L’Autogestion instillée de l’extérieur, ou d’en haut par une direction professionnelle syndicale, ou par l’interventionnisme d’un capitalisme monopoliste d’état démarre avec un handicap parce qu’elle n’est ni le produit d’une conscience politique ouvrière en action, ni la réalisation objective d’une praxis révolutionnaire. Dans le cadre d’une économie capitaliste c’est le rapport de forces entre le patronat et les ouvriers qui pousse, parfois, la direction professionnelle syndicale à brandir l’Autogestion comme une réaction, l’arme circonstancielle ultime pour pallier une crise industrielle, un dead-lock. Direction professionnelle syndicale est entendue comme une direction bureaucratique exécutive, copie conforme à la démocratie parlementaire bourgeoise, qui par le système de la délégation de pouvoir confisque la capacité d’action, d’initiative et de créativité des masses populaires. Cette Direction Professionnelle dont le seul objectif est de négocier les salaires et les conditions de travail devient l’interlocuteur exclusif du patronat et de l’état. Elle entraîne la démobilisation, la perte de la conscience politique et de classe des masses laborieuses.
Pour ce qui est d’IFRAMAC, parce que c’est ce qui nous intéresse ici et puisque finalement l’éphémère projet d’autogestion a capoté avant même  d’avoir existé, il ne reste plus que les questions qui auraient dû être posées en amont. L’idée de l’acquisition de l’entreprise par ses employés était suggérée de l’extérieur par un syndicaliste professionnel. L’Autogestion est-elle compatible avec la propriété privée ? Peut-on parler d’autogestion ? Ou faut-il dire association de propriétaires ? Ou compagnie privée d’employés-actionnaires ? Est-ce que l’actionnariat devait être à part égale pour l’ensemble des propriétaires, ou calculé sur l’ancienneté et l’échelle des salaires au moment de l’éclatement de la crise ? En contexte autogestionnaire certains cadres administratifs devenant surnuméraires, des licenciements ou des départs à la retraite étaient-ils envisagés ? Dans quelles conditions ? Les cadres de direction, exécutants de l’ancien patronat resteraient-ils dans l’entreprise, à quels postes et dans quelles conditions ? La stratégie industrielle et commerciale serait décidée par qui ? Une Assemblée Générale ? Les anciens cadres de direction ? Un Comité d’Entreprise de cadres, de techniciens et de travailleurs manuels ? Serait-il élu ? La gestion au quotidien serait-elle assumée par une équipe de cadres de direction ? Un Comité Mixte ? Un Directeur Général ? Avec quels pouvoirs ? Elu ? Nommé ? Par qui ? En rotation ? En renouvellement périodique ? Peut-il être destitué ? Un employé pourrait-il être licencié ? Dans quelles circonstances ? Les lois du travail en vigueur seraient-elles applicables ? Si un employé décède, ou est licencié, à qui reviennent ses parts/actions ? Est-ce que les parents, les enfants des employés-propriétaires sont héritiers de ces parts/actions ? La nouvelle entité serait-elle construite sur le modèle d’une compagnie privée réalisant des profits ? Quelle répartition des dividendes ? Comment se serait déterminé les salaires ? Sur le plus haut ou le plus bas au moment de la crise? Sur les barèmes établis par le PRB ? Le salaire est-il compatible avec l’autogestion ? Quels rapports avec les banques ? Avec les organismes de l’état ? Il y a encore une masse de questions ? C’est dire que de nombreuses contradictions nées de la crise et des anciennes structures de l’entreprise surgiraient à tout moment ? Quels mécanismes prévus pour gérer ces questions ? Quel rôle Ashok Subron se réservait-il pour lui-même si le projet avait abouti ? Super Conseiller ? Directeur Emeri tus ?
Mais au-delà de tout ça, le plus grave, c’est l’incapacité d’avoir une vision d’ensemble des systèmes économique et politique, nationaux et internationaux. C’est l’incapacité de comprendre les enjeux du libéralisme économique, de la stratégie guerrière qui fonde la compétition commerciale et industrielle, appelée pudiquement la concurrence, pour prendre des parts de marché. C’était dramatique et naïf de croire et de faire croire que Roshi Bhadain, ministre d’un gouvernement ancré dans la doctrine du libéralisme économique soutiendrait une initiative syndicale susceptible de créer une brèche dans l’édifice capitaliste. C’était stupide de croire et de faire croire aux employés d’IFRAMAC que le lobby des importateurs de voitures resterait les bras croisés, qu’ils ne tenteraient pas de récupérer les marques de prestige. C’était idiot de croire que des fleurons de l’industrie automobile mondiale offriraient à une entreprise d’employés-propriétaires (autogérée ?) la représentation de leurs produits. Cette pauvreté d’analyse encore figée dans une pseudo-théorie politique qui se résumerait au conflit Capital/Travail, ignorant tout des subtilités perverses du capitalisme, de sa capacité à réagir, à intégrer certaines contradictions pour mieux les asservir, de sa volonté inébranlable de reprendre tout ce qui a été arraché durant des décennies par les masses populaires à travers le monde. Pauvreté d’analyse qui a mené à l’impasse. La myopie politique conduit à des aberrations idéologiques, à des tactiques opportunistes et aventuristes et à une stratégie coupée des réalités sociales et historiques, au suicide de toute action politique vers une société socialiste et à la trahison des masses laborieuses.  
Ashok Subron, syndicaliste professionnel et chef d’un groupuscule politique marginal a commis là, un nouvel acte d’opportunisme politique. Il a une fois de plus utilisé le syndicalisme et un groupe d’employés pour son intérêt politique. Il a proposé une voie d’échec à des travailleurs dans une situation de désespérance. Il leur a fait croire à un mirage. Il a fait croire à des travailleurs qu’ils seraient des patrons. Il a utilisé une situation humaine dramatique pour tenter de faire la démonstration de sa capacité à diriger une lutte sociale. Il a échoué. Il est dans les faits dans une pratique de collaboration de classes. Dans ce cas précis l’Autogestion était du vent.
Cascadelle,
Ce 11 novembre 2015