L’éventualité de placer la Cargo Handling Corporation sous administration externe a débouché sur une bataille rangée entre les deux clans syndicaux du secteur portuaire en cette fin de semaine. La Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA) revendique la paternité de confier ce corps parapublic à un « external administrator » à l’issue de leur campagne menée et accueille favorablement cette décision. De son côté, la Port Louis Harbour and Docks Workers Union (PLHDWU) se dresse catégoriquement contre la nomination d’un éventuel administrateur pour une période de six mois.
Au cours d’une rencontre avec la presse hier, l’état major de la PLHDWU a fait part de ses réserves concernant le projet de placer la Cargo Handling Corporation (CHC) sous administration externe. Le syndicat a haussé le ton en expliquant que la situation est « insoutenable » dans le secteur portuaire et a une fois de plus fait part de son refus d’adhérer à décision. « Nous disons carrément non à la nomination d’un administrateur pour diriger la CHC. Nous accusons certains seniors ministers et des advisors du Prime Minister’s Officer qui ont tout fait pour qu’Archimède Lecordier et Jacques Faustin, deux professionnels de haut calibre avec plusieurs dizaines d’années d’expérience, quittent le port », soutient la PLHDWU.
Selon le syndicat, Jacques Faustin leur a fait part que le port est devenu « ingérable ». « À peine donne li actingship, zot bombarde li tous les jours are banne lappel ki pire ki ingérence politique », a fait comprendre la PLHDWU. Selon Ram Valaydon, depuis l’année dernière, le syndicat avait alerté le Premier ministre sur les cas d’ingérence politique à la CHC. Lors du point de presse hier, l’état major a d’ailleurs lancé un nouveau appel à Navin Ramgoolam pour une éventuelle intervention et appelle Archimède Lecordier et Jacques Faustin pour connaître les réelles raisons de leur départ. « Nou kone ki Premier ministre pas pou daccord avec sa kalite dominere ki fin fer avec Lecordier ek Faustin… Li pas trop tard parseki le deux pas encore prend zot pension. » L’état major a mis en garde la SIC contre toute tentative de faire venir un partenaire stratégique dans le secteur portuaire.
De son côté, la PLMEA estime que c’est dans le sillage du dévoilement des cas de « malpractices » que plusieurs personnes de la direction ont préféré faire valoir leur plan à la retraite. « Face à ce management crisis, conjugué à des suspensions du Human Resource Manager, nous avons officiellement écrit au Premier ministre le 12 janvier 2012 pour nommer un nouveau management afin de réorganiser la CHC et éliminer les cas de malpractice. Nous avons fait part au Premier ministre que nous sommes contre une tentative de privatiser le port. Nous avons constaté qu’il était urgent de nommer un nouveau management pour justement empêcher la privatisation d’un secteur aussi stratégique que le port », souligne la PLMEA.
Selon l’association, c’est à l’issue de leur demande que les actionnaires d’État, la Marine Authority et la SIC ont pris la décision de nommer un nouveau management pour une période de six mois, soit la durée où l’acting manager Faustin sera en congé préretraite. La PLMEA explique qu’elle soutiendra les décisions en vue de réorganiser le port et éliminer les malpractices. « La PLMEA s’oppose cependant à toute tentative depuis des vested interest, comme la Banque mondiale et des capitalistes locaux et internationaux. »
Le syndicat se dit ainsi en faveur de la nomination d’un administrateur externe provisoire pour redresser la barre à la CHC.