay lor “kite” ».

Ces instructeurs étrangers travaillant au noir mettent en danger les kitesurfeurs. En octobre 2017, un touriste pratiquant le kitesurf est mort après avoir été trainé sur plusieurs mètres, la tête sous l’eau, par sa voile. Son moniteur, un étranger opérant au noir, avait quitté le pays le lendemain « sans être inquiété ».

Tension.

Les instructeurs locaux regrette également l’absence de maître sauveteur dans le Kite Lagoon. Ils souhaitent, de plus, que chacun respecte sa zone d’opération : « Inn donn twa permi kot lotel, kifer to vinn kot laplaz ? »

Aussi évoquent-ils une certaine tension avec les instructeurs étrangers qui « nous prennent de haut » et « sèment le trouble » parmi les locaux. Cette situation n’est pas nouvelle. Plusieurs fois par le passé, comme le témoignent des articles de presse, des locaux et des étrangers se sont regardés en chiens de faïence. Des altercations verbales ont même éclaté.

Chacun à son tour prend la parole pour discuter des carences observées dans le mode opératoire actuel

D’ailleurs, les instructeurs locaux savent pertinemment que leur regroupement de ce jour « ne plait pas à tout le monde ».

« Il y en a qui prétende être de plus grand moniteur que nous. Ils mènent les clients à ne plus avoir confiance en nous, en disant que nous n’avons pas assez d’expérience. Alors que c’est faux », s’insurge un instructeur, qui ajoute que son gagne-pain est ainsi directement affecté. D’autant que « les moniteurs étrangers gagnent plus que nous », disent les locaux.

A travers leur association, les instructeurs locaux veulent entamer une ligne de dialogues auprès des différents kitesurfeurs et écoles de la région. L’objectif : arriver à une meilleure entente et, au final, à une meilleure pratique du sport. En outre, l’envie d’ouvrir cette discipline à davantage de Mauriciens est évoquée.

Mais avant cela, comme le résume Samuel, « nou bizin met enn lord ant nou mem, lerla nou ka’v al andeor. Lerla nou pou ka’v al divan lotorite ».