Le ton est monté d’un cran hier entre un groupe d’artistes qui faisaient une ronde contre le piratage de leurs oeuvres et les marchands. La scène s’est déroulée à la gare du Nord devant une foule de gens. Mandée sur les lieux, la police a procédé à l’arrestation de quatre gros bras qui accompagnaient les artistes tandis que les artistes, eux, disent avoir été malmenés. Trois “bouncers” ont été arrêtés ainsi que Dr Boyzini et le producteur Michel Nany.
Ce dérapage, qui aurait pu avoir des conséquences graves, s’est passé vers 14h30 à la gare du Nord. Ayant eu vent que des CD contenant des chansons locales piratées étaient en vente dans ce lieu, un groupe d’artistes s’y est rendu. Selon l’un d’entre eux, la situation a dégénéré quand les marchands ont haussé le ton et ont fait appel à du renfort. Des coups ont été échangés et les policiers de Trou-Fanfaron sont intervenus. Toutefois, regrettent les artistes : « Au lieu de défendre nos droits, ils se sont mis à nous bousculer. Quelqu’un a tiré Dr Boyzini par le cou et il s’est blessé. » Un autre artiste qui se trouvait sur les lieux dit avoir filmé toute la scène.
Le producteur Michel Nany, qui était aussi sur place, avance que des artistes ont été emmenés au poste de police, où ils ont été brutalisés. « Au lieu d’arrêter ceux qui ont piraté nos chansons, les policiers ont arrêté les artistes. » Peu de temps après nous avoir parlé, Michel Nany devait lui aussi être arrêté. Joyce Veerasamy, qui a assisté à la scène, relate que les policiers lui ont passé les menottes et lui ont reproché d’avoir frappé un policier en civil. Cependant, d’après les services de police, son arrestation relève d’une déposition consignée par un marchand ambulant l’ayant identifié comme l’un des individus l’ayant « menacé et battu à coups de bâtons » plus tôt hier. Les artistes dénoncent également les propos sectaires tenus à leur égard.
Jean Alain Résidu, qui a aussi assisté à la scène, regrette que les artistes aient eu à descendre dans la rue pour faire respecter leurs droits alors que c’était le travail de la police. « Le comble, c’est que les policiers s’en sont pris aux artistes alors que les marchands, qui ont volé nos oeuvres, s’en sont sortis indemnes. »  Peu de temps après, alors que Jean Alain Résidu attendait que Dr Boyzini termine de consigner sa déposition, des individus s’en sont pris à lui et lui ont donné des coups de casques.
Les artistes se demandent comment ces marchands de CD piratés ont pu opérer au vu et au su de tous sans être inquiétés. « Depuis plusieurs semaines, ils vendent des coffrets comprenant trois CD avec des chansons locales. Où étaient les policiers à ce moment-là ? » se demandent-ils.
Au niveau de la police, on indique que trois hommes – Kenny Seenien (30 ans), Marvin Coret (27 ans) et Axel Emilien (26 ans) –, qui accompagnaient les artistes, ont aussi été arrêtés. Ces derniers, ainsi que le producteur Michel Nany, devaient être traduits en cour de Port-Louis aujourd’hui. Dr Boyzini, pour sa part, devait également être appréhendé durant la soirée. Un membre du public l’accuse de l’avoir menacé d’un « cutter » et d’un « taser » au moment où il achetait un CD piraté et de lui avoir dérobé une somme de Rs 19 000, qui se trouvait dans la poche de son pantalon, avant de prendre la fuite. Blessé durant ces échauffourées, Dr Boyzini, qui s’est rendu à l’hôpital du Nord pour y recevoir des soins durant la soirée, a été arrêté. Il y a été admis à l’hôpital, où il était surveillé par des sentinelles. Trois policiers affectés au poste de police de Trou-Fanfaron ont également été agressés et ont pu obtenir des soins à l’hôpital.
« Ces “bouncers” s’en sont pris à des personnes à la gare du Nord. Nous avons pu arrêter quatre d’entre eux avec l’aide de membres du public tandis qu’un cinquième nous a échappé. Ils avaient des “tasers” en leur possession »,  indique l’inspecteur Shiva Cooten du Police Press Office. Concernant les allégations de brutalités, il invite les artistes à porter plainte. « Nous ferons alors une enquête. »
Interrogé sur l’action de police contre le piratage, l’inspecteur Cooten rappelle qu’une unité spéciale travaille sur ce dossier. Il invite cependant les artistes à ne pas agir contre la loi. « Si les artistes voient que leurs chansons ont été piratées, ils doivent avertir la police au lieu de faire appel à des “bouncers”. Dans n’importe quelle situation, il faut “abide to the law”. »
Dans le milieu artistique cependant, on avance que bien souvent, les plaintes des artistes « ne sont pas prises en considération » par les policiers. D’autres fois, disent les principaux concernés, les policiers « mettent tellement de temps à venir sur les lieux que les marchands ont déjà eu le temps de se sauver ».