« Bientôt une seconde vie pour l’ex-cimetière tamoul » titrait Week-End dans son édition du 8 mars dernier, après le site visit effectué par le président de la Hindu Maha Jana Sangham, Manoven Sadayen et le ministre des Sports, Deven Nagalingum qui a soutenu qu’« un projet de réhabilitation verra le jour bientôt. » Grâce à quelques témoignages et aux informations puisées des livres d’histoire, on avait pu remonter aux origines de cet ode au patrimoine ayant façonné l’identité multiculturelle mauricienne. Il ne nous manquait plus que le témoignage d’un membre de la famille Sinatambou, étroitement associée au site qui était connue, jadis, comme « le cimetière Sinatambou. » C’est chose faite depuis mercredi : Georges-Noël Sinatambou, fils du notaire Georges Sinatambou décédé en 2005, nous a donné sa version des faits, en apportant des contradictions avec le récit d’autres interlocuteurs. « Il fallait remettre les pendules à l’heure », dit-il.
Si d’aucuns soulignent que la genèse dudit cimetière remonte à 1772, après l’octroi à la communauté tamoule, par les autorités françaises, d’un grand lopin de terre aux Salines en 1772 pour enterrer leurs morts, Georges-Noël Sinatambou soutient que les documents dont l’État dispose sont insuffisants pour affirmer ou infirmer l’existence d’une nécropole avant 1800. « On dit qu’Arnassalon Sinatambou et son frère Vungsata, deux de nos aïeux, qui étaient là avant 1750, sont enterrés au cimetière tamoul. Personne ne peut certifier que c’est le cas, car on était à l’époque une famille de commerçants qui faisait constamment le va-et-vient entre l’Inde, Maurice, Hong-Kong et la Birmanie, connue de nos jours comme la République de l’Union du Myanmar. Donc, ils ont pu mourir dans un de ces pays. »
Une chose est sure, ajoute notre interlocuteur : « Le cimetière existait bien au 19e siècle, en atteste l’inscription signalétique 1843 visible sur l’une des pierres taillées entourant le site. La mère de mon arrière-grand-père, le Dr Bangard Sinatambou, décédée en 1864, a été enterrée là-bas, alors que le dernier enterrement aurait eu lieu au début de l’an 1900 ». Georges-Noël Sinatambou souligne que « le Dr Bangard Sinatambou était un tamoul. Inscrit comme médecin en Écosse vers 1889, il s’était converti à l’anglicanisme après avoir épousé une Écossaise. Il est revenu à Maurice au début des années 1900 ».
« Un tissu de mensonges »
En mars dernier, répondant à une demande du président de la Hindu Maha Jana Sangham Manoven Sadayen, le ministre des Sports Deven Nagalingum et Maurice Allet, président de la Mauritius Ports Authority (MPA), avaient effectué une visite sur le site. Le ministre avait donné l’assurance que le gouvernement redonnera à ce site historique ses lettres de noblesse, mais il y avait néanmoins quelques détails à régler concernant la propriété du terrain. « On a compris qu’il n’appartenait ni à la mairie ni à la MPA. Du coup, j’entends très vite me rapprocher du ministère des Terres et du Logement pour décanter la situation », nous avaient confié Deven Nagalingum. S’il confirme que la nécropole de Les Salines n’appartient ni à la mairie, ni à la MPA, Georges-Noël Sinatambou apporte un nouvel élément au dossier : le site n’est pas, non plus, un Crown Land, ayant le statut de terrain en toute propriété. « En d’autres mots, c’est un terrain qui précède l’arrivée des Anglais à Maurice. Quand ils ont pris le contrôle du pays en 1810, tous les terrains qui n’étaient pas occupés par les Français devaient revenir à la couronne britannique. D’où le terme Crown Land. Étant donné que de nombreux terrains, à l’instar du cimetière Les Salines, étaient là bien avant 1810, ils avaient des titres qui sont hélas tellement vieux que personne n’a pu les retrouver, même mon père qui était pourtant un notaire. »
De son vivant, le notaire Georges Sinatambou s’est occupé de l’entretien du cimetière tamoul. Après sa mort, en 2005, le lieu serait tombé dans un état d’abandon complet. « Un tissu de mensonges », martèle son fils, qui ajoute : « Avant la proclamation de l’Independance en 1968 jusqu’à sa mort en 2005, mon père s’assurait que le cimetière soit nettoyé de fond en comble, deux fois par an, soit quelques jours avant le 14 avril – date du Nouvel An tamoul, mais aussi celle de son anniversaire – et avant les fêtes de la Toussaint et des morts, début novembre. J’étais là pour l’épauler, tout en prenant le relais après 2005 pour faire en sorte de perpétuer cette tradition. Puis, il y a eu le Covid-19 et ma maladie qui ont joué les trouble-fête. J’étais cloîtré à la maison et durant un certain temps, le site n’a pas été nettoyé, mais il faut remettre les choses dans leur contexte ».
What next ? Georges-Noël Sinatambou soutient qu’ « il faudra qu’il y ait un contrôle pour l’accès au site. Il ne s’agit pas de s’arroger sa gestion, mais de faire en sorte que les choses se fassent dans les règles. »
Opposition farouche à la destruction du Sri Siva Subramanya Kovil (1880)
Deven Nagalingum : « Navin Ramgoolam saura trouver une solution »
À Piton, la mobilisation s’intensifie pour préserver un lieu de culte chargé d’histoire. Le Sri Siva Subramanya Kovil, temple emblématique fondé aux alentours de 1880 à Beau Séjour, est aujourd’hui menacé de démolition, suscitant une vive inquiétude au sein de la communauté. La raison : ledit temple ayant été construit sur un terrain privé, son propriétaire s’est manifesté pour réclamer que son bien lui soit restitué. Lors des célébrations du Nouvel An tamoul (Varusha Pirappu) organisées, mardi, au Mahatma Gandhi Institute (MGI), le ministre de la Jeunesse et des sports Deven Nagalingum s’est dit convaincu que le Premier ministre Navin Ramgoolam saura trouver une solution pour que les prières se poursuivent au sein de ce lieu de culte. Deven Nagalingum a également rappelé l’importance historique du kovil, vieux de plus de 150 ans. Évoquant l’attachement des dévots à ce site, il a comparé sa démolition à « tir ou mama dan ou leker ».
Une marche pacifique s’est tenue le 12 avril à Piton pour s’opposer à la démolition de ce patrimoine inestimable. La Mauritius Tamil Temples Federation (MTTF) et plusieurs membres du gouvernement ont répondu par l’affirmative à cet appel citoyen. Parmi les personnalités présentes, figuraient le Junior Minister Rajen Narsinghen, les ministres Deven Nagalingum et Kaviraj Sukon, ainsi que le député Sandeep Prayag. Le premier nommé a insisté sur l’importance de privilégier le dialogue et des discussions « civilisées », afin de parvenir à un consensus. Il a également évoqué la possibilité de faire appel à une expertise étrangère pour le développement et la préservation du lieu de culte. En parallèle, des discussions sont engagées pour tenter de mettre fin à la bataille judiciaire. Prenant la parole, l’avocat Rama Valayden, qui était également présent lors de la marche pacifique, a rappelé que l’affaire sera appelée devant la justice le 4 mai prochain. Il a lancé un appel pour préserver ce patrimoine historique.

