La suppléance d’Arianne Navarre-Marie au poste de Premier ministre, en l’absence de Navin Ramgoolam, s’est déroulée sans anicroche. Le Premier ministre a participé cette semaine au sommet Forward Africa, nouvelle version du sommet France-Afrique, où il a proposé la création d’une coalition des pays océaniques lors d’une table ronde consacrée à l’économie bleue, qu’il a coprésidée en présence du président Emmanuel Macron.
Toutefois, force est de reconnaître que la visite de Donald Trump en Chine restera sans doute comme un moment marquant dans l’évolution des relations entre les deux premières puissances mondiales. Après plusieurs années dominées par les tensions commerciales, les sanctions, les accusations mutuelles et les rivalités stratégiques, le ton employé cette semaine à Pékin tranche nettement avec les discours de confrontation auxquels le monde s’était habitué.
Accueilli avec tous les honneurs par le président Xi Jinping, Donald Trump, accompagné de 17 des plus grands patrons américains, n’a pas caché son admiration pour la Chine et son dirigeant. Les compliments du président américain à l’égard de la Chine ont été nombreux et parfois spectaculaires : « Grand peuple de Chine », « période extraordinaire », « la rencontre avec Xi a été un grand succès », a-t-il déclaré.
Le banquet officiel, au cours duquel il a inscrit sa visite dans une démarche historique, la visite des jardins de Zhongnanhai et la chaleur affichée entre les deux puissants dirigeants ont donné l’image d’une volonté commune d’apaisement. L’annonce d’une visite officielle de Xi Jinping aux États-Unis le 14 septembre prochain vient d’ailleurs renforcer cette impression de rapprochement diplomatique.
Pour contextualiser ce changement, le professeur Graham Allison, de l’Université Harvard, souligne que les deux dirigeants semblent déterminés à ne pas se laisser piéger par l’histoire, cherchant plutôt une « nouvelle forme de relations entre grandes puissances » basée sur une « nouvelle stabilité stratégique constructive ».
Certes, peu d’accords concrets ont, pour l’instant, été officiellement confirmés. Mais plusieurs sujets majeurs ont été abordés : le commerce, l’intelligence artificielle, l’Iran, la sécurité énergétique, le détroit d’Ormuz et surtout la question sensible de Taïwan. Sur ce dernier point, les deux parties semblent vouloir préserver le statu quo afin d’éviter une escalade régionale.
La BBC résume d’ailleurs cette visite comme un sommet « riche en symboles mais encore limité en décisions concrètes ». Néanmoins, le simple fait que ces discussions aient eu lieu constitue déjà un événement majeur. Le professeur Victor Gao, vice-président du Center for China and Globalization, insiste sur la nécessité de cette évolution, affirmant que, pour réussir à long terme, les États-Unis doivent « traiter la Chine comme une égale » et « cultiver » la relation par une meilleure compréhension de sa culture.
Cette évolution géopolitique mérite d’être observée avec attention, notamment dans le contexte des débats entourant l’archipel des Chagos et les discussions entre Maurice et le Royaume-Uni. Les parlementaires de la droite britannique ainsi que plusieurs élus américains ont cherché à diaboliser la Chine et à la présenter comme une menace directe dans l’océan Indien afin de dramatiser la question des Chagos.
Or, la visite de Donald Trump à Pékin vient sérieusement relativiser cette rhétorique alarmiste. Le président chinois Xi Jinping lui-même parle désormais de partenariat et non plus de rivalité, de coopération et de respect mutuel avec les États-Unis, sans aucune protestation de la part de ses interlocuteurs américains.
Deux autres développements méritent notre attention sur le plan international : les difficultés auxquelles est confronté le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui fait partie de ceux qui maîtrisent le mieux le dossier des Chagos sur le plan légal. On ne sait pas encore si ces difficultés affaiblissent ou renforcent la position mauricienne à ce stade.
D’autre part, pendant que Trump rencontrait Xi Jinping à Pékin, les BRICS se réunissaient à New Delhi. L’absence de la Chine à cette rencontre, en raison du sommet avec les États-Unis, souligne l’importance accordée par Pékin à la relation sino-américaine malgré les tensions persistantes. Les BRICS se présentent comme l’une des principales forces économiques et commerciales du monde.
Tout cela confirme une nouvelle réalité : les grandes puissances privilégient aujourd’hui le pragmatisme aux affrontements idéologiques permanents. Même rivaux, les États-Unis, la Chine, l’Inde ou la Russie savent qu’ils restent profondément interdépendants.
Dans ce contexte mondial en pleine recomposition, Maurice a tout intérêt à maintenir une diplomatie équilibrée et calme, fondée sur le droit et le multi-alignement, tout en affirmant son statut de petit pays insulaire, mais aussi de grand pays océanique, stable et prêt à assumer sa dignité sur la scène internationale.
Jean-Marc Poché
Retour du réalisme diplomatique entre les grandes puissances
EN CONTINU ↻

