PRAMODE JADDOO: « Je ne suis pas un cheval de Troie »

À la rue Jacaranda, Pramode Jaddoo nous accueille à son domicile qui par coïncidence appartenait à Lall Jugnauth, ancien magistrat et ancien député de Pamplemousses/Triolet jusqu’à son décès en 1970, ce qui avait donné lieu à l’élection de Dev Virahsawmy contre toute attente à l’élection partielle. Âgé maintenant de 64 ans, cet éducateur spécialisé en économie réalise aujourd’hui un rêve, celui de faire de la politique active en se présentant comme candidat indépendant à l’élection partielle prévue à Quatre-Bornes. Songeant déjà à lancer son nouveau parti, le Parti Action Mauricienne, il dit « ne pas être cheval de Troie » à cette élection. « Je suis mon propre cheval et mon propre jockey », lance-t-il.

Qu’est-ce qui vous a motivé à présenter votre candidature comme indépendant à l’élection partielle annoncée ?
J’ai toujours été intéressé à la politique. Je suivais la politique activement, mais discrètement car j’étais fonctionnaire. J’étais dans les collèges d’État et au MIE. On n’a pas le droit de faire de la politique. J’ai côtoyé beaucoup de grands politiciens de qui j’ai beaucoup appris. La politique est restée dans mon sang. Puis, ce n’est pas facile de faire de la politique en travaillant. Maintenant, puisque je suis à la retraite depuis avril, avec l’accord de ma famille, j’ai pris la décision de me lancer. J’ai connu le PTr, le PMSD ainsi que le MMM et le MSM. Je trouve que ces partis sont dépassés. Avec le temps, le public réclame un nouveau parti, de nouvelles idées, de même que des personnes qui sont proches de lui et qui ont les mains propres afin de travailler sincèrement. Je veux faire la politique autrement. J’ai toujours été motivé par le travail social, et ce durant des années. Pour moi, la politique, c’est le travail social. Ce n’est pas la politicaille. Il ne s’agit pas de venir embêter les gens avec des promesses et des programmes fabriqués au dernier moment. La politique doit venir du cœur. D’ailleurs, c’est pour cela que j’ai décidé de me présenter en indépendant. Je veux faire comprendre au public que j’ai une mission que je veux accomplir. La victoire ou la défaite ne me changera en rien. Je compte ouvrir un bureau permanent à Quatre-Bornes pour maintenir le contact avec le public et recevoir ses doléances tout en essayant, à ma façon, de lui apporter un soulagement.

La politique consiste donc, pour vous, à se mettre au service du public ?
Oui. C’est le service au public, à l’électorat. C’est un engagement. Je peux le faire maintenant car mes enfants sont mariés et mes petits-enfants grandissent. J’ai du temps. Je suis en mesure de me consacrer entièrement à mes activités politiques et sociales.

Ces mêmes activités auraient pu être faites au sein d’une organisation sociale et philanthropique. Alors pourquoi vous lancez-vous dans la politique ?
La politique vous octroie le pouvoir nécessaire pour changer les choses. Notre vie de tous les jours est influencée par elle, ainsi que notre mode de vie. Je considère qu’à travers la politique, on peut apporter le changement que l’on souhaite et dans lequel on croit. Je suis seul pour le moment, mais une équipe se joindra bientôt à moi pour m’aider à accomplir le travail que nous souhaitons faire.

De quelle équipe parlez-vous ?
J’ai beaucoup de fidèles qui m’ont déjà exprimé leur solidarité, mais on attend l’annonce de la date des élections pour officiellement nous lancer dans la bataille. J’ai déjà préparé un programme et j’ai commencé à faire du porte-à-porte avec des volontaires, dont certains sont d’anciens élèves. C’est un travail de proximité avec le public. Je ne crois pas en Facebook ou Internet, etc.

Pourquoi ne pas avoir intégré un parti politique ?
Les partis politiques traditionnels ne m’ont jamais intéressé. J’ai connu des personnalités, comme sir Satcam Boolell ou Mamood Tally. J’ai aussi connu Gaëtan Duval et Paul Bérenger de même que sir Anerood Jugnauth. Mais ces partis sont maintenant dépassés. Le public réclame de nouvelles têtes.

La question aujourd’hui est de savoir pourquoi vous présentez votre candidature en même temps que votre nièce Nita, qui se présente comme la candidate du MMM ?
C’est une coïncidence. J’avais tout planifié pour ce qui me concerne. Je savais qu’elle se présenterait comme candidate du MMM. Cependant, pour moi, cela n’est pas une tragédie. Elle est dans un autre parti. J’ai mes idées et elle, les siennes. Elle a grandi et veut faire de la politique comme son père Ramduth pour qui j’ai le plus grand respect. Ashok Jugnauth a bien été candidat contre son neveu Pravind. Les trois frères Roopun appartiennent à trois partis politiques différents et s’entendent très bien. Il n’y a donc aucun mal pour moi à me présenter. Qu’elle fonce si elle veut. On verra comment se passe le scrutin. Mais je souhaite qu’elle ne s’arrête pas avec une défaite car moi je compte continuer quel que soit le résultat. Mes fans me disent qu’il faut aller de l’avant. Nita est une battante et a tous ses droits, comme moi.

En politique, il n’y a pas de pitié et voilà qu’on vous accuse d’être le cheval de Troie d’une autre force politique ?
Je ne suis le cheval de personne. Je suis mon propre cheval et mon propre jockey. Mon ambition est de travailler pour le peuple. J’ai toujours été défenseur des droits des consommateurs. J’ai participé aux actions syndicales ainsi qu’à beaucoup d’ateliers de travail où j’ai défendu le droit des “ti dimounn”. J’avais lancé l’idée de Social Corporate Responsibility et avais reçu une médaille d’or pour cela en Malaisie. Par la suite Rama Sithanen l’a introduit dans son budget car, à travers le CRS, on peut réduire l’écart entre les riches et les pauvres grâce à la contribution des firmes privées. Par ailleurs, Quatre-Bornes a été négligée pendant des années. Les politiciens sont arrivés et sont repartis discrètement sans rien accomplir. Or, la ville connaît un problème d’embouteillage, de parkings et de chemins qui ne sont pas asphaltés. Il y a également le problème de logement dont les prix sont extrêmement élevés et hors de la portée des plus démunis. De plus, le chômage persiste, sans oublier ses conséquences sociales comme la drogue et les vols, entre autres.

Les partis politiques en présence donnent une dimension nationale à cette élection partielle. Est-ce votre cas ?
Je ne crois pas. J’ai entendu certains dire que c’est un “non event”. Ce n’est pas joli de dire cela. Je crois que cette élection partielle est l’occasion en or de dire non à la drogue, non à la corruption, non aux partis politiques qui viendront avec des candidats loups-garous et qui disparaîtront après leur élection. Nous avons besoin de quelqu’un qui connaît les problèmes des Quatre-Bornais et qui souhaite les résoudre. Cela servira d’exemple au niveau national. Les autres circonscriptions prendront cela comme leçon.

Roshi Bhadain a démissionné pour réclamer un référendum contre le métro express. Est-ce que ce projet vous interpelle ?
Je voudrais vous annoncer que mon frère Ramduth avait proposé l’introduction du métro léger, il y a des années de cela. À l’époque, cela coûtait Rs 2,7 milliards. Malheureusement ce dossier est resté dans un tiroir. Son projet était différent que le métro express qu’on nous propose actuellement. Ce métro express qui passera par Quatre-Bornes créera beaucoup de problèmes sur la route qui est déjà affectée par la circulation. Je suis d’accord avec le principe du métro léger, mais suis contre le projet dans sa forme actuelle qui coûtera plus de Rs 25 milliards aujourd’hui.

On dit aussi que l’élection partielle est un tremplin pour les élections générales ?
Je suis vraiment désolé que l’Alliance Lepep n’ait pas présenté de candidat jusqu’ici. Ils ont pris le gouvernement avec une large majorité. Je pense qu’ils ont peur en raison de la quantité de scandales qui ont éclaté. Il y a des divisions entre eux. Je crois qu’ils ont peur de ce scrutin. S’ils pensent qu’ils ont fait du bon travail, qu’ils viennent avec leur candidat. Quant à moi, je ne suis pas le candidat déguisé de cette alliance puisque je ne suis pas d’accord avec leur politique générale. Je suis révolté par le nombre de promesses qui n’ont pas été tenues. Moi, je veux lancer un nouveau parti avec le peuple au niveau régional avec pour vocation de devenir un parti national avec de nouvelles idées.

Pouvez-vous donner une indication sur ce nouveau parti ?
Ce sera le Parti Action Mauricienne qui aura pour couleurs le blanc, pour la pureté, et le marron, pour la fermeté. Le symbole sera une cloche qui symbolise la religion et l’école.

En vue de l’élection partielle, l’accent est mis sur la jeunesse. Qu’en pensez-vous ?
Il faudra également des gens qui ont de l’expérience. Mon nouveau groupe comprendra des professionnels qui ont une carrière professionnelle propre et qui ont de l’expérience. Si jeunesse savait. Si vieillesse pouvait. Pourquoi ne pas faire une synthèse des deux. Quand j’aurai fait mon temps, je laisserai la formation aux jeunes.

Vous avez été un éducateur depuis longtemps ?
J’ai eu 45 ans d’expérience avant de prendre ma retraite à 64 ans. J’ai eu des élèves qui sont aujourd’hui très actifs dans tous les partis politiques ou dans le syndicalisme. Le professorat permet d’aider les gens en difficulté. Je n’ai jamais regardé la communauté ou la caste de quelqu’un. Je l’ai toujours regardé comme un humain. On a trop fait de communalisme et de castéiste dans la politique mauricienne. Je ne suis pas d’accord. En tant que professeur d’économie, je suis fier d’avoir aidé plusieurs élèves à devenir des lauréats.

Vous n’avez jamais souhaité exercer votre connaissance en économie dans le secteur privé ?
J’ai eu beaucoup de propositions, mais je n’ai jamais voulu m’enfermer dans un bureau pour devenir un bureaucrate ou un technocrate. J’aime le contact avec l’humain. Cette élection sera l’occasion pour moi d’évoquer des problèmes de société tant sur le plan régional que national. Je suis en faveur de l’introduction d’une carte d’identité nationale pour les élections, pour le vote électronique. Les nominés politiques doivent produire un certificat de moralité. Il faudra cesser avec la politique des petits copains et favoriser la méritocratie. On peut mettre de l’ordre.
Aux Quatre-Bornais, je demande de bien réfléchir. Ils ont en main leur destin et ce sera l’occasion de devenir un exemple pour les électeurs mauriciens en général. En tant qu’électorat éclairé et intelligent, il faut éviter de tomber dans les pièges des politiciens qui viendront avant de disparaître.