Le ministre de l’Intégration sociale, Ashok Subron, tire la sonnette d’alarme sur l’accès au logement, qualifié comme « l’un des plus gros problèmes sociaux auxquels font face de nombreux Mauriciens aujourd’hui ». Il indique ainsi que près de 56 000 personnes attendent toujours des unités de logement de la National Housing Development Company (NHDC), tandis que 60 % des demandeurs inscrits auprès de la National Empowerment Foundation (NEF) ne possèdent même pas de terrain sur lequel l’État pourrait les aider à ériger un toit. Ashok Subron avance que la situation est devenue critique, au point où « il est quasiment impossible actuellement pour un jeune professionnel de faire l’acquisition d’un terrain et de construire une maison ». Il pointe directement du doigt le développement accéléré des villas de luxe destinées aux étrangers fortunés et aux multimillionnaires, qu’il accuse de faire exploser les prix dans le secteur de l’immobilier dans plusieurs régions de l’île. « Les promoteurs de ces villas ne paient aucune taxe pour être raccordés à l’eau et à l’électricité, alors que la NEF doit payer ces taxes pour la construction de maisons destinées aux plus vulnérables », déplore-t-il.
S’exprimant hier lors d’une cérémonie de remise de clés à 20 bénéficiaires de maisons construites sous l’égide de la NEF, Ashok Subron n’a pas mâché ses mots. « Nou pa dakor avek bann inzistis ek inegalite », a-t-il lancé, dénonçant un système qu’il juge profondément inéquitable.
Le ministre affirme également avoir discuté de cette problématique avec le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed. Il révèle avoir proposé au ministère des Finances l’instauration de nouvelles taxes ciblant les villas de luxe. « Bann seki ris bizin pey tax pou ki bann dimounn mizer gagn lakaz », propose-t-il. Dans la perspective du prochain budget, le ministre de la Sécurité sociale souhaite aussi revoir les critères d’éligibilité de la NEF afin d’élargir l’accès aux aides sociales. Il propose notamment de fixer le seuil de pauvreté à Rs 6 000 par personne, contre environ la moitié actuellement, et de porter à Rs 17 500 le plafond de revenu familial permettant de bénéficier des facilités offertes par la fondation. Il s’est aussi réjoui que le Constitutional Review Bill prévoie de faire de l’accès au logement un droit constitutionnel.
Même son de cloche du côté du Junior Minister Kugan Parapen, qui évoque lui aussi « la crise du logement, qui touche toutes les couches de la société ». Selon lui, le marché immobilier mauricien est désormais totalement déconnecté des revenus de la population. « En temps normal, le prix d’un logement décent ne devrait pas dépasser sept à huit fois le revenu moyen, soit entre Rs 3,5 millions et Rs 4 millions. Or, la plupart des maisons valent coûtent plus… Il y a même une villa à Maurice qui a été vendue pour Rs 600 millions il y a quelques semaines », s’indigne-t-il. Kugan Parapen remet également en question les retombées économiques promises par les projets de luxe destinés aux étrangers. « Zot plito fer mont pri. Tou promoter pe galoup deryer milyarder ek zot pa interese pou konstrir bann lakaz pou bann ki pli ba lor lesel sosyal », affirme-t-il. Par ailleurs, Hootesh Ramburn, chairman de la NEF, indique que l’organisme a construit 380 maisons depuis 2016. En parallèle, la fondation achète des unités de la NHDC et poursuit ses programmes de rénovation de logements existants ainsi que la construction de maisons sur des terrains appartenant déjà aux bénéficiaires.
Après des années d’attente, enfin un toit
Pour les 20 bénéficiaires ayant reçu les clés de leurs maisons hier, l’émotion était palpable. Certains ont attendu des années, parfois près d’une décennie, avant de voir enfin leur rêve devenir réalité.
À Grand-Baie, le couple Christian Colomes pourra enfin quitter la précarité après avoir longtemps vécu chez des proches à Solitude, Triolet. « Nous sommes heureux d’avoir pu obtenir les clés de notre maison après de nombreuses démarches », confie Christian Colomes, confirmant que « nous avons dû faire preuve de beaucoup de patience ».
Maçon, père de trois enfants et principal soutien de famille, il explique qu’il lui aurait été impossible de concrétiser ce projet sans l’aide de la NEF. « Tout est cher, même les matériaux de construction. Ce n’est pas facile, en tant que maçon, époux et père d’économiser une somme aussi importante pour construire une maison », concède-t-il.
Même soulagement du côté de Noémie Nombreuse et de sa mère, Kristel Sylva, qui disposeront enfin de leur propre maison à Pamplemousses. « Vingt ans après avoir dormi dans la même chambre que ma maman, je vais enfin pouvoir avoir une chambre pour moi. D’autant plus que je suis une jeune adulte », raconte Noémie, émue après avoir découvert les photos de sa nouvelle maison.
Pour sa mère, cette remise de clés marque l’aboutissement d’un long combat. « C’est un grand jour pour moi. Je remercie la NEF de m’avoir aidée », dit Kristel Sylva. Et de faire ressortir que la première chose qu’elle fera en entrant dans sa nouvelle demeure sera de « faire une prière spéciale en famille pour remercier le Seigneur de cette grâce ».

