La Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, a présenté son rapport sur l’utilisation du Kreol Morisien (KM) à l’Assemblée nationale. Certains obstacles doivent encore être aplanis. Un comité se penche sur ces recommandations et soumettra son rapport dans un délai de trois mois. Les amendements pour l’introduction du KM comme langue parlementaire seront ensuite enclenchés. C’est ce qu’a répondu, hier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à une interpellation de la nouvelle députée de l’opposition, Joanna Bérenger.
Le Premier ministre a indiqué qu’initialement, il n’était pas lui-même convaincu de l’utilisation du KM à l’Assemblée nationale, mais que feu Dev Virahsawmy lui avait expliqué pourquoi c’était important et l’avait convaincu. Navin Ramgoolam expliquait ainsi à Joanna Bérenger sa détermination à concrétiser le projet d’introduire le KM comme langue parlementaire.
Répondant à cette interpellation parlementaire, il a fait ressortir que l’article 49 de la Constitution prévoit l’utilisation de l’anglais comme langue officielle à l’Assemblée nationale, mais que le français pouvait aussi être utilisé. L’article 5 des Standing Orders and Rules of the National Assembly mentionne que les débats doivent se tenir en anglais, mais que le français était aussi autorisé.
Cependant, à plusieurs reprises, il y a eu des Parliamentary Questions axées sur l’introduction du KM comme langue parlementaire. Le Premier ministre a précisé qu’à l’occasion de la Journée mondiale de la langue maternelle, cette année, la Speaker de l’Assemblée nationale a annoncé qu’elle tiendrait des réunions consultatives à ce sujet. « Suite à ces réunions, j’ai accusé réception d’un rapport, le 12 mars 2026. Je présenterai bientôt une motion à l’Assemblée nationale pour la mise sur pied d’un Select Committee, qui soumettra un rapport dans un délai de trois mois », fait-il ressortir.
Les Terms of Reference de ce comité, a précisé le Premier ministre, seront axées sur les actions à entreprendre, mentionnées dans le rapport de la Speaker, pour l’introduction du KM à l’Assemblée. Soit, des consultations entre l’Assemblée nationale et le bureau de l’Attorney General pour l’élaboration des dispositions suivantes : Introduction à l’Assemblée nationale d’une proposition d’amendement de l’article 49 de la Constitution, en vue de l’introduction du KM à l’Assemblée nationale et une motion, nécessitant préavis, pour la modification des Standing Orders and Rules de l’Assemblée nationale (1995), accompagnée d’un projet d’amendement.
Celle-ci sera renvoyée au Standing Orders Committee, qui soumettra, après délibérations, un rapport à ce sujet. Par la suite, une motion sera présentée, débattue, et approuvée. Le Standing Order 5 sera alors modifié en conséquence. Conformément au Standing Order 77, il y aura la prescription par la Speaker, des règles intérimaires régissant l’usage du KM à l’Assemblée nationale durant la phase pilote.
Cela inclut : le champ d’application et les limites de l’usage du KM dans les travaux de l’Assemblée nationale et de ses comités ; les règles relatives à la décence linguistique ; et l’usage de la langue anglaise comme langue à des fins administratives, judiciaires et constitutionnelles.
Joanna Bérenger : À la lumière de cette réponse, le gouvernement soutient-il toujours, sur le principe, l’utilisation de notre langue nationale comme moyen d’expression à l’Assemblée nationale ?
PM : Oui, définitivement. Je dois dire en toute honnêteté qu’initialement, je n’étais pas en faveur de l’utilisation du KM à l’Assemblée. Mais feu Dev Virahsawmy m’a convaincu, m’expliquant pourquoi c’était nécessaire. Puis, j’ai parlé au Dr Arnaud Carpooran. J’avais lancé son dictionnaire de kreol morisien, en septembre 2011. Le MIE a également un département dédié au KM pour travailler sur la pédagogie et le curriculum. L’orthographe officielle du KM a été reconnue en 2011. En 2012, le KM a été introduit à l’école comme une matière optionnelle. Puis, il a fait son chemin au secondaire et il y a eu les premiers examens de KM au niveau du School Certificate. En février de cette année, il y a eu la publication d’une anthologie de poésie en KM. Cela démontre que nous sommes déterminés et que nous irons de l’avant avec le projet de KM à l’Assemblée. C’est pour cela que j’ai mis un délai de trois mois pour que nous puissions travailler dessus.
Joanna Bérenger : Le Premier ministre peut-il déposer sur la table de l’Assemblée nationale le rapport soumis par la Speaker ?
PM : Je vais d’abord le présenter au Cabinet. Je pense que pour le moment, seul l’ancien Deputy Prime Minister est en possession d’une copie. Nous devons la circuler aux autres et ensuite, nous la déposerons à l’Assemblée nationale.
Joanna Bérenger : Le PM a mentionné certains obstacles, mais cela reste très général. Il a aussi fait mention de procédures légales. Peut-il préciser, spécifiquement, quelles conditions doivent encore être réunies avant que la réforme soit enclenchée et que les amendements aux Standing Orders puissent être présentés ?
PM : Ce ne sont pas des obstacles insurmontables qui auront pour effet de retarder le projet. C’est pour cela que je prévois un délai de trois mois. Dans le rapport, la Speaker a mentionné des procédures légales et des conditions techniques et institutionnelles, qui seront nécessaires. Je ne pense pas que ce sont des choses qui prendront beaucoup de temps à régler.
Joanna Bérenger : Nous avons eu le calendrier de trois mois pour que le Select Committee présente son rapport au conseil des ministres. Peut-on savoir, dans la réalité, concrètement, quand les amendements pourront être présentés à l’Assemblée nationale ?
PM : Je pense que ce sera juste après la présentation du prochain budget. Il n’y aura pas d’autres délais. C’est pour cela que j’ai dit trois mois. Dans son rapport, la Speaker avait indiqué qu’elle nous donnait jusqu’à six mois, mais j’ai réduit cela à trois mois.
Speaker : Je ne ferai aucun commentaire.

